Skip to content


Le Vendredi 28 janvier 2011 à 17:35

Gaz de schiste : Total montre son grand intérêt et sa détermination pour la région

Dans un document à diffusion confidentielle mais révélé ce matin par Les Échos, l’industriel précise sa vision de la zone au nord de Montpellier pour laquelle il a obtenu un permis d’exploration. L’éventualité de forer deux puits pendant la phase de recherche y est confirmée. Une carte est jointe au document où figurent Gardiole, Murviel, Pic Saint-Loup et Quissac. Le gouvernement en la personne de la ministre de l’écologie Nathalie Kosciusko-Morizet se veut rassurant. Sans convaincre.

Vue du sous-sol autour du Pic Saint-Loup (document : Total)Si vous ne connaissez rien au gaz de schiste, lisez d’abord Le sud de la France cible à risques pour l’exploration du gaz de schiste.

Le document était destiné à de potentiels partenaires que Total voudrait séduire. Le quotidien économique Les Échos en a assuré, ce matin, une diffusion un petit peu plus large. Le texte rédigé en anglais nous apprend que le géant pétrolier est prêt à partager à hauteur de 50 % son permis d’exploration du gaz de schiste sur la zone qui va du nord de Montpellier à Montélimar. Et qu’une nouvelle demande de permis pour une zone de 1850 km2 au nord de la précédente est en cours.

10 voire 20 ans de consommation française
Pour séduire un éventuel partenaire, Total se montre enthousiaste sur les potentialités de la zone : une « vaste et très importante opportunité » (traductions Montpellier journal). Le gisement, selon l’entreprise, pourrait correspondre à 10 voire 20 ans de la consommation actuelle de gaz de la France ! Hypothèses que les études en cours visent à confirmer. Tout cela situé dans « un cadre rural [photo à l'appui] au nord est de Montpellier, commodément situé pour accéder aux infrastructures proches et aux marché européen du gaz ».

Le document contient même une coupe du sol de la région très proche de Montpellier puisque dessus sont clairement indiqués La Gardiole, Murviel, (Pic) Saint-Loup, Quissac. Contacté par Montpellier journal, le service de presse de Total explique que les deux constructions (rig) matérialisées sur Murviel et le Pic Saint-Loup correspondent à des études réalisées « il y a plusieurs dizaines d’années », c’est-à-dire celles qui sont analysées à nouveau aujourd’hui en laboratoire mais qui « ne donnent pas du tout une projection sur le futur ». En tout cas, cela laisse penser que la région prisée des randonneurs n’est pas exclue des recherches.

« Conditions fiscales parmi les plus attractives »
Du côté des infrastructures, le document précise aussi qu’un « pipeline de gaz traverse la partie nord est du permis ». Et nous apprend que les « conditions fiscales en France sont parmi les plus attractives au monde, avec une taxe totale d’environ 35 % ». Qui a dit que les entreprises payaient trop d’impôts en France ?

Il ne faut donc pas s’étonner que Total semble pressée. La société « propose, en passant plus vite à la seconde et potentiellement à la troisième phase, de mettre en place un programme de travail plus offensif [agressive en anglais]« . La première phase correspond à l’étude technique qui devait durer deux ans et les deux phases suivantes consistent à réaliser deux forages. Le premier serait vertical avec une stimulation de fracture et conditionnerait la réalisation d’un second, horizontal dans le schiste avec une « fracturation à plusieurs stades ». C’est le procédé de fracturation qui fait peur aux opposants du fait des dégats causés à l’environnement notamment aux États-unis.

« Paysage désolé »
Du côté de l’État, on se veut rassurant. Interrogée mercredi par le député (PS) de l’Ardèche Pascal Terrasse, Nathalie Kosciuko-Morizet (NKM), la ministre de l’écologie, a déclaré à l’assemblée nationale : « Il n’est pas question d’exploiter le gaz de schiste comme cela se fait dans certains pays et notamment aux États-unis. [...] Vous pouvez compter sur ma vigilance pour que nous ne voyons pas en France le type de paysage désolé auquel une exploitation sans retenue et sans contrainte environnementale a conduit les Etats-unis. »
Regarder l’échange :

Charles Lamiraux du Bureau d’exploration des hydrocarbures était sur la même ligne sur France info (14/01) : « Il n’y a pas de risque parce que ces ouvrages sont sous le contrôle des inspecteurs des Dreal (1) donc il n’y a pas de raison de s’inquiéter. On est dans des ouvrages classiques. » Pas sûr que le forage horizontal associé à la fracturation hydraulique soit si classique que ça. Regarder l’extrait (vers 7’15″) :

Petit problème, dans le document de Total, il est écrit : « Le succès de la production de gaz des schistes nord américains peut être attribué à l’utilisation fructueuse des techniques de forage horizontal et de la stimulation de fracture à plusieurs stades. Total pense que ces mêmes techniques peuvent être employées pour libérer le gaz emprisonné dans les schistes liassiques à un rythme commercial. » Pas de chance, la ministre n’a pas expliqué à l’assemblée comment la France allait procéder.

« Langue de bois industrielle »
José Bové avait répondu à la ministre avant même qu’elle ne s’exprime. Le député (Europe écologie) était interrogé lors d’une discussion organisée par lemonde.fr sur la « sûreté de l’exploitation » avancée par GDF et Total. Et avait répondu : « Comme à chaque fois, les arguments qui sont avancés sont de dire que les techniques françaises sont plus sûres que les techniques américaines, et que bien évidemment, tout se fera dans le respect des règles environnementales. C’est ce que j’appelle la langue de bois industrielle. »

Le député Terrasse, par ailleurs président du conseil général de l’Ardèche, a demandé deux choses à la ministre : un moratoire sur l’exploration et l’ouverture d’un débat public. Sur le premier point, NKM a déclaré que c’était impossible car « le code minier ne le permet pas ». Et sur le deuxième, elle n’a tout simplement pas répondu.

« Grande pétition d’élus »
Dans un communiqué publié le jour même sur son blog, Pascal Terrasse a réagi en disant que « ce moratoire est légalement possible, il suffit d’en avoir la volonté politique ». Et d’ajouter : « Qui peut croire que le gouvernement aura la volonté de résister aux multinationales américaines quand ces dernières auront investi des millions d’euros dans la recherche et que des gains financiers seront à leur portée. Avec ses homologues présidents des conseils généraux de la Drôme, du Gard et de l’Hérault, Pascal Terrasse souhaite initier une grande pétition d’élus et de citoyens afin d’obtenir ce moratoire et imposer au gouvernement un vrai débat public. »

Le Parti socialiste a lui aussi réagi mercredi par un communiqué dans lequel il dit toujours attendre « des explications probantes du gouvernement et une expertise transparente sur les conséquences écologiques désastreuses que pourraient avoir l’exploration et l’exploitation de gaz de schiste ».

La seule ressource de Montpellier journal ?
Les dons de ses lecteurs.

Soutenir Montpellier journal

► Lire aussi : Tous les articles sur le gaz de schiste publié par Montpellier journal

___________
(1) Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement.

Publié dans Environnement. Mots clés : , .

5 commentaire(s)

Suivre les commentaires de cet article

  1. HUBERT BORG said
    on 28 janvier 2011

    à 19 h 25 min

    En effet ,géologiquement parlant le potentiel existent,d’autant des recherches pétrolières dans les garrigues ont eu lieu sur le département de l’Hérault entre 1950 et 1964.

    En France il existe le BRGM (bureau d’études géologiques et minières) qui disposent des références geologiques de la zone concernées.Il faut savoir dans quelles conditions cette institutions à collaboré avec l’opérateur Total entre 2008 et 2011 sur le dossier.

    Maintenant,si l’Etat prend le risque majeur de laisser,ne serai-ce que d’autoriser un seul forage de prospection,il engage sa responsabilité dans le cas d’une contamination des ressources en eaux souterraines du karst Nord-Montpellierain.Ici ne n’est pas les USA ni le Canada.
    Les conséquences seront immédiates.

    Les émeutes de l’eau potables du Languedoc qui se profilent à l’horizon,dans un scénario tout à fait probable de dérapage industrielle sont à prévoir.

    L’environnement naturel des garrigues et avant causses Nord Montpellierain déjà dégradé par les pratiques sauvages d’aménagement,ne souffriront pas davantage d’une pollution des nappes d’eau souterraines.

    Le pic St Loup c’est le bassin versant du Lez qui alimente la conurbation de Montpellier.
    Murviel c’est le bassin versant du secteur de l’Etang de Thau sète et les environs.La Gardiole ne veut pas accueillir une décharge ,alors des gazs de schistes…
    Je vous laisse imaginer une pollution par des fluides de brisants de roches et surtout la saturation du gaz dans l’eau.
    Au de-là de l’explosion de l’eau ,c’est une explosion sociale qu’il faudra craindre.La pollution probable d’un seul système hydraulique karstique fera tâche d’huile sur la nappe Astienne qui ceinture les côtes de la Méditérannée.
    La diffusion d’une pollution industrielle à court terme touchera les ecosystèmes marins…

    Le Préfet de région ne peut pas dans cette affaire de gazs schiteux raisonnablement signer la Solution Finale à l’endroit des populations Héraultaises.

    Mr le Prêfet doit prendre un arrêté prioritaire de moratoire comme les municipalité concernée,autrement c’est le chaos qui arriive!

    Attention,il ne faut pas jouer les apprentis-sorciers avec l’eau et les sources!

    Hubert BORG
    Porte-Parole du collectif unitaire pour la défense de l’eau souterraine du Larzac-Sud

  2. paul said
    on 28 janvier 2011

    à 19 h 40 min

    il est évident que lorsque la machine industrielle est en route peu d’argumentations peuvent l’arrêter.
    si du pétrole avait été découvert au siècle dernier lors des forages d’exploration sur lesquels s’appuie l’essentiel des supputations actuelles, notre chère province serait pétrolière et ces perspectives de « gaz de schiste » serait une suite logique d’épuisement des ressources d’un bassin donné.
    il n’en est pas ainsi.
    le lobby pétrolier est puissant et l’état français propriétaire du sous-sol se voit déjà emboiter le pas à la norvège (ressources offshores) … ou à l’algérie (ressources en zone désertique) !
    reste que la plupart des cibles de cette exploration sont situé sous des aquifères karstiques (hyper-sensibles aux pollutions) déjà sous protégés pour les pollutions de surface (gros retard des collectivités sur ce dossier – à mon humble avis).
    aux usa une bataille semblable à trois ce déroule en ce moment même en virginie : epa, companies minières et associations d’habitants. même si le contexte légal et physique est différent, les forces en jeu semblent identiques. s’opposer d’abord pour en discuter calmement ensuite (et le plus longtemps possible !).
    maintenant si une marionette gouvernementale veut se poser en médiator (qu’elle aille voir le sors réservé à cette spécialité chez les américains).
    au secours !

  3. Michel Prévot said
    on 30 janvier 2011

    à 19 h 39 min

    Merci à Montpellier Journal pour cette traduction de l’essentiel du document diffusé par Total.
    Je souhaiterais souligner quelques points:

    1. Le fait que Total ait choisi d’effectuer des forages exploratoires au pied du pic Saint-Loup (sans doute dans la combe de Mortiès) et à Murviel, mais aussi de publier cette coupe géologique plutôt que d’autres pour appâter les compagnies pétrolières étrangères suggère une forte probabilité d’exploitation en ces deux lieux.

    2. En cas d’exploitation dans cette zone géoghraphique, la contamination du karst Nord montpellérain mentionnée par Hubert Borg me paraît à terme inéluctable: l’eau injectée et polluée par les multiples composants chimiques ajoutés tend en effet à monter par percolation jusqu »à rejoindre les nappes phréatiques (http://fr.wikipedia.org/wiki/Gaz_de_schiste).
    Les dégâts environnementaux ne peuvent être que dramatiques, comme on le constate maintenant en Arkansas (http://mbm.hautetfort.com/archive/2011/01/18/explication-sur-la-mysterieuse-mort-des-oiseaux-et-des-poiss.html?)

    3. La rodomontade de NKM, la ministre de l’écologie, déclarant à l’assemblée nationale qu’  » il n’est pas question d’exploiter le gaz de schiste comme cela se fait dans certains pays et notamment aux États-unis  » est hilarante: la maîtrise technique et l’expériences des compagnies américaines ou anglo-saxonnes, qui ont développé ce type de forage de forage depuis …1821, est incomparablement supérieure à celle de Total!
    Moyennant quoi les unes comme les autres se moquent éperdument des conséquences écologiques de leurs activités pourvu qu’elles soient quelque peu différées.

    Michel Prévot, Géophysicien

  4. HUBERT BORG said
    on 31 janvier 2011

    à 14 h 32 min

    Je crois que le géophysien Michel Prévost qui est une réfence incontournable de l’écorce terrestre figure comme l’un des premiers scientifiques a avoir le courage de dire la vérité.Bravo Monsieur le professeur.

    J’attends aussi et je ne suis pas le seul ,la vérité des spécialistes de l’épi-karst du BRGM ,ou bien une fois de plus ils auraient vendu leur âme aux firmes gazières.
    Je ne peux pas croire que ces pères de familles ,pour le fric, vont prendre le risque de précipiter leurs gosses et les générations d’après dans la Solutions Finale: des gazs de schistes.

    Il y a alerte rouge que chacun prenne ses responsabilités.

    Je suis consterné comme beaucoup, par le silence des autorités préfectorales à ce jour.

    Reconnaissance remarquée à Montpellier Journal d’avoir informer les citoyens sur la menace du scandale du gaz de schistes.

    Reunion du collectif Sud e la France /contre le gaz à Millau Ven 4 fev.2011 à 18h.Animateur des débats Bové José etc…
    Mairie.salle du conseil municipal.
    Venez nombreux;

    Hubert BORG
    Porte-parole du collectif unitaire pour la défense de l’eau souterraine du Larzac-Sud

  5. neutre said
    on 31 janvier 2011

    à 20 h 14 min

    Effectivement le LR peut recéler du pétrole.Il fut exploité jusque dans les années 50 à Gabian où depuis plusieurs siécles une fontaine de bitume était connue pour ses propriétés médicinales.Total n’est pas fou:si de l’huile a coulé à ciel ouvert des structures géologiques intéressantes sont sous nos pieds.On constate qu’en Europe des compagnies reviennent sur des gisements fermés pour les exploiter à fond à nouveau(BP va rouvrir de vieux puits dans la région de Burgos par exemple).Est ce un hasard si un contentieux existe entre France et Espagne au sujet de la ZEE(zone économique exclusive) dans le Golfe du Lion où existent en off-shore profond des structures intéressantes certainement dans le prolongement du gisement de Tarragone.Avec la hausse du baril qu’accélérera les problémes politiques arabes chaque goutte de brut et chaque bulle de gaz devient rentable.Alors?