Après avoir risqué deux fois la fermeture, le collège Clemenceau de Montpellier se retrouve sous le tir de l’académie avec une suppression d’une classe de 6e à la rentrée prochaine. Les professeurs et les parents d’élèves voient revenir le spectre de la fermeture dans le cadre de la politique gouvernementale de « casse de l’Éducation nationale », selon le terme des syndicats. Une occasion en or pour les élus socialistes de la ville de défendre les services publics. Qu’ils saisissent mollement.
Un article de Nicolas Séné
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« Non à la fermeture du collège Clemenceau » est-il écrit sur la banderole d’un habitant du quartier qui explique : « Je viens de la ressortir pour la remettre sur mon balcon. » Effectivement, après deux tentatives de fermeture en 2001 et 2005, le collège Clemenceau est à nouveau menacé de disparaître. Alors, professeurs, parents d’élèves et habitants se sont retrouvés ce jeudi 5 janvier à la brasserie « Le Dôme » pour réactiver le collectif de défense. Ce petit collège de quartier composé de 16 classes pour 461 élèves – avec une moyenne de 29 élèves, la deuxième plus grande moyenne de la ville – est attenant au lycée du même nom.
L’inspecteur d’académie droit dans ses statistiques
En novembre dernier, l’inspection d’académie annonçait sa volonté d’y fermer une classe de sixième : « C’est forcément suivi par la fermeture d’une 5e puis d’une 4e », anticipe Régine, une habitante. « Cette fermeture est une volonté politique », assure-t-elle avant d’analyser : « Après la suppression de la carte scolaire [le ministère de l’éducation nationale parle lui d’un « assouplissement »], tout est remanié de manière à réduire les effectifs pour perdre le collège. Mais il y a une grande motivation et à nouveau la réaction sera à la hauteur de la volonté des gens du quartier. » « Je n’ai pas d’informations pour les années suivantes», explique de son côté Philippe Wuillamier, l’inspecteur d’académie droit dans ses statistiques : « On est dans une situation où le secteur de recrutement d’élèves ne justifie pas le maintien d’une classe de 6e. » Et, cette fois, il l’assure : « Il n’y a aucun plan de fermeture mais simplement le constat du manque d’élèves. Pour la suite, on voit d’une année sur l’autre. »
Pour Catherine Gossez, secrétaire du syndicat Snes et professeur au lycée, c’est tout vu : « À Montpellier, il y a trois collèges particulièrement chargés, dont Clemenceau. À mon avis, et ça semble se confirmer d’après ce qui nous revient, c’est à l’initiative de l’État car il faut trouver des postes à supprimer dans le cadre de la RGPP [Révision générale des politiques publiques]. » D’après elle, le gouvernement supprimant des classes en campagne, il faut bien en fermer aussi en ville. Et, à l’écouter, en s’attaquant à Clemenceau, il opte pour la facilité : « En le fermant, ils balaient l’argument des locaux qui se retrouveraient vides car le lycée les récupèrera. Du point de vue de l’affichage, ça fait moins tache. » Pour la syndicaliste, c’est très clair : « Clemenceau n’est qu’un réservoir de postes à supprimer. » Sur le sujet des suppressions de postes, l’inspecteur se fait moins loquace : « Ça correspondra à l’équivalent des moyens d’une classe. Et pour celles qui restent, il y aura le service partagé. » Comprendre : des professeurs d’autres établissements viendront faire du complément d’heures à Clemenceau – et vice-versa – en remplacement des collègues éjectés.
« Autour il n’y a que des collèges privés »
Ce soir-là à la brasserie du Dôme, entre cafés, bières et eau pétillante, on tente de comprendre la logique visée. « Si on supprime Clemenceau, il va y avoir un trou incroyable en termes d’établissements publics dans le quartier ! », s’indigne Karen Deloffre, membre de la Fédération des conseil de parents d’élèves (FCPE). « Autour il n’y a que des collèges privés et les gens emmèneront leurs enfants là-bas car les autres collèges publics sont loin. Alors, est-ce un moyen de privatiser l’école ?», s’interroge-t-elle. Effectivement, Clemenceau est cerné par le privé : La Providence (avenue Clemenceau), Saint-François-Régis (Courreau) et Saint-François-d’Assise (gare). Côté public, il ne reste plus que le collège Clémence-Royer (Albert 1er), Joffre (Esplanade) ou Gérard Philippe (Saint Martin). Tous à au moins 20 minutes de marche.
Jean-François Darraq décrit la situation à Clemenceau : « Par exemple, en quatrième, ils sont jusqu’à trente élèves par classe ! Les collèges de Montpellier sont pleins à craquer et la tendance à Clemenceau est à la hausse d’élèves. » À quoi l’inspecteur d’académie ne manque pas de répondre : « À Clemenceau, les élèves sont en dehors du secteur », c’est-à-dire qu’ils font l’objet de dérogation pour intégrer l’établissement grâce à l’assouplissement de la carte scolaire. « L’année prochaine, on aurait donc une classe uniquement en dérogation », poursuit-il. « Concernant le secteur, réplique le professeur de mathématiques, celui de Clemenceau fait partie des plus petits de Montpellier ! On est les seuls à avoir uniquement deux écoles élémentaires rattachées contre quatre pour les autres collèges. Il y a donc une aberration géographique car quelques rues plus loin on est déjà hors secteur.» Richard, un parent d’élève, analyse les chiffres officiels et en déduit une volonté de « regrouper les établissements ». La logique serait donc de préférer les usines à collégiens plutôt que les petites structures de quartier.
1500 nouvelles habitations avec le Nouveau Saint-Roch
Francis Viguié, élu NPA au Conseil municipal, est présent ce soir-là en tant qu’habitant et il élargit le débat : « Il faut aussi prendre en compte le fait qu’il va y avoir le quartier du Nouveau Saint-Roch avec 1 500 nouvelles habitations. On peut donc penser qu’il peut y avoir un certain nombre d’enfants en plus au niveau collège. Et là, on ne parle pas pour dans vingt ans ! L’évolution démographique va bouger avec, en plus, des changements dans le quartier Figuerolles. » L’inspecteur d’académie confesse « prendre en compte les installations de familles » assurant qu’il y a « des classes qui s’ouvrent aussi ». Sans vouloir, pour l’instant, dire où.
Francis Viguié n’était pas le seul politique ce soir-là. Alors qu’il y a un petit flottement dans l’assistance, une dame en profite pour prendre la parole : « Je viens ici car le sujet me tient à cœur en tant qu’ancienne responsable de la FCPE. » Regards interloqués dans l’assistance avant qu’un professeur ne demande : « Excusez-moi, mais vous êtes qui ? » « Je suis Anne-Yvonne Le Dain, vice-présidente du conseil régional du Languedoc-Roussillon. » (Et par ailleurs – hasard ou coïncidence ? – candidate aux législatives sur la deuxième circonscription de l’Hérault). À la région, elle est en charge, entre autres, de l’enseignement supérieur et de la recherche. « Et je tenais à dire que la région n’a pas été informée de la fermeture du collège Clemenceau alors qu’il est conjoint au lycée que nous gérons et que nous sommes propriétaires des murs ! » Et de poursuivre : « C’est un petit collège et c’est bien pour les mômes. Quand un enfant est dans un collège de 750 élèves, c’est un peu rugueux. Les petits établissements sont mieux adaptés. Et je ne veux pas que la fermeture du collège profite aux collèges privés.» S’excusant de devoir partir aussi précipitamment qu’elle a pris la parole, elle promet, avant de tourner, les talons de passer un coup de fil à son collègue du conseil général, Pierre Maurel.
Une dizaine de collèges concernés par des fermetures de classes
Pierre Maurel, justement, est vice-président à « l’éducation pour tous » au conseil général. Il constate : « Ça se généralise dans les collèges de l’Hérault. Le ministère supprime des postes et remplit les classes et il y a en moyenne trente élèves par classe. C’est systématique depuis l’année dernière. » Il parle même d’une dizaine de collèges concernés par des fermetures de classes : « C’est un mot d’ordre de Paris », assure-t-il. Mais une fois le constat dressé, la contestation de la politique gouvernementale est timorée : « On peut protester mais la décision c’est l’inspecteur d’académie qui la prend en fonction du nombre de professeurs qu’il a », explique-t-il. « Il y a eu un cas similaire sur Sète l’année dernière. Les professeurs et les parents ont eu beau protester, ça n’a rien changé. » Fataliste, il va tout de même oeuvré, timidement : « On va écrire une lettre de soutien mais je ne me fais pas d’illusion. »
Si elle n’a pas en charge les collèges, la mairie de Montpellier est garante de la cohésion sociale de la ville et l’avenir des écoliers de primaire pourrait faire partie de ses préoccupations. Sollicitée, Hélène Mandroux botte en touche. Elle semble préférer communiquer sur sa rencontre avec l’ambassadeur d’Israël en France. Une photo la montrant avec le diplomate a d’ailleurs été envoyée mardi à toute la presse. Pour les contingences locales, le maire renvoie vers son adjoint à la « réussite éducative », Jean-Louis Gély, suppléant de la ville aux instances du collège Clemenceau qui réagit : « Il y a une réaction logique d’interrogation et d’inquiétude car on connaît la politique du gouvernement sur le sujet », dit-il. Et de poursuivre : « Il n’y a pas de logique surtout quand on voit l’évolution de la démographie scolaire. Les établissements scolaires sont importants en termes de cohésion sociale. Je fais donc chorus avec les parents d’élèves et les enseignants pour que l’établissement demeure. Je suis en contact avec le collectif de soutien et ça me touche particulièrement car je suis un vieux résident du quartier. Maintenant, il faut qu’un dialogue s’instaure et j’en parlerai à l’inspecteur d’académie. »
Si le collectif de défense du collège Clemenceau attendait un parti pris radical contre la politique gouvernementale de la part des élus locaux, il sera quelque peu déçu. Par contre, une chose est sûre, l’inspecteur d’académie aura de la lecture dans les jours à venir avec tout ce courrier estampillé conseil régional, conseil général et mairie de Montpellier. Sans attendre, le collectif de défense du collège a manifesté hier devant le rectorat (photo ci-dessus) et des représentants ont été reçus par l’inspecteur d’académie. Ce dernier a tenté de les rassurer. Sans convaincre. Il prévoit 87 élèves pour 3 classes à la prochaine rentrée soit une moyenne de 29 par classe. Concernant la définition du secteur du collège, le fonctionnaire a renvoyé vers le conseil général, en charge de sa définition. Le département détiendrait-il la survie du collège entre ses mains ?
Nicolas Séné
[Mise à jour à 17h20 : Christian Assaf a diffusé un communiqué à 17h11 pour "assurer les professeurs et les parents de [son] soutien pour éviter de voir disparaitre ce collège qui fait partie de l’identité même de ce quartier de Montpellier » et dénoncer le « massacre » dans l’Éducation nationale.]
[Mise à jour le 13/01 à 14h40 : Anne-Yvonne Le Dain était également présente à la manifestation devant le rectorat.]
[Mise à jour le 18/01 à 11h55 : Philippe Thinès, secrétaire général du PRG de l'Hérault a diffusé un communiqué le 15/01 titré "il faut sauver le collège Clémenceau".]
[Mise à jour le 20/01 à 12h40 : François Baraize, candidat EELV aux législatives sur la 8e circonscription (comme Christian Assaf et Philippe Thinès) a diffusé un communiqué le 20/01 titré "il faut défendre le collège Clemenceau".]
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► Voir aussi :
- Interview de Christian Philip, recteur de l’académie de Montpellier (France bleu, 12/01)




2 commentaire(s)
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à 0 h 03 min
Pour être complet, pas très loin, il y a aussi le collège Fontcarrade. Et le syndicat snec c’est plutôt SNES, non ?
à 10 h 28 min
Effectivement, Fontcarrade n’est pas beaucoup plus loin que les autres établissements cités. Et oui, c’était bien Snes. C’est corrigé, merci !