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Le Vendredi 7 mai 2010 à 19:40

Quelles alternatives aux expulsions des Roms roumains à Montpellier ?


L’annonce par la préfecture de l’évacuation prochaine de deux squats a focalisé, ces dernières semaines, l’attention médiatique sur cette population. Quand il s’agit d’évoquer des alternatives, c’est plus compliqué. Ailleurs, certaines villes essayent de mettre en place des dispositifs qui sont parfois contestés. À Montpellier, la mairie renvoie vers l’État, Jean-Louis Roumégas (Verts) n’a rien à dire, Francis Viguié (NPA) propose une rencontre et le député UMP Jacques Domergue fait dans la caricature et les généralités.

Bidonville de Roms roumains dans le quartier Port Marianne à Montpellier (photo : Mj)« Ce qui pose problème, c’est plus souvent le « spectacle » de la pauvreté que la pauvreté elle-même. Du coup, les réponses sont souvent influencées par cette façon de voir les choses. Et on a plutôt des réponses spatiales. Notamment en terme d’hébergement alors que ce n’est peut-être pas au départ ce que les gens réclament. » Olivier Legros est géographe et animateur d’Urba-Rom, un centre de ressource sur les politiques en direction des Roms-Tsiganes. Montpellier journal l’a interrogé pour connaître son point de vue sur les dispositifs à destination des populations roms mis en place dans d’autres villes. « Les réponses spatiales » évoquées par le chercheur font notamment référence aux « villages d’insertion ».

Montreuil dit avoir dépensé 1 M€ en 18 mois
Ainsi à Montreuil (Seine Saint-Denis), une Maîtrise d’oeuvre urbaine et sociale (Mous) a été mise en place en partenariat avec l’État et la région Ile-de-France pour prendre « en charge 348 personnes en terme de scolarisation des enfants, de santé ou d’apprentissage du français, de relogement et d’insertion à l’emploi », explique le dossier de presse de la ville dont le maire est Dominique Voynet (Verts). L’objectif est d’aboutir à court terme à l’installation de la majorité de ces familles dans des logements durables, d’engager un processus d’intégration sociale, économique et de garantir l’accès au système éducatif pour les enfants en âge de scolarisation. » Montreuil dit avoir dépensé 1 M€ en 18 mois « consacré à l’insertion des Roms » tout en soulignant : « Un budget pas forcement populaire alors que 6000 Montreuillois sont inscrits sur des listes d’attente dans l’espoir d’obtenir un logement social. »

Et pas forcément populaire non plus auprès de certains militants. Ainsi, Saimir Mile, président de l’association La voix des Rroms, considère que les « villages d’insertion » ne sont pas des villages et ne permettent pas une réelle insertion (1). À Montreuil, par exemple, l’entrée du « village » est gardée par un vigile avec chien ne permettant qu’aux habitants d’y rentrer. Se pose aussi la question du « choix » des personnes qui bénéficient du dispositif. Côté insertion, on revient immanquablement à la législation européenne d’exception (« transitoire » selon la terminologie officielle) qui ne permet pas aux ressortissants roumains et bulgares de travailler en France aussi facilement que pourraient le faire des Anglais, des Grecs ou des Allemands.

Alors, doit-on attendre la fin du régime d’exception ou une modification de la loi française qui permettrait un accès au travail plus facile à ces populations ? Saimir Mile n’est pas loin de le penser puisqu’il déclarait à France inter (11/06/2009, dernier son) : « Nous avons un proverbe qui dit : « Mieux vaut le berceau vide que le diable dedans. » Soit on ne fait rien, soit on ne fait pas de ces villages qui font la publicité de marchands de pseudo social, soit on ouvre le marché du travail à tous les Roumains et à tous les Bulgares. [...] C’est le minimum, la base sans quoi on ne pourra rien faire de positif. Ensuite il faudra sans doute accompagner cette ouverture du marché de l’emploi par des campagnes de sensibilisation pour que les employeurs, les pouvoirs publics comprennent qu’on a affaire à un peuple qui a une langue, une culture, qui est très divers socialement et qui, puisque très divers socialement, compte dans ses rangs, des médecins, des voleurs, des avocats, des travailleurs, etc. et qu’on n’a pas affaire à une couche sociale de gens défavorisés ou de sauvages ou de je ne sais quoi. »

« Quelle place pour les gens en situation précaire dans la ville ? »
Olivier Legros pointe lui aussi, bien sûr, le problème de l’accès au travail. Mais pour le chercheur, « la première chose c’est d’être véritablement à l’écoute des gens, les prendre au sérieux et leur demander : « Que voulez-vous ? » «  Car les demandes sont variables en fonction des groupes, du contexte, du moment, etc. Pour lui, « les réponses sont fondamentalement du côté du politique au sens large : quelle place pour les gens en situation précaire dans la ville ? Toutes ces questions que nous devons tous nous poser et que nous ne devons pas laisser aux politiques et aux associations. Les réponses ne peuvent pas se résumer à l’institutionnalisation des questions sociales. Cette affaire-là, c’est la question des citoyens. Avec comme base, la reconnaissance des gens. Prendre les gens au sérieux, enfin. Puisque c’est très rarement le cas quand les gens sont en situation précaire. Très souvent on pense à la place des gens. Du coup, on a des réponses complètement déconnectées de leurs demandes. On les catégorise. On les maintient dans une situation d’infériorité et on met en place des mesures de réparation, de redressement dans le pire des cas. »

Il analyse aussi : « On ne fait pas de la politique, on fait de la police spatiale et du maintien de l’ordre. Au delà de ça, on peut se demander si toutes les opérations d’hébergement ne sont pas d’une certaine manière des opérations de cosmétique. On fait des opérations de maquillage, on va invisibiliser la pauvreté. » Avec au final des résultats en apparence bons mais parfois discutables si on y regarde de plus près. Par exemple, faut-il se réjouir qu’un enfant de 11 ans soit scolarisé en collège alors qu’il a un niveau CE2 ?

« Changer de regard »
Sur l’action des bénévoles et des militants, Olivier Legros explique : « Les associations font parfois une erreur en ne se focalisant que sur les personnes en situation précaire et en oubliant les riverains et les élus. Une action pertinente c’est une action qui arrive à faire le lien entre les riverains, les personnes en situation précaire et les politiques locaux. Il y a toute une action de communication qui responsabilise les uns et les autres et qui amène peut être les gens à changer de regard. Que ce soit les riverains sur les Roms ou les Roms sur les riverains et les collectivités locales. Peut-être que c’est sur cette base-là qu’on peut construire de nouvelles politiques de lutte contre la précarité. C’est un enjeu pour les populations Roms mais aussi pour bien d’autres groupes en situation d’exclusion ou concernés par des situations de marginalisation. [...] La base c’est la rencontre entre des gens en situation précaire et puis d’autres personnes. La base c’est le souci d’autrui. Et c’est peut-être sur ces bases là qui semblent très idéalistes au départ que l’on va peut-être bâtir des politiques d’avantage sur la base du partage. C’est un enjeu pour les populations en question et plus largement pour toute la société. »

Du côté institutionnel : « Ce qui fait la réussite c’est la conjonction de trois choses. La première c’est la relative ouverture de la préfecture qui accepte de lever les obstacles (autorisation de travail en utilisant le pouvoir discrétionnaire du préfet). La deuxième, une volonté politique des élus des collectivités locales d’agir avec les familles en situation précaire. La troisième chose c’est la mobilisation des acteurs locaux : les acteurs économiques, les acteurs associatifs ou des riverains qui vont faire le lien avec les familles en situation précaire. »

À Montpellier, ce n’est pas gagné. La préfecture semble ne vouloir parler que d’expulsions, de retours volontaires, de reconduites à la frontière et de dépistage de tuberculose. Et organise, comme hier, des réunions sans que les principaux intéressés (les Roms) soient conviés. Côté associations, l’action de Médecins du monde semble très axée sur la santé. Quant au Collectif de soutien, il n’est pas encore véritablement actif. Pourtant, explique Olivier Legros, « la qualité du rapport de force fait qu’on peut engager ou non des politiques ou des actions avec les familles. La capacité des acteurs collectifs citadins locaux à se poser en contre-pouvoir, c’est le b.a.-ba ».

« Vivre ensemble »
Quant à l’action des collectivités locales, elle est très discrète. Le 28 avril, Hélène Mandroux avait convié la presse pour lui présenter les projets d’aménagements du vaste site (38 ha) de l’EAI que l’armée doit abandonner cet été. À cette occasion, le maire a déclaré : « On est en train de construire une ville qui est dans la durabilité, où le vivre ensemble n’est pas uniquement un sigle mais une réalité. » À l’issue de la conférence de presse, Montpellier journal l’interroge sur les expulsions prévues et lui demande si elle pense travailler sur le problème. Réponse : « Ce n’est pas à notre niveau. C’est au niveau des gouvernements des pays dont sont issus les Roms et la France. Il y a un problème de citoyenneté dans les pays d’où viennent les Roms. » Et pour ceux qui sont à Montpellier ? Hélène Mandroux répond scolarisation et problèmes de santé (tuberculose). « On ne peut pas faire davantage mais c’est vrai qu’il y a un problème. Mais c’est l’État qui doit s’en occuper. »
Écouter le son :

L’action du département, quant à elle, est centrée sur la Protection maternelle et infantile qui intervient sur les camps ou les squats. La mairie et l’éducation nationale tentent de scolariser. L’agglo et la région, sauf erreur, ne font rien.

« On se précipite pour les expulser »
Du côté des autres acteurs politiques, Montpellier journal a sollicité Jean-Louis Roumégas, président du groupe des Verts au conseil municipal. Celui-ci n’avait rien à nous dire sur le sujet et ne nous a pas rappelé depuis lundi, date de notre sollicitation. Peut-être était-il trop occupé avec la question de « l’apéro géant Facebook«  ? Francis Viguié (NPA) a été plus loquace : « Je constate qu’une fois de plus en Europe, les capitaux et les marchandises peuvent circuler mais que les individus ont toujours autant de problèmes. Les Roms sont une population qui a eu beaucoup de difficultés en Roumanie et qui, en France, se retrouve dans une situation où on se précipite pour les expulser. [...] Au nom d’un développement de l’urbanisme et de l’urbanisme de luxe, qu’on mette dehors des populations me semble totalement inacceptable. [...] Il faudrait qu’il y ait une rencontre entre ces populations et la municipalité, l’agglo une discussion pour savoir ce qu’ils souhaitent faire, quel type d’emplois ils cherchent, comment ils souhaitent s’insérer, quel type de propositions on peut leur faire. »
Écouter le son :

La réponse la plus caricaturale et émaillée de généralités (2) est celle de Jacques Domergue. Le président du groupe UMP au conseil municipal n’avait pas connaissance des deux expulsions prévues. Et celui qui est aussi député ne savait pas que les citoyens roumains et bulgares faisaient l’objet d’un traitement différencié par rapport aux autres citoyens européens. Il déclare : « Ils sont soumis à la loi de tout ressortissant européen, c’est ça la difficulté. J’en ai discuté avec des Roumains qui nous disent que c’est les pires de chez eux qui viennent chez nous. Eux, ils n’en sont pas fiers non plus. Même s’ils sont citoyens européens, on ne peut pas laisser faire parce qu’ils utilisent leurs enfants comme un espèce de bouclier pour jouer sur la mendicité, ils font de la rapine un peu partout – ce ne sont pas des gros vols – ils rentrent dans les maisons. Ensuite ils agressent les gens aux feux rouges et ils volent également aux feux rouges. Donc tout ça contribue à cette espèce de… ce n’est pas de l’insécurité, cette espèce de mal être qui fait que les villes sont difficilement vivables. Entre ça, la circulation qui est difficile…Donc il ne faut pas laisser passer. Il faut les sanctionner chaque fois qu’on les attrape, il n’y a pas d’autre solution. » Donc c’est avant tout un problème de sécurité ? Sur quels chiffres base-t-il son analyse ? « Je n’ai pas de chiffres précis mais c’est une réalité, répond Jacques Domergue. Discutez-en avec les flics, ils vous le diront. [...] Je pense qu’ils contribuent à ce que les socialistes appelaient avant les incivilités. Ces gens-là, ils viendraient là pour s’intégrer, travailler. » Mj : « Ils ne peuvent pas travailler (3). [...] Il y a une exception pour la Roumanie et la Bulgarie. » JD: « Ah bon ? Eh bien vous me l’apprenez ça. »
Écouter le son :

Photo : Dans le quartier Port Marianne à Montpellier (Mj)

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(1) Voir par exemple l’émission sur Public Sénat. Ou le site « Village d’insertion », quelle arnaque.
(2) À l’inverse, il ne s’agit pas de tomber dans l’angélisme. Comme le dit Philippe Goossens de l’association Imediat : « Il ne faut pas être naïf : c’est une population qui est sujette à des trucs pour survivre. » Ils s’agit simplement de faire la différence entre causes et conséquences et de ne pas généraliser.
(3) Lire : Note sur l’application en France des disposition transitoires limitant l’accès des Roumains et Bulgares au marché de l’emploi (Romeurope)


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2 commentaire(s)

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  1. jean marc said
    on 9 mai 2010

    à 11 h 25 min

    Vous devriez contacter jean Luc grolleau, ex président (vert) du sivom « veine et Mosson » et aujourd’hui responsable de la federation régionale des centres sociaux. C’est je crois l’un des spécialistes de cette question en Languedoc,. Au delà de sa connaissance pointue et juridique, Il avait pris des initiatives tres interessantes en direction des gens du voyages sur l’ouest de montpellier…

  2. Jacques-Olivier Teyssier said
    on 9 mai 2010

    à 11 h 59 min

    Cet article ne parle pas des « gens du voyage » mais de Roms migrants. Ce sont des populations différentes même s’il y a des liens, notamment historiques, entre elles.