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Le Mercredi 28 septembre 2011 à 20:09

Provencel félicite Bourquin et s’emporte contre Montpellier journal

Le publicitaire qui a fait la campagne de Georges Frêche pour les régionales de 2010 et prestataire de la région Languedoc-Roussillon était présent dimanche lors de l’annonce du succès de Christian Bourquin aux élections sénatoriales. Il n’a pas du tout apprécié qu’on lui demande la raison de sa visite et a même voulu nous donner une leçon de journalisme.

Christian Bourquin et Pascal Provencel le 25 septembre 2011 à Perpignan (Photo : extrait du 19-20 de France 3 du 25 septembre)Dans cet article, vous allez lire des informations que vous n’aurez pas lues ailleurs. Pensez à faire un don à Montpellier journal s’il vous a intéressé.

Ce n’est bien sûr pas l’essentiel des élections sénatoriales de dimanche. Le basculement à gauche, la victoire des frêchistes Christian Bourquin dans les Pyrénées-orientales et Alain Bertrand en Lozère, tout ça est connu. Une image a néanmoins frappé Montpellier journal. Après l’annonce de la victoire de Christian Bourquin, France 3 filme les félicitations appuyées qu’adressent Pascal Provencel, le patron de l’agence publicitaire Sens inédit, au nouveau sénateur. On le voit également juste derrière Christian Bourquin à la sortie de la salle où ont été proclamés les résultats.
Regarder les extraits. Le premier a été diffusé au 19-20 de dimanche soir (vers 2’35’’) et le second dans celui de mardi soir, (vers 10’15’’) :

Mis en examen
Les deux hommes se connaissent bien. Tellement bien qu’ils sont tous les deux mis en examen dans une affaire de favoritisme dans un marché public du conseil général des Pyrénées orientales attribué à l’agence Synthèse, ancêtre de Sens inédit. Bien que remontant à 1999, l’affaire n’a toujours pas été jugée et a été dépaysée à Bordeaux par une décision de la Cour de cassation rendue en mars. L’agence Sens inédit est également prestataire de la région Languedoc-Roussillon. C’est elle qui a notamment signé la grosse campagne Sud de France cet été. Celle avec des gens beaux en noir et blanc.

Pascal Provencel est aussi omniprésent dans le film Le Président (1) puisqu’il était l’un des trois artisans de la campagne de  Georges Frêche pour les régionales de 2010. On l’y voit se qualifier lui-même de « pubard » et expliquer notamment : « La publicité dans les collectivités, c’était un mot vulgaire à une époque. Une bonne publicité c’est une publicité qui raconte une histoire. » Montpellier journal décide de lui demander de raconter l’histoire de sa présence dimanche à Perpignan aux côtés de Christian Bourquin. On s’attend à une réponse convenue voire langue de bois mais on passe quand même le coup de fil. Au cas où. Et on n’a pas été déçu.

« Qu’est ce que ça peut vous foutre ? »

Montpellier journal : Je vous ai vu dimanche soir à la télé pour la proclamation des résultats des sénatoriales…
Pascal Provencel
: Ben oui, je suis des P.O. donc…
- Je voulais juste savoir pourquoi vous étiez là-bas, en fait.
- Qu’est-ce que ça peut vous foutre ?
- Je suis journaliste. Vous savez, je suis curieux.
- Attendez, vous n’êtes pas la Pravda ?
- Non, bien sûr que non.
- On n’est pas en Chine non plus pour savoir… Vous n’êtes pas journaliste flic ?
- Non mais on n’est pas en Chine donc les journalistes peuvent poser des questions. Mais, bien sûr, vous n’êtes pas obligé de leur répondre.
- On fusille aussi les gens en Chine. Vous le savez ?
- Oui, bien sûr.
-  Qu’est-ce que c’est que ce flicage ? Pour qui vous vous prenez ? Je suis dans les Pyrénées orientales et vous me dites : qu’est ce que vous faites là-bas ? Mais moi je vous demande ce que vous faites, vous, sur… Vous êtes journaliste mais journaliste de quoi ? C’est du journalisme ça de demander aux gens ce qu’ils font ? Pour qui vous vous prenez, vous ?
- Je ne vois pas pourquoi je ne pourrais pas vous poser une question. Après, si vous ne voulez pas répondre, dites-moi : je ne souhaite pas répondre.

« De quel droit vous me posez ce genre de question ? »

– Mais vous m’emmerdez en plein boulot, vous ne me posez pas une question. Vous êtes en train de vous occuper de ma vie privée un dimanche.
- Excusez-moi mais il ne s’agit pas de votre vie privée : vous étiez filmé, devant les caméras donc c’était votre vie publique.
- Un dimanche, je ne suis pas grand électeur, je suis dans les Pyrénées orientales, on me voit sur une télé. Et alors ? Où est le problème ?
- Je vous pose la question, c’est tout.
- De quel droit vous me posez ce genre de question ?
- Là on est en Chine : donc je n’aurais même pas le droit de vous poser des questions ?
- Vous vous occupez de ma vie privée.
- C’était un événement public.
- Si je vous vois dans un concert et que je demande ce que vous faites là, c’est votre vie privée, un dimanche, non ?
- Un concert c’est public.
- Vous êtes vraiment journaliste ? Vous connaissez la déontologie des journalistes ?
- Je vous écoute. Si vous voulez me l’apprendre, allez-y.
- Il n’y a rien à vous apprendre, vous ne comprenez rien : vous ne faites pas la différence entre une vie publique et une vie privée. Je ne suis pas grand électeur, que je sache c’est une élection sénatoriale, je suis un habitant des Pyrénées orientales, je suis membre du Parti socialiste. J’ai quand même le doit d’aller regarder les résultats des sénatoriales !
- Oui tout à fait.
- Est-ce qu’un citoyen n’a pas le droit de faire ça ? De s’intéresser à la vie publique ?
- Je ne vous ai pas demandé si vous aviez le droit ou pas. Je vous ai demandé pourquoi…
- … pourquoi vous me posez cette question ?
- Parce que je suis curieux.
- Vous pensez que c’est une réponse ? En même temps vous me dites que vous êtes journaliste. Vous avez une drôle de façon d’exercer votre métier. Vous êtes un journaliste qui pose des questions uniquement par curiosité. Mais vous méprisez le métier de journaliste, monsieur.
- Peut-être. Je ne vais pas vous déranger plus longtemps puisque visiblement je vous dérange…
- … vous avez dit le mot : me déranger, oui. À bientôt.
- Je vous prie de m’excuser, au revoir.

Après avoir raccroché, on se demande si, finalement, ce n’était pas une très bonne question…

L’élection de Christian Bourquin pose par ailleurs la question du cumul des mandats. Exclu du PS, il n’est a priori pas soumis à la nouvelle règle votée par les militants du Parti socialiste en juin 2010 qui l’empêcherait de cumuler son mandat de sénateur et la présidence de la région. Il doit simplement appliquer la loi qui interdit de cumuler son poste de sénateur avec plus d’un mandat local. Il a donc annoncé qu’il renonçait à son poste de vice-président du conseil général des Pyrénées orientales. Il sera donc en conformité avec la lettre de la loi. Quant à l’être avec son esprit, c’est autre chose. En effet, la suppléante du nouveau sénateur n’est autre qu’Hermeline Marlherbe qu’il a par ailleurs lui-même installée à la présidence du conseil général quand il a été élu président de région après le décès de Georges Frêche en octobre 2010. Et Christian Bourquin qui s’auto promeut « leader régional » devant la caméra de déclarer (France 3, 26/09, vers 9’05’’) : « Vous croyez que je pars du conseil général en ayant ma suppléante présidente du conseil général ? La gouvernance locale est quelque chose qui m’implique beaucoup. » Pour Marc Degli, le journaliste de France 3, c’est clair : « Il le quitte officiellement mais officieusement il va continuer à diriger le conseil général. » Il ajoute : « Christian Bourquin contrôle aujourd’hui beaucoup de budgets, beaucoup d’appareils politiques avec les voix et les votes qui vont avec. » Une explication à la présence de Pascal Provencel à Perpignan dimanche ? « Qu’est ce que ça peut vous foutre ? »

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► Lire aussi :

___________
(1) Un film d’Yves Jeuland sur la campagne des régionales 2010 de Georges Frêche.

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3 commentaire(s)

Suivre les commentaires de cet article

  1. alain b said
    on 28 septembre 2011

    à 23 h 12 min

    Excellent le coup de la Pravda pris à contre sens, chapeau !

  2. Gérard M. said
    on 29 septembre 2011

    à 9 h 17 min

    Le plus gros scandale dans cette région et à Montpellier c’est bien le système mis en place par feu dieu frêchou et ses adeptes : l’introduction de la pub dévergondée dans la sphère publique. Tout leur règne repose sur les communiquants conseils (toujours d’une finesse de ton, vous l’avez remarqué vous aussi, digne des plus mauvaises pagnolades).

    Le si merveilleux / éclairé / adulé / intelligent (il le disait lui-même) et irremplaçable frêchou aura bien su faire une chose, c’est convertir les différentes collectivités dont il s’est accaparé en lamentables officines où se sont vautrées et règnent encore de minables agences de com, relayées par de pétulantes donzelles ex fanatiques, que nous payons grassement.

    On a remplacé la gouvernance par le dialogue ou même les discours pour convaincre par un système d’opérations systématiques de matraquages de pub / com. Et tout y passe, du musée Machin à la labellisation du vin. Il est même question d’ouvrir bientôt des superettes estampillées de cette merveilleuse marque inventée qui nous fait honte… Ils peuvent faire les beaux les directeurs d’agences de pub ! Au pays des bisounours écervelés ce sont les maîtres. Un jour viendra où ces douteuses méthodes seront mises à la vindicte et où les sans scrupules, qui auront bien puisé dans nos poches, devront rendre des comptes. Mais bon, vu l’aveuglement de la populasse, ce sera un peu plus tard.

  3. Simon said
    on 4 octobre 2011

    à 11 h 29 min

    Très intéressant cet échange… et quelle mauvaise foi ! Déjà, un pubard socialiste, ça fait rigoler quand on pense au niveau de conscience politique de gauche qu’il faut avoir pour en être… Mais le coup de la Chine, j’avoue que c’est le meilleur ! Ha ha ha. Ils nous font quand même rigoler quand ils ne nous font pas pleurer. Dans la pub, il faut se faire des amis puissants, et il faut surtout pas dire la vérité, c’est bien connu.