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Le Mercredi 28 avril 2010 à 21:55

L’université demande l’expulsion de Roumains d’un quartier bourgeois

Suite à des plaintes de voisins, Montpellier I, propriétaire de bâtiments squattés au Plan des 4 seigneurs, a obtenu une décision de justice pour l’expulsion des occupants. La préfecture est sur le point de l’appliquer et ceux-ci risquent d’être reconduits de force dans leur pays, membre de l’Union européenne. Car la libre circulation des personnes n’est pas encore totale.

C’est un quartier où les smicards ne doivent pas être majoritaires. Quand on arrive au Plan des quatre seigneurs, après avoir gravi l’avenue Parguel, on est frappé par la taille des villas et des terrains qui les entourent (parcourir la rue avec Google street view). Les habitants, eux, parlent simplement d’un quartier « paisible ». L’arrivée de familles Roms roumains (1), pouvait difficilement passer inaperçue. Mais pour elles, un terrain avec des bâtiments inoccupés était l’opportunité d’avoir un semblant de logement. Les premiers se sont installés à la fin de l’été 2009 sur cette propriété de l’université Montpellier I. Ils sont aujourd’hui plus d’une cinquantaine dont des enfants de tous âges.

L'entrée du squat des Quatre seigneurs (photo : Mj)Habitat précaire
Le 8 avril, la préfecture apprend à la presse qu’une décision du Tribunal de Montpellier ordonne l’expulsion des lieux. Et que celle-ci est prévue fin avril, début mai. « La demande d’expulsion a été initiée en octobre sur la demande des voisins qui se plaignaient », explique-t-on à l’université Montpellier I, contactée par Montpellier journal. Mais de quoi se plaignaient-ils ? Les motifs varient. Selon l’UMI, « il y a eu un tas d’immondices accumulées ». Aujourd’hui, ce n’est pas le cas : l’entrée du bâtiment est tout à fait nette (voir photo) même si l’arrière l’est moins du fait des activités de ferrailleur des occupants. C’est un habitat précaire où les gens vivent dans le dénuement mais on est loin du « tas d’immondices ». Et l’intérieur des logements est en général bien tenu.

Alors Montpellier journal a interrogé quatre riverains et, ce qui revient le plus souvent comme griefs, ce sont les « allées et venues » des camionnettes. Ensuite le bruit : la musique ou alors les coups sur la ferraille que les Roumains récupèrent pour se faire de l’argent. « Ils sont bosseurs ! » commente une dame. Et enfin, les « nuisances olfactives » liées à des feux de plastique, même si ceux-ci semblent récents. Autre problème pour certains : la vente ou la location de leur maison serait rendue difficile par le squat.

S., un Roumain intégré, en France depuis 20 ans était présent ce soir. Les allées et venues ? « Ben c’est une route, non ? », répond-il à Montpellier journal. Le bruit ? « Une heure par jour quand ils déchargent la ferraille. » Le feu ? « Oui ça arrive quand ils font brûler des câbles pour récupérer le métal. » Il est même allé voir un voisin pour discuter et celui-ci lui aurait répondu que lui, « personnellement », n’avait pas de problème avec les occupants du squat.

« Ils protègent leurs voisins »
Et les habitants du quartier, sont-ils allés voir leurs nouveaux voisins pour leur demander de réduire ces nuisances ? « Non, on a peur des représailles après l’évacuation », répond un habitant. C’est méconnaître ces populations, affirme Philippe Goossens de l’association Imediat qui œuvre dans la région parisienne. « Il ne faut pas être naïf : c’est une population qui est sujette à des trucs pour survivre. Mais, leur règle, c’est de ne jamais s’attaquer à leur voisinage justement pour qu’on leur foute la paix. Ils sont très rationnels. Ils protègent leurs voisins. » Il rappelle, de plus, une évidence : « La police municipale est faite pour régler les problèmes de voisinage. »

Rue des quatre seigneurs, il semblerait qu’à défaut d’un contact direct, des habitants aient choisi de passer par l’université plutôt que, par exemple, une médiation via des militants associatifs ou même la police municipale. Ce choix, implique, à terme, une issue plus radicale : l’expulsion. Tout en précisant, à l’image de cet habitant : « On attend des pouvoirs publics qu’ils fassent quelque chose pour reloger ces personnes dans des conditions sanitaires plus favorables pour eux, notamment pour leurs enfants. Et les reloger dans un endroit qui ne soit pas à proximité de chez nous compte tenu des nuisances qu’ils génèrent depuis leur installation. » Des pouvoirs publics bien silencieux face à un problème qui ne se règlera sans doute pas à coup d’expulsions. En effet, leurs conditions de vie sont tellement misérables en Roumanie, qu’ils préfèrent bien souvent rester ou revenir en France, quitte à vivre dans des conditions sanitaires, sociales et économiques très difficiles. Même si certains comptent rentrer une fois qu’ils auront accumulé assez d’argent.

Rien n’est prévu sur le terrain par Montpellier I
Mais au fait, quels sont les projets de la fac pour ces bâtiments et ce terrain ? Réponse de Montpellier I : « Si le bâtiment est évacué, il sera muré. » Et rien n’est prévu sur le terrain « dans l’immédiat » ! En revanche, concernant les résidents des lieux, la préfecture, elle, semble avoir prévu quelque chose : la reconduite à la frontière, si on en croit Midi Libre de ce matin. Car même si la Roumanie fait partie de l’Union européenne depuis le 1er janvier 2007, un régime d’exception est en place pour ce pays et pour la Bulgarie qui oblige leurs ressortissants à détenir un titre pour séjourner en France au delà de trois mois.

Et ce titre de séjour est conditionné à un emploi et une autorisation de travail. De plus, il ne peut s’agir d’un emploi que dans un secteur dit « en tension » c’est-à-dire dans lequel les employeurs rencontrent des difficultés à recruter. Comprendre, les Roumains et les Bulgares peuvent accéder seulement aux emplois dont les Français ne veulent pas. Mais encore faut-il trouver un employeur prêt, pour cela, à affronter un véritable parcours du combattant administratif. Il y en a mais ils sont rares. Pourtant, à en croire Marion Lièvre, ethnologue (2), ce ne sont pas les candidats qui manquent : « Chaque fois qu’on va sur les terrains c’est : « Moi je veux travailler. » Ils en ont ras le bol. Ils ont envie de faire autre chose que de mendier. »

Sans emploi, il faut donc survivre. Mendier, nettoyer les pare-brises aux feux rouges, faire de la récupération de matériaux. Et se loger. Dans un camp ou dans une bâtisse abandonnée, bien souvent sans eau, parfois avec l’électricité bricolée, sans toilette ni collecte des déchets par la ville. Avec un accès aléatoire à des soins. Et espérer que la prochaine expulsion arrive le plus tard possible. Car, pour l’instant, la solidarité des personnes qui habitent dans la même ville qu’eux, se limite à quelques bénévoles très présents (par exemple Marion Lièvre  ou Clarisse Decroix qui travaille aussi pour favoriser la scolarisation des enfants) mais assez isolés même si un collectif de soutien se met en place (3). Une réunion de tous les acteurs concernés (conseil général, mairie, préfecture, acteurs de santé, associations, représentant des camps, etc.) ne serait-elle pas nécessaire plutôt que de traiter la question par des expulsions et ainsi refiler la patate chaude aux forces de police ? Ou une simple rencontre entre les habitants du quartier et les squatteurs  pour simplement faire connaissance ? En tout cas, si l’évacuation devait avoir lieu, il faut souhaiter qu’elle se passe dans de meilleures conditions que celle de 2006 à Odysseum (lire : Rafle et destructions dans un camp roumain, l’Accroche n°12). D’autant qu’une autre est aussi annoncée avenue de Boirargues dans une villa squattée, propriété de la Serm. Le camp de Port Marianne sur les bords du Lez serait aussi en sursis.

Reste que la légalité de l’expulsion des Quatre seigneurs n’est pas certaine. Selon plusieurs habitants du squat, la décision ne leur aurait pas été signifiée. Or Philippe Goossens est formel : « Tant que la décision n’est pas communiquée par greffier ou par huisser aux gens, la décision n’est pas prononcée. » Problème : cette décision est nominative. « Et ils ne peuvent pas évacuer des gens qui ne figurent pas sur le jugement », affirme le militant. Or, de nouvelles personnes disent être arrivées sur les lieux depuis que le jugement a été prononcé. Sans compter qu’il ne doit pas être aisé de notifier une décision à plus de 50 personnes. Montpellier journal sera attentif à l’évolution de la situation.

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(1) L’appellation de ces populations fait débat. Lire L’impossible neutralité des sciences sociales face aux catégorisations militantes : « Tsiganes », « Gens du voyage », « Rroms » ou autres ethnonymes ?, Claire Cossée, Migrations société n°128, mars-avril 2010
(2) Titre de sa thèse : « Le mouvement d’affirmation ethnique et nationale du groupe rom en Roumanie post-communiste à l’heure de l’intégration européenne. »
(3) Médecins du monde est aussi présent mais malgré plusieurs relances, l’organisation n’a pas souhaité répondre à nos questions. Elle semble pourtant en contact étroit avec la préfecture. Au moins sur la question de la santé. Le collectif est composé des associations suivantes : Atd quart monde, La Cimade, Médecins du monde, Mrap, Ldh, Secours populaire, Secours catholique, Fondation abbé Pierre. Objectifs :  « Venir en aide aux familles rom installées dans des conditions précaires sur le territoire de l’agglomération montpelliéraine. Les objectifs fixés par les membres du collectif sont d’informer les résidents concernant leurs droits, faire office de médiation en cas d’expulsion et interpeller les pouvoirs publics par rapport aux obstacles récurrents rencontrés par les familles dans leurs démarches d’insertion (domiciliation, accès à l’emploi, accès à la santé et aux prestations sociales). « 

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11 commentaire(s)

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  1. Phil Ogm said
    on 29 avril 2010

    à 17 h 40 min

    Montpellier fait donc concurrence à Béziers, qui n’en finit pas d’expulser les Rroms ( pas tous roumains, mais aussi d’ex-Yougoslavie) qui vont de camps en camps, plus ou moins éloignés de la ville. Cela pose d’énormes problèmes, en particulier pour la scolarisation des enfants. Pourtant, beaucoup de familles, aidés par des militants associatifs, arrivent à scolariser leurs enfants, malgré les difficultés multiples et qui paraîtraient insurmontables à tout un chacun.
    Très peu « choisissent » le retour au pays (Roumanie) avec la prime de 400 € il me semble – à vérifier -. D’autres ne sont pas expulsables, car personne n’en veut: par exemple ceux relevant, théoriquement, du Kosovo. Ils ne sont pas non plus, nous dit-on, régularisables… Brefs, ce sont des parias.

    Encore un autre cas à Pézenas, ou des Roumains (qui ne sont pas Rroms cette fois) sont eux aussi rejetés et baladés à droite ou à gauche…

    Bonjour la solidarité…

    Je trouve cela d’autant plus choquant quand ça concerne un établissement public d’éducation ou de recherche (« bien » de l’Université de Montpellier, qui n’en fait rien)…

  2. Phil Ogm said
    on 29 avril 2010

    à 17 h 43 min

    Oups! je n’avais pas vu la brève et les articles de ML… Donc, prime de 300 €, pas de 400…

  3. genissieux said
    on 29 avril 2010

    à 21 h 44 min

    Cher ami journaliste.
    Du grand art que cet article. Pourtant à la lecture de vos articles traditionnels, tout portait à croire que votre professionnalisme n’était réservé que pour dénoncer une parodie de politique de cabaret infligée à longueur d’année par une certaine aristocratie locale, départementale et enfin régionale.
    Cette exaltation n’est pas la vie de tout un chacun. Votre article démontre que la parodie cité ci-dessus, n’est qu’un épiphénomène de ce qui nous entoure.

    Dernièrement, voilà t-il pas que parmi ces pantouflards que nous sommes, se sont infiltré insidieusement, à la barbe du sinistre ministre des migrations migratoires, des bestioles à la nécessité elle aussi migratoire et pour cause, plus pire que les criquets, cousins des rats, je vous fait dire, les Roms.

    Chers amis, tout comme les rats ils vivent en meute, ne sont pas méchants, quoique, suivant la légende, affectionnent plus particulièrement les grandes demeures cossues de la périphérie Montpelliéraine ou se construisent de coquettes villas aux toits bleu comme le ciel, sur les bords du Lez. Mieux que cela, ils se font fait construire carrément un château. La ou il y à de la gène… Dans cette opulence qui exaspère une certaine catégorie de misérables pantouflards voisins des rats, eux, les rats, mènent grand train de vie. Bien entendu, l’eau, la lumière, le chauffage central, à tous les étages. Les sanitaires, du Villeroy et Bosch, avec économiseur d’eau, bien entendu. Frigos et congélateurs débordent de victuailles. Ne dit-on pas gras comme des rats! Du travail rien que pour eux. Amasser comme un rat. Et la, bien à l’abri du besoin, ils se reproduisent comme des rats, vivent comme des rats vivent une vie, pleine de joie, d’opulence, sans aucune souffrance, les larmes, ils ne connaissent pas, pas plus que la maladie, l’éducation des petits rats, à l’opéra, pas de problème… sans problème. Rien que du luxe.

    Chers ami(e)s de cette vie, je n’en veux pas. Cette misère, obligée de fuir un pays qui ne veux pas d’elle, est à prendre en haute considération. Ces enfants que j’ai côtoyé, que j’ai photographié n’ont aucune haine dans leur regard et c’est tant mieux. Alors cette misère, ce déferlement de haine qu’elle attire, ne cache t-elle pas celle qui nous tend les bras. Cette peur ancestrale de l’autre, n’est-elle pas la notre.

    Monsieur le journaliste, des articles comme le votre, les bénévoles que nous sommes, défenseurs des droits de l’homme et du citoyen, partisans de l’amitié entre les peuples, en demandons encore plus.

    André Génissieux. 29 avril 2010

  4. lelou said
    on 2 mai 2010

    à 12 h 37 min

    votre article sur les roumains est remarquable et on ne peut que compatir à cette misère sociale et humaine! mais contrairement à ce que vous pensez, il existe dans ce si « beau quartier du plan des 4 seigneurs » des smicards et meme des rmistes puisque j’en fais partie… bien sur je ne suis que locataire d’un F2 assez minable de la rue P Parguel (volets en bois pourris, aucune étanchéité, notes de chauffage astronomiques, moisissures aux fenetres, tapisserie qui se décolle sans arret etc etc…) et pourtant le loyer est de 540 € donc, vous voyez que la misere se cache partout…..derrière les façades on ignore la vie des habitants
    en tout cas merci de vous soucier des roms et j’espère qu’ils ne seront pas expulsés car ils ne font de tort à personne!!!!!

  5. Jacques-Olivier Teyssier said
    on 2 mai 2010

    à 18 h 30 min

    @lelou : je n’ai pas dit qu’il n’y en avait pas, j’ai dit qu’ils n’étaient sans doute pas majoritaires. De plus, les riverains du squat ne sont pas situés au niveau de l’avenue Parguel mais bien après l’école Calmette (voir le lien vers Google street view dans l’article).

    Je doute que ça vous remonte le moral mais les Roms roumains n’ont pas toujours de fenêtre dans leur logement de fortune. Et un simple rideau fait souvent office de porte.

  6. lelou said
    on 2 mai 2010

    à 18 h 54 min

    bien évidemment, Mr teyssier, mais ils ne payent pas un loyer trop élevé pour un logement indigne de ce nom, et heureusement encore!!!

  7. Jacques-Olivier Teyssier said
    on 2 mai 2010

    à 18 h 57 min

    Certes.

  8. Nico_C said
    on 3 mai 2010

    à 18 h 52 min

    Je ne connaissais pas google street view, c’est incroyable, tout le monde a accès à l’intimité de chacun, on peut voir chez les gens, sur leur terrasse ou jusque dans leur salon. Que Montpellier journal utilise ce lien me désole.

  9. Jacques-Olivier Teyssier said
    on 3 mai 2010

    à 20 h 14 min

    @Nico_C : Google street view permet de voir ce qu’on voit de la rue. Rien de plus.

  10. Nico_C said
    on 3 mai 2010

    à 22 h 28 min

    JOT c’est vrai tout humain mesurant environs 3,5 mètres (hauteur de la caméra pas moins) et ayant des yeux bioniques voit ce que tout le monde peut voir via google street view. Comme je suppose que vous n’avez pas yeux bioniques mais que vous ne sortez jamais sans votre paire de jumelles ce qui revient au même, et que vous voyez ce que voit google j’en déduis que vous mesurez environ 3,5m. ça ne vous gène pas trop au quotidien, je veux dire quand vous vous ballader dans la rue ?

  11. Jacques-Olivier Teyssier said
    on 4 mai 2010

    à 8 h 40 min

    @Nico_C : les caméras vidéos qui filment en permanence dans la rue, me dérangent beaucoup plus. Là il ne s’agit que d’une photo à un instant T. De plus, sur les yeux bioniques et les 3,5 m, vous exagérez. Même s’il est vrai que la caméra est plus haute qu’une personne. Si vous voulez continuer cette discussion, je vous propose de le faire par mail car elle n’a rien à voir avec le sujet de l’article.