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Le Vendredi 26 novembre 2010 à 16:59

France 3 bien gentille avec Christian Bourquin et Jean-Pierre Moure

Par deux fois en une semaine, la chaîne régionale Languedoc-Roussillon s’est montrée peu incisive voire révérencieuse. Que ce soit avec le successeur de Georges Frêche à la région ou avec celui qui devrait être le nouveau président de l’agglomération de Montpellier.

Jean-Pierre Moure le 18 novembre sur France 3 Languedoc-Roussillon (photo : copie d'écran du site de France 3)Dans un portrait de 3’30″ diffusé le 18 novembre, Laurent Beaumel n’a rien trouvé de négatif à dire sur Jean-Pierre Moure, candidat à la succession de Georges Frêche à la présidence de l’agglo (19-20, France 3). Il faut dire que le journaliste a interrogé deux élus favorables au maire de Cournonsec : Louis Pouget et Gilbert Pastor. Mais aussi un de ses collaborateurs à la mairie. Philippe Bucamp, directeur des services techniques de Cournonsec, déclare, à propos de son « patron » : « Disponibilité, courage, confiance, gros travailleur, capable d’emmagasiner le maximum d’informations, capable de se souvenir des moindres détails dans le temps. C’est exceptionnel. » Devant autant de qualités, l’impertinent journaliste se lance : « S’il avait un défaut ? » Réponse de celui dont l’emploi dépend de Jean-Pierre Moure : « Je n’en connais pas et je n’oserais pas. » Il y a aussi un passage sur l’esplanade dédiée au tambourin de Cournonsec où, information d’importance, Jean-Pierre Moure « a rencontré son épouse en 1970″, comme nous l’apprend France 3.

« Ça arrive que, parfois, les gens fassent l’unanimité »

Pourquoi aucun élément négatif n’apparaît dans ce portrait ? « C’est la réaction que certains de mes confrères ont eu à la diffusion du sujet, répond Laurent Beaumel à Montpellier journal. Mais ça arrive que, parfois, les gens fassent l’unanimité. Aujourd’hui, nous, en tant que journalistes, on s’intéresse plus aux trains qui n’arrivent pas à l’heure mais c’est vrai que de temps en temps, il y a des gens qui font l’unanimité. » Et les opposants à la décharge de Fabrègues ? « J’en ai entendu parler. Je n’allais pas faire un portrait avec un seul cas… Bien évidemment, ça aurait pu être évoqué. Je n’allais pas mettre des opposants sinon c’était un sujet sur la décharge de Fabrègues. Sur l’ensemble de sa carrière politique, c’est un sujet qui ne brosse pas une carrière. »

« La Silicon Valley montpelliéraine »
Il y avait au moins une opposante à Jean-Pierre Moure : Hélène Mandroux qui était aussi candidate à la présidence de l’agglo au moment de la diffusion du portrait. « C’est l’adversaire de la ville centre mais c’est un élu sur combien ? 31 au sein de l’agglo. [88 et 44 pour Montpellier, en fait]«  Il y a aussi Michelle Cassar, maire de Pignan et adversaire déclarée de Jean-Pierre Moure pour les cantonales de 2011. Et encore des sujets sensibles sur lesquels Laurent Beaumel aurait pu interroger Jean-Pierre Moure : le village de marques, « le musée de l’histoire de la France en Algérie », la taxe additionnelle, le tramway sur le Jeu de paume. Des dossiers sur lesquels le maire de Cournonsec n’a jamais exprimé d’opposition par rapport à la ligne Frêche. En revanche, le journaliste n’hésitera pas à qualifier la pépinière Cap Omega visitée par l’élu, de « Silicon Valley montpelliéraine ». Pour juger de l’audace de la comparaison, digne de la propagande de l’agglo, il faut rappeler que le pôle californien accueille notamment les sièges de Google, Facebook, Hewlett Packard, Intel, Oracle, Yahoo!, Apple, eBay, etc. Pour finir, Laurent Beaumel conclut son portrait sur la longue journée de Jean-Pierre Moure : « Le choix d’un homme entièrement dévoué depuis 30 ans à la vie de la cité. »

Quelques jours plus tôt, c’est à Christian Bourquin que France 3 a consacré pas moins de deux émissions de La Voix est libre. La première, le 6 novembre, était assez équilibrée. Avec côté critiques, Antoine Gasquez de La Semaine du Roussillon. France 3 a donc fait le choix audacieux d’inviter, ce jour-là, un journaliste très incisif vis à vis de Christian Bourquin plutôt que d’interviewer, par exemple, quelqu’un de L’Indépendant, quotidien beaucoup plus docile.

« Pressions financières, d’emplois »
Et on n’a pas été déçu par ce choix. Antoine Gasquez a en effet expliqué comment Christian Bourquin utilisait les moyens financiers du conseil général et même de la région pour soumettre ou tenter de soumettre ceux qui lui résistent. « Il y a des pressions financières, d’emplois, etc. qui jouent énormément et qui font que les maires, les élus s’alignent sur la direction du chef qui est Christian Bourquin ici », affirme le journaliste. Il cite le cas de la commune des Angles qui a refusé des panneaux publicitaires du conseil général. Conséquence : « La menace était : si vous refusez cela, le département ne versera pas de subvention à la commune des Angles », se souvient Antoine Gasquez.

Du côté des relations médias, le journaliste affirme : « Depuis 98, on n’a pas eu un euro de publicité ou d’annonce légale du conseil général des P.-O. C’est lié au fait qu’on ait parlé de l’acquisition d’un bureau à 300 000 F. [45 000 €] au départ et il y a eu quelques anomalies – enfin quelques discrétions – qu’on avait signalé lorsqu’il avait pris sa place de président du conseil général. Il y a une pression forte sur les médias qui ne vont pas dans son sens. »

« Pas uniquement l’argent du conseil général »
Il cite également le cas du Travailler catalan, journal communiste, que Montpellier journal a déjà évoqué. Puis précise : « Ce n’est pas uniquement l’argent du conseil général qui est enlevé à la presse. C’est l’argent de toutes les institutions qui perçoivent des subventions du conseil général. C’est-à-dire que tous les organismes qui travaillent sur la promotion du vin et qui perçoivent des subventions du conseil général, ont comme ordre de ne pas prendre de pub dans les médias qui ne lui sont pas favorables. Toutes les institutions relais comme l’office public des HLM ou le comité départemental du tourisme font ça. Et comme Bourquin est premier vice-président de la région [en fait il ne l'était plus depuis mars 2010], ça s’applique aussi pour les subventions, la publicité et les annonces légales de la région qui sont zappées. J’en ai parlé avec Laurent Blondiau, ancien directeur de la communication de Frêche à la région et qui m’a dit qu’il fallait qu’on trouve un arrangement avec Christian Bourquin pour essayer d’avoir des subventions de la région. »

Quelques minutes plus tard, à la fin de l’émission, Marc Degli, rédacteur en chef adjoint de France 3 conclut : « Toutes ces questions, tous ces thèmes, nous les ré-aborderons la semaine prochaine avec Christian Bourquin qui sera sur ce plateau. » Soulignons aussi, une interview de Jean Codognès, un opposant de Christian Bourquin qui déclare (12-13, France 3, 10/11) : « Il lui faut des gens asservis, soumis, qui ne réfléchissent pas et mieux, dépendants matériellement. Ça, c’est aussi l’école de Frêche. Le département est clanique, clientéliste et le plus pauvre de France. Le résultat c’est ça aussi. »

Les deux questions les plus incisives
Le 13 novembre, on retrouve, comme annoncé, Christian Bourquin. Et là, rien. Ou presque. Voici les deux questions les plus incisives qu’a posé le journaliste (voir en note (1) pour la quasi intégralité des questions posées) : « Le TER à 1 €, il n’y a pas de délai. Vous avez dit le plus tôt possible. Ça veut dire quoi le plus tôt possible ? » Et aussi : « Vous vivez sereinement tout ça parce qu’il y a un calendrier judiciaire et puis une instruction en ce moment? »

Rien sur les pressions sur les médias, sur les élus et sur les collectivités. Donc la promesse de Marc Degli n’a pas été tenue. Interrogé par Montpellier journal, Stéphane Ratinaud s’explique : « Ce n’était pas moi qui devais animer l’émission. C’était Degli qui a eu un problème personnel et je me suis retrouvé à le faire. Et je suis parti sur le côté nouvelle présidence de la région, des différents dossiers à traiter. » Journalistiquement, n’est-ce pas un problème de ne pas avoir été plus incisif ? « L’intérêt c’était la nouvelle fonction qui était en place et un certain nombre de dossiers qui concernaient le train, les infrastructures, l’équilibre interne avec la diarchie avec Robert Navarro [premier vice-président de la région]. Il me semblait que les autres thèmes, on les avait déjà évoqués à plusieurs reprises. C’est le parti que j’ai pris. »

Pas l’occasion de répondre aux accusations
D’un autre côté, il faut aussi souligner que Christian Bourquin, on l’a vu, a été sévèrement mis en cause sur France 3 et on ne lui donne pas l’occasion de répondre à ces accusations. Réponse de Stéphane Ratinaud : « C’est sûr. J’ai fait un autre choix, chacun apportera le jugement qu’il croit être le plus pertinent. »

Il y a juste un petit problème dans la position de Stéphane Ratinaud, c’est qu’il a consacré environ un tiers de l’émission « au personnage, à la personnalité de Christian Bourquin, à sa philosophie politique, [...à sa]  manière de voir la chose publique ». Ce sont en effet ces mots que le journaliste a utilisés pour introduire les dix dernières minutes de l’émission. Visiblement Stéphane Ratinaud considère que les pressions que fait subir Christian Bourquin à ses opposants ne sont pas assez graves pour être abordées dans une  partie de l’émission où il est question de sa « manière de voir la chose publique ».

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(1) La quasi intégralité des interventions de Stéphane Ratinaud pendant les 32 minutes d’émission :
Il y a 72 heures que vous êtes président de la région [...] Comment ça va ?
C’est un héritage lourd par rapport à la personnalité de Georges Frêche ?
[Le développement économique] c’est un chantier important. [...] On est une des régions les plus pauvres de France, ça fait partie du travail que vous voulez continuer à mener ?
[...] dynamique migratoire. Est-ce que c’est le modèle économique d’avenir ?
On reste quand même au dessus de la moyenne nationale. Plus 4 points pour le chômage quand même…
Néanmoins le chômage ça reste une grande blessure
Comment créer l’emploi ?
Allez-vous continuer les Parcs régionaux d’activité ? D’autres sites peuvent être concernés ?
Est-ce aussi des équilibres à trouver entre Montpellier, Perpignan, un axe Narbonne-Carcassonne, Nîmes-Alès ?
Le travail sur contrats territoriaux va continuer ?
Il y a de la place pour tous les aéroports dans la région ?
La Méditerranée c’est quelque chose qui a manqué dans la première mandature de Georges Frêche ?
Vous pensez qu’avec 0,5 % de la population européenne, notre région peut parler au monde ? Ce n’est pas une lubie ?
On vous demande plus de rigueur parfois dans la labellisation. C’est ce qu’on a entendu pendant la campagne…
Cela veut dire quoi une politique méditerranéenne ?
C’est le Maroc, c’est Tanger ? Il avait beaucoup travaillé Frêche sur le Maroc…
Georges Frêche avait dit, en 2004 lors du discours inaugural de sa mandature, Gens du sud, debout. Il faut retrouver cette fierté des gens du sud ?
Faut-il réunir le campus de Montpellier avec celui de Perpignan ?
Le TGV. [...] On a tellement vu des délais qui s’allongeaient démesurément…
Tenir les dates, ça sera un élément important ?
C’est un élément d’irrigation de la richesse ?
Le TER à 1 €, il n’y a pas de délai. Vous avez dit le plus tôt possible. Ça veut dire quoi le plus tôt possible ?
C’est votre priorité ?
Que proposez-vous aux viticulteurs ? C’est Aqua domitia qui va les sauver avec l’export ?
Vous les trouvez frileux les viticulteurs, parfois…
L’économie demain ce sera forcément du tertiaire ?
On va maintenant s’intéresser au personnage, à la personnalité de Christian Bourquin, à sa philosophie politique après avoir parlé des perspectives du conseil régional, je vous propose de faire un retour en arrière, au printemps 98 au moment où vous êtes devenu le président du conseil général des Pyrénées-orientales après un très long règne de la droite. Je vous propose de voir les images et on discute après de votre manière de voir la chose publique.
Christian Bourquin donc chef plus que manager ? Chef ça veut dire une autorité, hein ?
Parfois les équipes se déchirent. Vous l’avez vécu…
On est un petit peu surpris quand on voit la répartition des postes à la région. [...] Alary, Codorniou payent-t-ils le fait de ne pas avoir été avec vous ?
Est-ce que le jeune homme que vous étiez il y a douze ans a changé par rapport à l’homme… Excusez-moi les termes ne sont peut-être pas bien choisis mais par rapport au quinquagénaire que vous êtes aujourd’hui, votre manière de concevoir la gouvernance a changé ?
C’est quoi un notable ?
[vous pouvez compter] sur M. Cougnenc, le directeur général des services ?
C’est votre ancien patron à la mairie de Montpellier ?
Christian Bourquin est né dans le conflit a vécu dans la lutte et maintenant il va gérer dans la liberté maintenant ? Ce triptyque vous convient-il ou l’interrogez-vous ?
Vous vivez sereinement tout ça parce qu’il y a un calendrier judiciaire et puis une instruction en ce moment ?
Qu’allez-vous dire à la rue de Solferino ? Il faut réintégrer le soldat Robert Navarro. C’est votre priorité ?
Et on vous a entendu ?
Il faut que tout le monde soit réintégré ?
Vous croyez que le PS apparaît comme une alternative crédible auprès des Français aujourd’hui ? Il n’y a pas une déception ?
Sur la boîte à idées, qu’a le PS à dire aux Français aujourd’hui ?
Pourriez-vous soutenir DSK aujourd’hui ?
Sa conception parfois un peu libérale ne heurte pas l’homme de gauche que vous avez été ? Un enfant parfois turbulent en 2005.
Vous avez une préférence ? Parce que François Hollande essaye de jouer les médiateurs pour tous les socialistes de la région. Vous êtes toujours fabiusien ?
Ça veut dire quoi l’intérêt du plus grand nombre. Ça veut dire que les sondages vont guider vos pas ?
Ça veut dire quoi ? La réintégration par exemple de tous les socialistes ?
Il y a toujours des comptes à régler avec Paris ? Je me rappelle un meeting interne du PS à Toulouse où vous aviez dit : « On n’a pas fini de régler le traité des Pyrénées. »
Trois ans c’est suffisant pour donner la marque Bourquin à cette région ?
Je vous pensais plus marathonien que sprinter…
Merci Christian Bourquin d’avoir répondu à l’invitation pour votre première sortie télévisuelle après votre élection à la région.

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