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Le Jeudi 16 avril 2015 à 18:57

Saurel et Jannin n’assument pas la suppression d’un espace vert


Le maire (divers droite) de Montpellier et son adjointe à l’urbanisme ont validé un permis de construire d’ACM sur un terrain de plus d’un hectare dans le quartier populaire de Las Rébès et disent qu’ils ne pouvaient pas s’y opposer. C’est pourtant la métropole qui contrôle le bailleur social présidé par un élu de la majorité. Des habitants qui déplorent une absence totale de concertation, aimeraient que le lieu soit transformé en parc afin de pallier le manque d’espaces dédiés aux familles dans ce secteur de la ville. (2 700 mots)

Par Lucie Lecherbonnier (avec Jacques-Olivier Teyssier)

A Las Rébès, un espace vert de plus d'un hectare menacé (photo : Lucie Lecherbonnier)

« On appelait ce parc le square Las Rébès. Il y avait un banc, un terrain de boules, pas très bien entretenu c’est vrai. Mais depuis qu’ACM a repris le quartier, ils ont tout laissé se détériorer. » Jean-Michel Vidal, habitant « atterré » ce souvient de son arrivée en 1999 dans cette « résidence-quartier ». Située entre l’avenue Louis Ravas et l’avenue du père Soulas, elle compte plus de 2 500 habitants. Avec, au milieu, un espace très arboré de plus d’un hectare (cliquer ici pour voir la photo aérienne). Une aubaine pour ce quartier populaire.

« Ce n’est même plus un espace vert »
Problème, selon les habitants, l’abandon progressif a fait le jeu des trafiquants du quartier et des alentours. Deux carcasses de voitures carbonisées finissent d’y pourrir mais les résidents, eux, n’en profitent plus comme le souligne Jocelyne, nourrice agrée et habitante du quartier depuis plus de vingt ans : « Le parc ? Mais de quel parc vous parlez ? Nous on appelle ça la colline. Ce n’est même plus un espace vert, c’est bien pour les chiens mais on ne peut pas emmener des enfants jouer là-dedans aujourd’hui. »

Le bailleur social avait déjà tenté d’urbaniser le site en 2013 où un premier permis de construire avait été déposé. Jean-Michel Vidal, accompagné d’un collectif d’habitants, avait alors interpellé Monique Pétard, ancienne conseillère générale (PS) et l’adjoint à l’urbanisme de l’époque, Michaël Delafosse, afin de suspendre le permis. « On a mis le projet sur pause le temps des élections et c’est reparti », regrette Jean-Michel Vidal.

Étude non communiquée
Contacté par Montpellier journal, Michaël Delafosse, aujourd’hui conseiller municipal d’opposition (PS) et conseiller départemental de ce canton, explique : « J‘avais demandé à ce que l’on fasse une étude de manière à voir comment on pouvait organiser l’ensemble de ce quartier car il y a un enjeu de structuration de l’espace public [...] J’avais donc dit : on arrête. » Montpellier journal a demandé cette étude mais la ville ne nous l’a pas encore communiquée. La « transparence » et le « temps réel » souvent prônés par Philippe Saurel, ont leurs limites.

L’affaire en était donc là quand, le 9 Février dernier, les habitants de Las Rébès ont vu apparaître sur le site un panneau annonçant la construction à venir de 63 logements et d’une agence ACM. Stéphanie Jannin, l’actuelle adjointe à l’urbanisme qui a donc donné son feu vert à la construction, affirme qu’ « ACM a intégré toutes les données notamment les caractéristiques paysagère, la limitation du nombre de mètres carrés constructibles et a reformulé son projet sur cette base-là pour déposer un permis qui, il faut le dire, en tous points, a très bien respecté les demandes de la ville. » Ainsi, selon l’adjointe à l’urbanisme, sur les 10 542 m² de terrain, « seuls 1 700 m² seront construits, il y aura donc 8 300 m² d’espaces verts qui seront ouverts au public ».

« Pas spécialement d’aménagements prévus »
Déjà, le panneau d’affichage du permis de construire annonce une emprise au sol de 2 107 m² réduisant donc l’espace restant à 8 435 m². Ensuite, lorsqu’on demande à la première adjointe quels aménagements sont prévus sur cet espace vert ouvert au public, on comprend à demi-mot qu’il pourrait bien se limiter à quelques centaines de mètres carrés de pelouse entre les trois immeubles : « C’est ACM qui aménage et qui restitue les espaces verts. Il y aura des cheminements qui vont être installés évidemment pour accéder aux différents petits bâtiments […] Après il n’y a pas spécialement d’aménagements prévus, en tout cas pas par la ville. Mais c’est déjà un espace vert donc l’enjeu c’est de préserver l’espace vert. »

Autrement dit, des 8 435 m² restant, il faudra également retrancher les rues menant aux différents îlots d’habitation et des places de stationnement pour les nouveaux arrivants. Quant au fait qu’ACM aménage cet espace vert, Jean-Michel Vidal émet de fortes réserves : « Même les petits espaces verts entre les immeubles, ACM considère que cela coûte trop cher de les entretenir. Ils n’arrosaient plus, ils voulaient en redonner la gestion à la municipalité qui a refusé. Bientôt, en guise de verdure, on n’aura plus que des parkings peints en vert. »

« Aucun retour »
Une annonce loin donc, très loin, de satisfaire les habitants qui regrettent, comme Najat, l’absence de concertation de la part de la mairie : « C’est juste en bas de chez nous mais on ne nous a rien demandé, on a juste vu le panneau. » Mêmes regrets de Bernard Jory, vice-président du comité de quartier Cévennes et environs : « J’ai rencontré un chargé de mission de la mairie, je lui ai fait visiter le quartier, je les ai avertis mais nous n’avons aucun retour. Ça fait au moins deux ou trois fois qu’on le signale depuis septembre […] Vous savez, actuellement, rien ne se fait comme avant. On a moins de pouvoir nous les associations, mais on reste attentifs. »

D’autant plus que les revendications des habitants sont claires et affichées selon lui : « Ce que les habitants veulent c’est un parc pour enfants en plus – car il y a beaucoup de monde - et un espace de promenade» Un constat partagé par les mamans et nourrices rencontrées dans le petit parc pour enfants situé à l’entrée du quartier et jouxtant un carré de pelouse munis de trois bancs mais jouissant pourtant du nom pompeux de square : « On n’a que cet espace-là pour faire jouer les petits. Là c’est les vacances, il n’y a pas les sorties d’école donc c’est calme mais d’habitude c’est juste infernal. C’est déjà trop petit pour Las Rébès mais les gens des Cévennes viennent également ici », constatent Brigitte et Jocelyne toutes deux nourrices agrées.

« On s’ennuie ici »
Même discours du côté des ados que l’on retrouvent également dans ce parc initialement prévu pour les petits. Marie, 15 ans, nous confie qu’elle aimerait « une piscine ou un terrain de basket ou de foot, je sais pas, une aire de jeux pour les plus grands enfin un truc pour qu’on s’amuse parce qu’on s’ennuie ici ». À côté d’elle, Cathy, maman, acquiesce et se désole : « Les gamins sont obligés de jouer sur les parkings ou on les retrouve en bas des immeubles ou dans les cages d’escaliers, il n’y a rien pour eux alors que des logements on en a assez. »

Pour Philippe Thinès, ancien adjoint (PRG) délégué à la qualité de l’espace public, cette décision est une « véritable aberration. C’est le seul espace pour les Cévennes et Las Rébès dans ce quartier qui représentent quand même beaucoup beaucoup de monde […] Donc c’est une hérésie de faire ça […] Il faut vraiment stopper ce permis de construire. »

ACM « république autonome » ?
Une annulation du permis de construire à laquelle Stéphanie Jannin oppose trois arguments. Elle conteste d’abord l’idée même que la mairie ou la métropole puisse intervenir auprès d’ACM : « C’est un foncier qui appartient à ACM donc comme tout pétitionnaire qui possède un terrain c’est ACM qui décide à un moment de lancer une opération sur le terrain dont elle est propriétaire. » ACM serait-elle donc une de ces fameuses « républiques autonomes dans la république de Montpellier », tant vilipendées par le maire Philippe Saurel quand il s’agit d’évoquer la Panacée, les sports, la SERM ou encore les maisons pour tous, bref toutes les structures qui considéreraient ne pas avoir de comptes à lui rendre ?

La métropole est pourtant la collectivité de rattachement d’ACM. À ce titre, elle dispose de 13 représentants sur 23 au conseil d’administration du bailleur social (1) et le président en est Robert Cotte, élu de la majorité Saurel. Le rattachement à la métropole est également évoqué par Michaël Delafosse, ancien adjoint à l’urbanisme : « C’est très facile c’est l’office public d’habitat qui est propriétaire du terrain donc il n’y a pas d’histoire de préemption, de discussion, puisque les élus sont dans le conseil d’administration d’ACM. C’est un choix politique qui s’impose sur la cadre de vie que l’on veut offrir à la fois aux résidents d’ACM et aux habitants du quartier [...] La décision appartient au maire et je suis convaincu que l’intérêt général va l’emporter. »

Grossière erreur de Philippe Saurel
À en croire l’ancien adjoint, la métropole aurait donc pu intervenir auprès d’ACM pour sauver le parc. Est-ce pour cette raison que son président Philippe Saurel a fait une grossière erreur en répondant à la question d’une habitante de Las Rébès lors de la réunion de quartier qui se tenait ce mercredi 15 avril ? Le maire la corrige quand elle parle d’un projet d’ACM-OPH : « Non, l’OPHLM. Hérault habitat. Département de l’Hérault. Pas ville de Montpellier. Je répète : les 69 [63 en fait] appartements dont vous parlez, sont construits par le département de l’Hérault. Pas par la ville. Pas par la métropole. »
Écouter l’intégralité de l’échange :

Interrogé par Montpellier journal à l’issue de la réunion, le maire à reconnu son erreur. Mais on pourra lui reprocher, au mieux de ne pas connaître ses dossiers, au pire d’avoir esquivé une question embarrassante en réunion publique et de ne pas avoir assumé ses décisions. Stéphanie Jannin assise au premier rang, et bien au courant du dossier – elle avait répondu aux questions de Montpellier journal la veille – ne s’est pas manifestée pendant la réunion pour rectifier l’erreur.

Les autres équipements destinés aux enfants et aux familles
Dans un second argument, l’adjointe à l’urbanisme conteste la demande des habitants selon laquelle le quartier ne serait pas doté d’assez d’équipements destinés aux enfants et aux familles : « Il y a quand même cinq espaces verts aux alentours dont trois sont des aires de jeux pour enfants. » De quoi indigner les deux nourrices Brigitte et Jocelyne : « Les autres parcs ? Il y a Jouanique mais il n’y a vraiment rien et c’est glauque. […] Après, quand on a vraiment le courage, on va jusqu’au Mas de Neuville ou au conseil général, c’est à 15 minutes à pied mais avec les poussettes et les petits, il faut la monter la pente. »

Nous nous sommes rendus à l’aire de jeux pour enfants du square Jouanique situé en effet à moins de cinq minutes à pieds de Las Rébès, mais il faut bien admettre que le lieu de 2 600 m² manque un peu de fraîcheur et d’équipements :

Le square Jouanique (photo : Lucie Lecherbonnier)

Et comme on peut le voir sur la cartographie ci-dessous établie par la mairie, le parc du Mas de Neuville n’est pas tout proche. Quant au petit parc du Mas Vanneau (1 000 m²), il ne dispose pas de jeux pour enfants.

Extrait de la cartographie des parcs de Montpellier (source : ville de Montpellier, carte : Google)Le point le plus haut correspond au parc du Mas de Neuville, le second le parc du Mas Vanneau et le plus bas le square Jouanique. La petite aire de jeux pour enfants de Las Rébès ne figure pas sur la carte mais se trouve au tout début de la rue des Papyrus (à 50 m de la 2×2 voies Paul Rimbaud, cliquer ici pour voir).

« Habitudes pas tout à fait légitimes »
D’ailleurs, pour la première adjointe, là n’est pas vraiment la question puisque la demande des habitants s’expliquerait par « une ambiguïté. Le terrain est totalement ouvert donc ça donne l’impression que c’est public mais c’est ACM qui est propriétaire et qui aurait pu pendant toutes ces années clore le foncier […] On avait des habitudes qui s’étaient prises même si elles n’étaient pas tout a fait légitimes ». Précisons au passage que l’élue habite à environ 200 m du Peyrou, 500 m du jardin des plantes et 600 m de l’Esplanade. De quoi prendre des « habitudes » un peu plus « légitimes ». Sans parler des week-ends et des vacances au vert permis par un certain niveau social.

Mais revenons au troisième argument de Stéphanie Jannin, le coût de l’aménagement de ces espaces : « On ne peut pas faire en un an ce qui n’a pas été fait en dix ans. Faire des aménagements, ça coûte de l’argent donc on le fait petit à petit […] Et je crois que l’on fait déjà beaucoup ça mais après ce ne sera toujours pas assez pour certains. » Rappelons qu’entre 2005 et 2011 c’est Philippe Saurel qui était alors chargé de l’urbanisme. Quant au coût, une acquisition du terrain d’ACM et son aménagement auraient-ils coûté si cher que cela ?

« La ville a besoin de produire du logement social »
Selon Michaël Delafosse, le coût ne peut être le problème : « Avec les choix d’acquisition de protection d’espaces verts qui ont été réalisés par la commune de Montpellier ces trois dernières années, ce serait une question de justice et cela ne coûterait rien au contribuable hormis l’aménagement de l’espace vert. » Réponse de Stéphanie Jannin : « De toute façon, la ville a besoin de produire du logement social donc la ville n’a pas vocation à préempter des logements qui appartiennent déjà à ACM. »

Il est vrai pourtant que ces dernières années la ville n’a pas hésité à aménager le parc Charpak à Port Marianne, a abandonné la construction d’immeubles dans le parc Montcalm, a acheté le jardin de la Reine et dépense 1,8 M€ dans la réfection du Peyrou. « Des équipements de prestige, pour Nadja Flank, porte parole d’EELV à Montpellier, mais l’important c’est d’avoir des espaces verts populaires, des espaces publics pour l’amélioration du vivre ensemble, des espaces pour les gamins, pour les familles. »

Le précédent du stade du Père Prévost
Sans parler du positionnement franc de Philippe Saurel lors des dernière municipales à propos du Stade du Père Prévost (quartier des Beaux-arts). Ce terrain-là était pourtant bel et bien privé puisque propriété d’une société anonyme. Philippe Saurel, à l’époque outsider de la campagne, déclarait pourtant « qu’avec une volonté politique on pouvait sauver ce stade ». [22'22 de la vidéo]

Y-aurait-il donc des quartiers plus favorisés que d’autres à Montpellier ? Pour Jean Michel Vidal, aucun doute : « Je vis en HLM mais je ne suis pas un sous-locataire et il me reste encore assez de dignité pour le dire et l’écrire […] On profite que les gens du quartier soient dans la précarité et les difficultés et qu’il est plus compliqué pour eux de se mobiliser alors que l’environnement et le logement sont primordiaux pour des citoyens qui n’ont pas les moyens de partir en vacances en dehors de la ville. Il me reste encore un peu d’espoir de ne pas voir ce quartier devenir un troisième « Petit Bard  » après le second qu’est le quartier des Cévennes mais depuis dix ans avec Mandroux [l'ancien maire] tous les investissements ont été mis au sud est de la ville, sur Port Marianne, Odysseum, Jacques Cœur, Ode. »

Un petit retour sur la cartographie générale des jardins et parcs de la ville révèle effectivement un vide dans ce secteur où les barres d’immeubles sont nombreuses :

Extrait de la cartographie des parcs de Montpellier (source : ville de Montpellier, carte : Google)Sur la carte au centre légèrement plus bas que l’inscription Hopitaux-Facultés

Les barres d'immeubles du quartier Las Rébès à Montpellier (photo : Google)

En comparaison, le très bourgeois quartier d’Aiguelongue où les villas avec jardin sont nombreuses, fait figure de privilégié avec en plus du zoo (80 ha), du domaine de Méric (12 ha), de la promenade des bords du Lez et du bois de Montmaur (27 ha), le parc Rachel (7 000 m²), le square des Brusses (3 000 m²) dotés d’aménagements pour les enfants, le petit square des Cétoines et le parc de l’Aiguelongue (10 000 m²). Un constat également effectué par Sylvie, habitante de Las Rébès qui demande à sa fille : « Quand tu vas chez mamie à Aiguelongue, il y a combien de parc à côté ? Au moins trois. »

Une fracture urbaine réelle donc qui pousse les habitants du quartier qui le peuvent à partir comme Élodie : « C’est un ghetto ici, entre le bruit, l’insécurité, et le manque d’espace, on à juste envie de déménager. » Pour sa voisine Leïla, le choix est fait : « Je suis dans le privé j’ai donc décidé de ne pas rester, je pars dans deux mois. » Une situation qui se répercute obligatoirement sur la mixité sociale du quartier. Pour Jean-Michel Vidal : « À ce rythme, dans quelques années, il y aura un projet de l’ANRU [agence nationale pour la rénovation urbaine] pour rénover ce secteur et la question classique reviendra : Comment en est-on arrivé là ? »

[Mise à jour l 17/04 à 9h50 : Philippe Saurel a même réussi à enfumer une élue de sa majorité avec son histoire d'Hérault habitat. Il s'agit de Samira Salomon, candidate malheureuse sur le 2e canton aux dernières départementales face à... Michaël Delafosse. Celle-ci qui était présente à la réunion de quartier mercredi soir, a écrit le 16 au soir sur Twitter en parlant du square Las Rébès : "Ce projet concerne le bailleur du département Hérault Habitat". Elle a même tenté de donner un cours de gouvernance : "Hérault habitat est le bailleur du département, si vous l'ignorez !"

Echanges de Samira Salomon avec Sébastien Cote, proche de Michaël Delafosse, sur Twitter

]

[Màj le 23/04 à 17h10 : D'après nos informations, la ville pourrait annoncer lors du prochain conseil municipal, sa décision - très récente - de classer les espaces qui ne seront pas urbanisés par ACM soit environ 7 000m2. Ainsi,