Skip to content


Le Jeudi 3 février 2011 à 18:06

Gaz de schiste : des scientifiques de Montpellier II entrent dans le débat

Dans un document de synthèse daté du 29 janvier, ils listent notamment « les risques environnementaux et sur la santé associés à l’exploitation » de cette source d’énergie dont l’exploration a débuté dans le sud de la France. Une contribution qui pourrait s’avérer utile alors que Nathalie Kosciusko-Morizet, la ministre de l’écologie, a annoncé hier à l’assemblée nationale vouloir lancer une mission pour « évaluer les enjeux environnementaux ». Mission confiée à deux structures rattachées à son ministère et à celui de l’industrie.

Dans cet article, vous allez lire des informations que vous n’aurez pas lues ailleurs. Pensez à faire un don à Montpellier journal s’il vous a intéressé.

« En tant que scientifiques et laboratoires disposant, sur certains des volets de cette affaire, d’une expertise partagée par nos tutelles et nos pairs, on s’est dit qu’on ne pouvait pas être absents du débat. » C’est ainsi que Nicolas Arnaud, directeur de l’Observatoire de recherche méditerranéen en environnement (Oreme), explique l’origine du document « Gaz de schiste : les questions qui se posent ». Le texte de cinq pages daté du 29 janvier a été co-rédigé par Géosciences, Hydrosciences et l’Oreme, trois structures de l’université Montpellier II.

« Données internationales validées »
Nicolas Arnaud décrit l’objectif : « Donner de l’information qui a comme certification le fait d’être issue d’un laboratoire de recherche publique sur fonds publiques. » Information basée sur la connaissance de la région et de « données internationales validées » visant à lister tous « les risques potentiels » de l’exploration et de l’exploitation de cette source d’énergie. Les lecteurs de « Le sud de la France cible à risques pour l’exploration du gaz de schiste » y trouveront beaucoup de confirmations des informations communiquées par Montpellier journal. Notamment sur les risques environnementaux, particulièrement et sans surprise, sur la ressource en eau.

Les scientifiques rappellent les caractéristiques de cette ressource : « Les sources karstiques, comme celle du Lez ou du Durzon qui font partie des plus puissantes de France, sont l’expression hydrologique visible de ce potentiel [celui de réservoirs d'eau souterraine très importants]. Ainsi, ils constituent la première ressource en eau régionale pour l’alimentation en eau potable (AEP). Cette ressource est déjà largement exploitée pour l’alimentation de 50% de la population du territoire concerné (dont Montpellier, Nîmes, Millau..) et représente un potentiel de premier ordre pour les prochaines décennies comme l’indiquent les études prospectives de l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse. »

« Vulnérabilité aux pollutions élevée »
Ils préviennent : « Le mode de recharge de ces aquifères et leur structure interne favorisent les déplacements de polluants éventuels et la quasi-absence d’auto-épuration : recharge souvent concentrée, sols peu épais, vitesses de déplacements dans les drains karstiques élevées… Ainsi, leur vulnérabilité aux pollutions est reconnue comme élevée et très spécifique. [...] La présence d’éléments chimiques particuliers (traces) dans les eaux de certaines sources ou forages témoignent de connexions hydrauliques entre des couches profondes et les aquifères superficiels. »

Puis font le lien avec l’exploration/exploitation éventuelle du gaz de schiste en rappelant que l’énorme quantité d’eau additionnée de produits chimiques utilisée dans la fracturation est parfois réinjectée « dans des réservoirs géologiques naturels à plus de 3km de profondeur (comme au Texas). » D’où le risque : « Même si ces aquifères sont profonds et ne présentent pas aujourd’hui un intérêt particulier en termes de ressource pour l’AEP, non seulement ils seront affectés, et sous l’effet de la pression d’injection ils risquent d’être mis en relation avec les aquifères d’eau potable plus superficiels, par les failles en particulier. » Et si l’eau n’est pas réinjectée mais stockée dans des bassins de surface en attente de traitement ? « Le conditionnement de ces réservoirs est critique pour éviter des pollutions majeures. La fuite des bassins de rétention (lors de pluies catastrophiques par exemple), polluerait immanquablement les rivières, les fleuves et la ressource en eau potable. Ce risque est particulièrement important dans les régions méditerranéennes (épisodes Cévenols). Il est également critique en région karstique pour lesquelles l’infiltration des polluants serait quasi immédiate. »

« Plus de probabilité dans la région gardoise »
La partie du document concernant « les cibles géologiques visées » ne précise pas les zones qui pourraient révéler d’importants gisements de gaz. Nicolas Arnaud complète : « Ces schistes affleurent dans les Cévennes mais ce ne sont pas ceux qui intéressent les pétroliers. Ce sont des schistes qui, dans notre région, en particulier sous le Causse et le Larzac, ne sont jamais descendus à plus de 2-3 km d’enfouissement et qui sont à l’heure actuelle sous les calcaires. Il est vraisemblable d’ailleurs, en tout cas sous la partie Causse et Cévennes, que ces schistes n’ont sans doute jamais chauffé suffisamment pour produire des hydrocarbures. [...] Les roches dans la région gardoise ont plus de probabilité – mais je n’ai pas de boule de crystal – d’avoir atteint des températures suffisantes pour commencer à produire un peu des hydrocarbures pendant que celles qui sont sous Nant et le Larzac n’en ont sans doute jamais produit. » Le scientifique voit une confirmation de son intuition dans les engagements financiers des compagnies pétrolières beaucoup plus importants sur les permis de Montélimar (qui va jusqu’au nord de Montpellier) et de Villeneuve-de-Berg plutôt que celui de Nant, respectivement 37.8, 39.93 et 1.72 M€. Et encore plus si on les rapproche des superficies des permis respectivement de 4327, 931 et 4414 km2.

« Ceci étant, ce qui nous inquiète, et c’est pour ça que nous voulions prendre part au débat, c’est que l’exploration en elle-même peut produire des effets néfastes, met en garde le directeur de recherche. Pas autant qu’une exploitation de long terme mais s’ils forent pour essayer de savoir s’il y a du gaz en profondeur, s’ils font des injections et des trucs comme ça, même si à la fin le puits est sec, peut-être qu’ils auront produit des dégâts. »

Le document devrait être complété par les connaissances des chercheurs sur les séries géologiques, la ressource en eau, la biodiversité animale et végétale. « Et si on peut trouver des expériences ailleurs de la façon dont l’environnement au sens vivant du terme a été affecté par les expériences malheureuses qu’on voit décrites un peu partout, on le mettra aussi dans le document », ajoute Nicolas Arnaud.

Total partenaire de Géosciences
Jusqu’à quand, ces scientifiques conserveront-ils leur liberté de parole ? Difficile à dire mais la question se pose puisque le laboratoire Géosciences affiche notamment comme partenaire l’entreprise… Total, détentrice du permis de Montélimar. Ou alors ne risquent-ils pas de se fâcher avec elle ? « C’est un risque qui a été pesé au niveau du laboratoire, répond Nicolas Arnaud. Je pense que c’est aussi l’un des éléments qui a fait débat. Parce que, malheureusement, la recherche publique ne peut que très difficilement se passer de fonds privés. Plus vous baissez les fonds publics, plus évidemment les laboratoires sont obligés de s’affilier à des fonds privés, parfois ça se passe très bien quand c’est du simple mécénat mais s’il y a des clauses de confidentialité ou s’il y a, à la fin, une dépendance de la recherche vis à vis du privé, c’est la porte ouverte à tous les excès. Là, en l’occurrence, on n’a eu aucun message de Total. »

En attendant, les scientifiques semblent déterminés à poursuivre leur démarche et proposent leurs services. Nicolas Arnaud : « On sait qu’évidemment notre région n’est pas les USA ou le Canada mais puisqu’il y a un risque ailleurs et qu’on sait que ça peut présenter un risque important pour les ressources en eau, il est temps qu’on laisse aux gens qui possèdent l’expertise – pas 10 ans évidemment mais un peu de temps – pour essayer d’avancer sur quel est le risque réel. Et surtout que ce soit fait par des laboratoires publics. Ne nous reposons pas intégralement sur les entreprises qui veulent faire ça pour nous rassurer en nous disant qu’elles ont fait les expertises. »

« Une grande inquiétude et des interrogations légitimes »
Quasiment au moment où Nicolas Arnaud prononçait ces propos, Nathalie Kosciusko-Morizet répondait, hier, à l’Assemblée nationale à une question de la député-maire socialiste de Niort, Geneviève Gaillard. La ministre de l’écologie évoquait « une grande inquiétude et des interrogations légitimes relayées par des élus de droite et de gauche » sur les gaz de schiste. Mais, une nouvelle fois, elle n’a pas répondu – positivement ou négativement – à la demande d’ouverture d’un « débat national » sur la question.

Elle a, en revanche, annoncé qu’elle confiait avec son collègue de l’industrie, Éric Besson, une mission « aux conseils généraux de l’industrie et de l’environnement (1)«  pour évaluer « les enjeux environnementaux ». La ministre a précisé : « Aucune autorisation de travaux sur le gaz de schiste ne sera donnée ni même instruite avant le résultat de cette mission. L’enjeu est simple : est-il possible, en France, d’exploiter ces gisements, en substitution à des importations, proprement ? La position du gouvernement est claire : si ça n’était pas possible de les exploiter autrement, s’il n’y avait de technologies disponibles que les technologies qui sont utilisées en Amérique du nord, ces gisements ne seraient pas mis en exploitation. » Regarder l’échange :

Au conseil général de l’environnement et du développement durable, on indique que la lettre de mission devrait être signée d’ici quelques jours et que les conclusions sont attendues avant les vacances d’été. Nathalie Kosciusko-Morizet n’a, en revanche, pas précisé si cette mission allait s’appuyer sur des expertises internes ou externes (laboratoire de recherche, entreprises de conseil, etc.). Une chose est sûre, les conseils généraux sont directement rattachés au ministre de l’industrie et à sa collègue de l’écologie. L’indépendance de ces deux ministères vis-à-vis des compagnies pétrolières est-elle suffisante ? L’avenir le dira.

La seule ressource de Montpellier journal ?
Les dons de ses lecteurs.

Soutenir Montpellier journal

► Lire aussi :

__________
(1) Les conseils généraux sont un peu l’équivalent de l’Inspection générale des finances, souvent plus connue du grand public.

Publié dans Environnement. Mots clés : , , , , , , .

Un commentaire

Suivre les commentaires de cet article

  1. HUBERT BORG said
    on 4 février 2011

    à 8 h 07 min

    Un quarteron de scientifiques en mal de notoriété veulent se faire un coup de pub sur le dos des grands causses et les garrigues.Ces speudos-résistant de la dernières,font bien rire les activistes environnementaux,car pour retourner leur veste Montpellier 2 pourrait donner des cours aux étudiants.On se souvient encore le silence radio de cette fac service de l’eau et des sciences de la terre,lors du forage à scandale de la sources des Cents-Fonts près de St Guilhem le Désert(Hérault).Complices ils le sont avec le prédateur de l’environnement André Vézinhet et Louis Calmels.N’oublieons pas que ces honnorables scientifiques Montpellierains ont fermé les yeux sur le lynchage politique et scientifiques de l’un des plus brillant chercheurs qui avait défendu la source des Cents-Fonts:Philippe Machetel,aujourd’hui Maire de St Guilhem -le-Désert.Machetel avait démontré scientifiquement qu’il n’y avait pas de ressource exploitable et il avait raison.Alors aujourd’hui,on assiste à la danse du ventre des scientifiques de Montpellier qui arrivent après la bataille,avec leurs théories et pitoyables CV pour essayer de gratter une pathétique notoriété.Les populations savent bien que les guerres n’ont pas été gagnées par les collabos mais les Resistsants.Dans cette affaires de gazs de schistes;La solution finales viendra certainement des scientifiques pas très catholiques ey qui cherchent à vivre sur la bête,même si elle est en état de chavogne en décomposition très avancée.Comme nous l’avons vu jadis certain,scientifiques de Montpellier 2 vivent très bien dans des atmosphères saturés de pourriture ultime…
    Hubert BORG
    Porte-parole du collectif unitaire pour la défense de l’eau souterraine