Le 12 novembre dernier, Montpellier inaugurait en grande pompe son nouvel hôtel de ville. Née de l’imagination des architectes Jean-Nouvel et François Fontes, l’édifice luxueux cache une toute autre actualité : le devenir des anciens bâtiments municipaux. Avec notamment un manque à gagner non négligeable pour des locaux vides de plusieurs milliers de mètres carrés.
Un article de Nicolas Séné
La municipalité a-t-elle bien préparé son déménagement dans le nouvel hôtel de ville ? La question reste posée au regard des anciens locaux restés vides à côté du Polygone et de l’Hôtel Richer de Belleval, monument historique, place de la Canourgue (photo ci-dessus). La nouvelle mairie de Port-Marianne, bien loin du cœur historique de Montpellier, avait été impulsée par Georges Frêche. La grande idée était d’ouvrir la ville vers la mer mais il n’est pas sûr que les administrés y gagnent avec cet éloignement des services.
« Complètement non productif »
«Le coût est d’abord faramineux ! Entre 130 et 150 millions d’euros !», s’indigne Jacques Domergue, président du groupe UMP au conseil municipal. «On ne sait même pas le prix exact puisque la mairie a engagé des travaux supplémentaires pour des annexes. Et, inauguré cela en période de crise, je dis que c’est vraiment pas de chance», poursuit-il, ne voulant pas être «plus méchant» avec la majorité. D’après lui, il aurait été plus judicieux d’engager des fonds dans des bâtiments productifs : «Cela aurait créé de l’emploi mais là c’est complètement non productif. L’entretien va, en plus, exploser par rapport à l’ancienne mairie ! Tout cela étant prélevé sur le budget de la ville, je ne donne pas six mois pour qu’on nous dise qu’on va augmenter les impôts.»
De l’autre côté de l’échiquier politique, la nouvelle mairie ne convainc pas non plus. Francis Viguié, élu d’opposition NPA-FASE, dit comprendre qu’un bâtiment soit déclassé. «Ce n’est pas forcément choquant en soi qu’il y ait une nouvelle mairie. Mais nous ne sommes pas obligés de passer dans du luxueux.» D’après lui, les choix de l’architecte Jean Nouvel représentent une «dépense de prestige pour la ville». «Rappelons que Montpellier reste une ville pauvre avec 12% de chômage et une part importante de quartiers populaires. Il y avait donc d’autres priorités sociales», conclut-il.
« Dépense de prestige »
Côté surcoûts, le projet, initié il y a plus de 15 ans, n’avait pas prévu que 950 agents municipaux y seraient finalement logés. Des annexes sont donc en cours pour un surplus de 8,5 M€. La « dépense de prestige » visée concerne notamment les 369 000 € dépensés pour trois photos (voir page 21 du PV du conseil en lien) destinées aux plafonds de l’accueil, de la salle des rencontres et de la salle du conseil. Mais aussi les 700 000 € pour le tissu de ces plafonds. Enfin, alors que la sécurité était assurée dans l’ancienne mairie par la police municipale, elle est maintenant confiée à une société privée pour un montant annuel pouvant atteindre 350 000 € (avec la sûreté incendie).
Si l’hôtel de ville a été inauguré en grande pompe, l’avenir des anciens locaux jouxtant le centre commercial Polygone reste en suspens. «Pour ce qui est de l’ancienne mairie, il y aura une mise en location à destination des entreprises pour une activité commerciale», prévoit Michael Delafosse qui a hérité de l’urbanisme lors du remaniement municipal de l’été. «À terme, il y aura une opération de regroupement urbain avec la destruction des bâtiments qui sont énergivores et compliqués en termes de réhabilitation», se défend-il. «Généralement, la façon de faire, c’est de se soucier du devenir de l’ancien bien avant, lui rétorque Jacques Domergue. Là, rien n’a été prévu. Ils parlaient de tout détruire, puis de faire une tour de trente étages pour des logements. Mais plus personne ne veut vivre dans de tels bâtiments. Il y a eu aussi le projet de reconversion en bureaux mais Montpellier en regorge déjà. Le projet est donc ubuesque et anarchique.»
« Nouvel ensemble commercial »
L’un des enjeux actuels est de raccorder la Comédie au quartier Antigone bloqué par le Polygone commercial. «Nous voulons recréer ce lien», assure Michael Delafosse. «En partenariat avec les gérants du Polygone, il y aura un nouvel ensemble commercial avec l’extension de l’existant.» En attendant, «les coûts du bâtiment sont ceux du marché», assure-t-il annonçant qu’«ensuite il n’y aura plus de coûts car les nouvelles structures seront mises en location et la mairie récupèrera les loyers».
Francis Viguié du NPA voit dans cet énième choix la poursuite du «billard commercial à trois bandes. D’un côté il y a Odysseum au Millénaire, le Polygone en centre ville et les petits commerçants. Quand l’un veut s’agrandir, l’autre demande un étage supplémentaire et les petits commerçants ont un lot de consolation avec des tickets parking financés par la collectivité. C’est une logique poussée à l’absurde !»
En mal de deniers publics pour la rénovation
Il y a une vraie saga avec les hôtels de ville de Montpellier. L’autre épisode se joue sur la très chic place de la Canourgue. L’hôtel Richer de Belleval est un bâtiment classé monument historique. La vie municipale y battait son plein de 1816 à 1975, date à laquelle la mairie s’installa à deux pas de la place de la Comédie. L’illustre bâtisse est désormais en passe de devenir un bien privé. «Le projet a été initié par mon prédécesseur à l’urbanisme [Philippe Saurel], explique Michael Delafosse. L’hôtel sera donc mis en vente par un appel d’offres.» La mise à prix est fixée à 1 M€ «mais il faut ajouter 5 M€ car il y a des travaux considérables. Il nous a été laissé en très mauvais état par les prud’hommes qui en bénéficiaient jusqu’alors». La mairie serait donc en mal de deniers publics pour assurer la rénovation. Ce à quoi Christophe Jay, administrateur de biens place de la Canougue et président régional de la Fnaim, répond : «Quand la ville dit qu’elle n’a pas les moyens de l’entretenir, de l’argent elle en trouve pourtant quand elle le veut.» Par exemple pour les plafonds de la nouvelle mairie.
«Le grand regret populaire, c’est d’avoir démembré l’espace judiciaire de Montpellier et d’avoir divisé le pôle judiciaire aux deux extrémités de la ville. Je regrette qu’il n’ait pas été maintenu dans ses fonctions judiciaires qui permettaient à la profession de ne pas courir entre les différents tribunaux.» D’après lui, l’hôtel de Belleval doit s’orienter vers une activité professionnelle. «Car, à force de vider la ville, elle deviendra elle-même un musée», souffle-t-il. À l’évocation d’un éventuel hôtel de charme, Christophe Jay reste dubitatif : «D’accord, mais il faudrait que ça reste une seule pièce. Ce sont les professionnels qui animent les quartiers, il faut donc maintenir l’activité en centre ville.» Il anticipe même : «C’est sûr que si l’hôtel est mis en vente, il sera pris d’assaut dans ce quartier qui est assez cher. Mais, à l’origine, ce type de bien n’a pas été fait pour être démembré. Qu’on nous dise qu’il n’y a pas de besoin, c’est un argument qui s’entendrait plus que de dire qu’il manque de l’argent pour le réhabiliter.»
Ce patrimoine historique semble être irrémédiablement destiné à la vente. «Nous devons définir quel investisseur à vocation économique qui respectera le cahier des charges très précis pourra l’acquérir», continue Michael Delafosse avant de conclure : «Quoiqu’il en soit, le nouvel acquéreur devra respecter le caractère patrimonial et nous voulons un concept économique innovant.» L’innovation, justement, en termes de gestion de ses biens, semble pourtant bien un des points faibles de cette municipalité.
Nicolas Séné
(Cet article était destiné à l’origine à un supplément Montpellier d’un magazine national qui n’est finalement pas paru)
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► Lire aussi : De mauvaises ondes dans la nouvelle mairie de Montpellier ?



2 commentaire(s)
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à 15 h 14 min
le coût des plafonds de la nouvelle mairie (photos + tissu) semble exorbitant. N’y a-t-il pas une erreur de zéro ?
à 15 h 32 min
Même si ce n’est pas moi qui ai rédigé l’article, j’ai personnellement revérifié les montants. Pour les photos, on peut se reporter au PV du conseil municipal du 7 février 2011, délibération n°14, pages 21-22, consultable sur le site de la mairie. Pour les 700 000 €, il faut se reporter au PV du 14 juin 2010, délibération n°19, pages 63-54, non disponible sur le site de la mairie mais j’ai mis un extrait. J’ai également mis à jour l’article avec les liens.