Ces propos du président de la région Languedoc-Roussillon, tenus en février 2005 lors de sa première sortie publique après sa maladie, n’avaient pas trop fait de bruit à l’époque. C’est en mentionnant la décision de Raymond Couderc, maire UMP de Béziers, en 2006, de refuser de scolariser, dans sa ville, des enfants rom, que Phil OGM, un lecteur de Montpellier journal, nous a fait nous remémorer cette déclaration de Georges Frêche. Le commentaire de Phil OGM a été posté au bas de l’article mentionnant l’appel d’un colistier d’Hélène Mandroux (liste PS) à voter Raymond Couderc au second tour des élections régionales.
Midi Libre rapporte (16/02/2005) cette déclaration de Georges Frêche faite le 15 février lors de sa première sortie publique après son hospitalisation : « Ceux qui quêtent aux carrefours, c’est des fainéants. Ce n’est pas en essayant de vivre avec les aides et les gratuits que l’on devient des gens respectables. Pour cela, il faut se crever la paillasse et mettre son sac sur le dos. À Montpellier, avec tous les chantiers, il y a du travail. On n’a pas besoin de faire la quête au feu rouge. »
« Point commun entre les leaders de la droite et de la gauche«
L’Association nationale des assistants de service social avait réagi dans un communiqué où elle déclarait notamment : « Il semble qu’il existe au moins un point commun entre les leaders locaux de la droite et de la gauche : la stigmatisation des personnes vivant dans la précarité. Nous avons encore en mémoire les propos du député Jacques Domergue [UMP] concernant « ceux qui ne se lèvent pas pour travailler mais pour aller voter ». L’accusation de fainéantise est un raccourci trompeur qui permet trop souvent de détourner le regard des citoyens des vrais problèmes que sont le chômage et la précarité. «
« C’est pour ça que vous avez
un tiers des ouvriers qui votent Front National »
À l’époque, journaliste à L’Hérault du jour, j’avais interrogé Georges Frêche, à l’occasion d’une manifestation de l’agglomération, pour savoir s’il maintenait ses propos. Ce qu’il avait fait. Tout en ajoutant : « Regardez la plupart des Africains qui viennent, ils ne quêtent pas aux croisements. Les Laotiens, les Vietnamiens qui viennent, ils ne quêtent pas. Je vois des jeunes de 20 ans qui ont leur deux bras et leurs deux jambes. Mais on est prêt à les embaucher au tramway. [...] De temps en temps, il faut se battre un peu. [...] Des SDF il y en a toujours. Il faut aider, vous n’allez pas m’apprendre ça. Nous continuerons à aider les Restaurants du cœur, le Secours populaire,… tout ça. Mais moins on aide et mieux ça vaut. Donc il faut que les gens s’aident. Mais moi ce qui me fait râler, c’est que vous avez des gens qui sont au Smic, qui partent le matin qui prennent leur sac sur le dos et qui vont travailler, qui gagnent moins que d’autres qui tirent tous les avantages, les gratuités diverses et qui en travaillant au noir gagnent plus que les gens qui travaillent au Smic et qui en plus ils se foutent de leur gueule. C’est pour ça que vous avez un tiers des ouvriers qui votent Front National. Ça, ça me pose problème. Je ne dis pas que tous les pauvres sont des faignants. Je dis qu’un certain nombre de pseudos pauvres sont des faignants. »
Écouter l’intégralité de l’interview :
Quant au choix de Raymond Couderc, il avait fait l’objet d’une condamnation du tribunal administratif et d’une décision de la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité. Selon le site de la Fcpe34 qui cite cette décision, la Halde avait considéré que « la volonté affichée du Maire de ne « prendre aucune mesure de nature à encourager la pérennisation de leur implantation » vise directement à inciter ces familles à quitter les terrains leur appartenant. » Le maire de Béziers avait, quant à lui, justifié sa décision en expliquant que les familles des enfants étaient stationnées en zone inondable : « Imaginez qu’il y ait de fortes pluies et que ces gens soient emportés par la crue. On dira que le maire n’a rien fait pour les faire partir. J’ai donc refusé de les scolariser tant qu’ils étaient en zone rouge. » (Hautcourant, 20/03/2008)
[mise à jour le 17/03 à 20h10 : à ceux qui s'étonnent de la publication de ces propos, voir le commentaire ci-dessous]
► Voir aussi :
- Un électeur de gauche peut-il voter pour l’UMP Couderc contre Frêche ?
- « Georges Frêche – Jacques Domergue : un match vraiment nul », communiqué de l’Association nationale des assistants de service social en réaction aux propos de Georges Frêche
- La décision de la Halde sur le choix de Raymond Couderc (site de la Fcpe34)
- Le maire de Béziers sur les Roms : « Leur comportement pose problème » (Hautcourant)
- Un dossier complet sur les Roms sur Hautcourant, le site des étudiants du master Métiers du journalisme de Montpellier I.
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16 commentaire(s)
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à 17 h 56 min
Bonjour,
Pourquoi parlez-vous aujourd’hui de cette information vieille de cinq ans ?
Cordialement
à 17 h 59 min
@Robert : réponse demain.
à 18 h 02 min
On fait un titre bien tapageur avec un petit bout de phrase, et dans l’article, on le remet dans son contexte et on s’aperçoit que ça n’est pas tapageur du tout. Méthode de journaliste faméliquement à la recherche d’un scoop facile. Après tout, Frêche ne fait que reprendre la phrase de Kennedy « Ne te demande pas ce que l’Amérique peut faire pour toi, mais demande toi ce que tu peux faire pour l’Amérique ».
Quant à aller rechercher ce que Frêche a dit en 2005, c’est aussi du journalisme d’investigation qui n’investigue pas grand chose. Tiens, je vous en donne un de scoop, j’ai moi même tiré le propos de son contexte : trois mois après être sorti du ventre de sa mère, Georges Frêche n’a pas hésité à déclarer « arreuh…arreuh… » Ce qui prouve bien qu’il était déjà antisémite, inféodé à la doite et à Mao, vendu et acheté, et qu’il était prêt à poser son revolver sur la nuque de chaque électeur pour le forcer à voter pour lui…
à 23 h 06 min
On rentre dans un sujet qui me paraît extrêmement complexe où typiquement, des discours qui peuvent paraître frapper du bon sens populaire (cf ici celui de GF), fabriquent des stéréotypes et masquent des situations beaucoup plus subtiles.
Je n’ai aucune expertise dans ce domaine mais je suis preneur d’un débat.
à 23 h 08 min
Il y a un sujet que GF aborde et qui ressort rarement dans le débat public, c’est celui du travail au noir en LR (20% de l’économie ???).
Pour certains, c’est le seul moyen de s’en sortir au quotidien, pour d’autres, de disposer de main d’œuvre à bon compte, pour d’autres enfin, de profiter à fond du système sans y contribuer.
Pourquoi c’est tabou ? Pourquoi GF (et les autres candidats) ne s’attaque pas ouvertement à ce problème, qui lui aussi est complexe, alors que le développement économique est une compétence de la Région.
GF affirme pourtant que c’est une des explications du vote Front National chez les ouvriers (ça, c’est loin d’être vérifié) et il se pose dans ses discours comme le 1er rempart contre le FN. Mais que fait-il alors pour traiter ce sujet là ?
GF pourrait aussi se demander comment les plus pauvres de la région considèrent la distribution des manuels scolaires à tout le monde, sans aucune condition de ressources. Pour moi, cela relève plus d’une mesure électoraliste, idéale pour nourrir un discours populiste, que d’une politique de gauche.
à 0 h 00 min
Comme souvent avec Frêche on perd son temps à essayer d’analyser l’argumentaire qui est contradictoire : on parle dans le même magma des feignants et du travail au noir, de ceux qui quêtent et de ceux qui vendent des journaux (attention, ne pas confondre avec ceux qui distribuent Montpellier plus) du smic et de ceux qui profitent des gratuités (tiens en passant lesquelles sont fournies par la région ou l’agglo ?).
Bref il ne s’agit pas de traiter un sujet, de convaincre un électorat sur une position difficile mais de flatter de l’électorat avec des préjugés largement répandus.
Je rappelle aussi qu’un argumentaire de gauche ne consiste pas à dire : « le smicard a bien raison de se plaindre de l’ultra-précaire (travailleur sans contrat) gagne plus que lui » mais plutôt « le smic aujourd’hui n’est pas suffisant pour vivre de son travail » ou encore « la précarité est un désastre pour l’équilibre du marché du travail et pour la vie sociale »
à 0 h 18 min
Monsieur Teyssier,
Je suis étonné qu’au lieu de faire le jeu de la droite, vous ne fassiez pas un papier sur un vrai sujet, comme par exemple sur Mambo.
http://www.midilibre.com/articles/2010/03/16/DERNIERE-MINUTE-BIENTOT-UN-LIVRE-SUR-MAMBO-LE-CHIEN-MARTYR-1150957.php5
Avez-vous prévu d’interroger les trois rescapés du premier tour sur leurs positions respectives vis-à-vis des maltraitances animales en Languedoc-Roussillon ?
à 0 h 21 min
@Xavier : je crois que j’ai mieux. Sauf imprévu ça sortira avant le second tour.
à 2 h 33 min
Oui, ceux qui quêtent aux carrefours c’est des fainéants !
Le seul d’entre eux que j’ai aidé c’est celui qui au lieu d’avoir écrit « une pièce pour manger » avait écrit « un travail pour manger »…
Jusque là, rien de neuf, rien de choquant…
J’attends la suite ! =))
à 7 h 26 min
décidément Montpellier Journal fait concurrence à certains ramasseurs de poubelles …cela ne vous grandit pas !
à 8 h 03 min
@le Bedeau : je ne sais pas si je leur fais concurrence mais votre fidélité semble indiquer que vous aimez les poubelles…
à 12 h 30 min
j’espère désespérément y trouver une perle …
à 12 h 34 min
@le Bedeau : faites un don, ça devrait aider à l’amélioration de la qualité.
à 15 h 05 min
Bonjour,
Vous avez hier que vous répondriez à ma question aujourd’hui (cf première question). J’attends votre réponse.
Cordialement.
à 15 h 26 min
@JOT beh voyons … prenez moi pour un benêt !
oui alors quid des révélations pour Robert ?
à 20 h 08 min
@Robert : chose promise… Lors du débat lancé par Jean-Luc Bonnet, est venue la question : « Couderc est-il un honnête homme ? » posée par un commentateur de Montpellier journal, comme je l’indique dans le chapeau de cet l’article. Ce qui m’a remémoré les propos de Georges Frêche, publiés ci-dessus.
J’étais déjà en train de travailler au papier que je viens de publier : « Un électeur de gauche peut-il voter pour l’UMP Couderc contre Frêche ? » et je me suis dit que cette citation était intéressante dans le débat Frêche est-il de gauche ? Mais je ne pouvais pas la sortir comme ça dans cet article. J’ai donc décidé de la publier à part pour y faire référence dans le long papier.
Là où j’ai sans doute commis une erreur, c’est de l’avoir publié en Une. Erreur corrigée puisque je viens de le remplacer par le papier sur les choix de vote.
Il reste néanmoins que je considère ces propos comme bien plus graves que ceux sur les « sous-hommes », les « Blacks » ou « la tronche pas catholique » de Laurent Fabius. Même si ces derniers ont de forte chance d’avoir été prononcés (au moins pour les « Blacks » et Fabius) pour envoyer des signaux à l’électorat FN.
Comme je l’explique, ces propos du président de région sont certes anciens (2005) mais ils sont dans la même veine que ceux de Nicolas Sarkozy opposant « la France qui se lève tôt » à une prétendue population d’assistés. Avec en plus, un caractère ethnique. Et ce n’est pas parce qu’ils sont anciens, que les électeurs ne doivent pas connaître leur teneur à quelques jours de l’élection. D’autant plus qu’ils sont peu connus.
Au même titre que j’ai porté à la connaissance des électeurs, la sanction de Jean-Jacques Pons, n°3 sur la liste héraultaise de Raymond Couderc.