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Le Mardi 13 juillet 2010 à 20:08

La région Languedoc-Roussillon devrait verser 350 000 € par an à 7L TV

Médias du sud, le groupe qui possède Télémiroir, la télé locale Nîmoise, a racheté le 1er juillet la chaîne montpelliéraine au groupe NRJ. Montpellier journal a interrogé Pierre Paul Castelli, directeur général de Télémiroir et co-dirigeant de 7L avec Christophe Musset. Notamment sur ses projets, les contreparties demandées par la collectivité présidée par Georges Frêche, la question de l’indépendance et aussi l’avenir du personnel.

Pierre-Paul Castelli le 1er juillet 2010 sur 7L TVVas-tu continuer à travailler à Télémiroir ?
Oui mais je vais en faire moins, je vais un peu me partager.

Vous avez racheté 7L TV pour 1€ symbolique…
Oui, je sais que tout le monde aime bien cette formule…

Mais combien avez-vous racheté de dettes ?
C’est une bonne question mais il n’y a pas de dettes dans cette entreprise. Il n’y a que Direct Montpellier plus pour écrire ça mais comme personne ne comprend rien à la comptabilité quand on est journaliste, on mélange tout.

En tout cas, il y avait des pertes. Donc il y a bien quelqu’un qui les a épongées…
L’actionnaire précédent.

« Le groupe NRJ n’a pas prétendu longtemps à toucher de l’argent »

Donc vous n’avez rien déboursé ?
Mets toi à notre place ou à la place de n’importe qui rachetant une entreprise qui perd de l’argent. Faudrait-il en plus qu’il donne de l’argent à l’actionnaire sortant alors qu’il lui cède une entreprise qui perd de l’argent ? Nous, on rachète une entreprise, une activité, des programmes à fabriquer, des gens qui les font et un chiffre d’affaires en face avec des annonceurs. Depuis le 1er juillet, nous détenons le capital mais aussi les engagements vis à vis des salariés, etc. L’entreprise jusqu’au 30 juin perd de l’argent donc l’actionnaire sortant, le groupe NRJ, peut difficilement revendiquer une valeur de cette entreprise. Nous sommes prêts à reprendre la chaîne et donc à prendre le risque en terme d’exploitation. Après c’est une négociation, on pouvait aussi valoriser les actifs, etc. On a fait la petite négociation mais le groupe NRJ n’a pas prétendu longtemps à toucher de l’argent en plus puisque désormais c’est nous qui prenons les risques à sa place. C’est une façon pour lui de sortir de ce risque-là où il était un peu empêtré puisqu’il n’arrivait pas à rentabiliser la chaîne.

NRJ aurait pu aussi faire le choix de fermer et de vendre les actifs. Ça leur aurait rapporté un petit peu, non ?
Oui mais pour pouvoir fermer, il faut licencier le personnel donc à un moment donné l’argent que tu vas dépenser pour fermer… Après que vas-tu faire ? Vendre les caméras, les câbles ? Quand tu as une entreprise qui a un stock de voitures ou de vins, tu peux les revendre mais là les meubles, etc. ça n’a pas trop de valeur.

Ensuite il y a la fameuse aide de la région de 350 000 € par an…
C’est ce qu’on est en train de négocier avec eux. Vous [les journalistes] pouvez dire que c’est une aide. C’est un engagement. On a la même chose avec Télémiroir avec l’agglomération de Nîmes. Ça s’appelle une convention d’objectifs et de moyens. C’est dûment encadré, autorisé et encouragé par la loi pour permettre à des médias émergents comme les télévisions locales de conforter leur base. Sachant que, par ailleurs, les collectivités locales sont quand même de gros investisseurs en terme de médias. Tu vas me dire peut-être qu’ils n’investissent pas beaucoup chez toi (1) mais ils investissent beaucoup sur d’autres supports ici à Midi Libre, La Gazette, etc. que ce soit en achat d’espaces ou en annonces légales. Or, la loi ne prévoit pas que les télévisions locales puissent vendre des annonces légales même si je serais d’accord pour en prendre. Par contre, la loi prévoit ces conventions d’objectifs et de moyens. La plupart des télévisions locales ont réussi à mettre en place ce type de schémas avec les collectivités.

Par exemple ?
Télémiroir à Nîmes. Les télévisions bretonnes ont beaucoup fait ça. Ça permet aussi d’être transparent puisque la convention de moyens va être votée par l’assemblée régionale fin juillet.

Les contreparties en terme de durée de programmes sont-elles déjà définies ?
On travaille là-dessus. Forcément ça fera plusieurs minutes mais ce ne sera pas de la pub.

Et dans le générique de l’émission, ce sera identifié que l’émission est réalisée dans le cadre d’une convention avec la région ?
Ce sera identifié « avec le soutien » mais ce ne sera pas « parrainée ».

La région s’est-elle engagée sur plusieurs années ?
Il faut encore que ce soit voté mais oui c’est prévu sur plusieurs années.

« Il faut impérativement qu’on trouve d’autres annonceurs »

Si vous avez choisi cette solution, est-ce parce que vous pensez qu’une télé locale ne peut pas être viable sans ça ?
Oui. L’état du marché pub région intègre les collectivités territoriales donc c’est difficile d’imaginer qu’une chaîne de télé, avec ce que ça coûte, n’ait pas une part significative de ce marché-là. Mais malheureusement – ou heureusement – ça ne suffit pas. En aucun cas le concours de la région et des autres collectivités suffiront à boucler les frais de la chaîne. Il faut impérativement qu’on trouve d’autres annonceurs.

Quelle analyse faites-vous des pertes de 7L. Les considérez-vous comme normales au lancement d’une chaîne ?
Je pense qu’ils ont tapé un peu fort. Ils avaient commencé à réduire un peu la voilure. Après ils ont eu du mal à faire décoller les recettes même s’il y a un bon travail qui est fait commercialement.

Justement, quel est le montant total de la publicité des collectivités sur 7L en 2009 ?
Quelques dizaines de milliers d’euros.

Donc votre objectif c’est d’augmenter globalement la publicité et aussi celle des collectivités – sans parler des 350 000 € ?
Absolument.

Avec une augmentation de la part des collectivités ?
Franchement, mon objectif c’est de mettre la chaîne à l’équilibre, que ça vienne d’un côté ou de l’autre, je ne ferai pas de chichi. À  moyen terme, forcément, il faut équilibrer ses recettes entre différents types d’annonceurs. C’est une question de bonne gestion de n’importe quelle entreprise. Si tu as deux gros clients, tu prends toujours un risque si tu les perds.

Georges Frêche a déjà coupé les publicités et les annonces légales à Midi Libre. Il n’est pas réputé pour être particulièrement gentil avec les médias quand ils ne lui conviennent pas. Dans le cadre des JT ou autres, vous pourriez être amenés à dire des choses qui pourraient lui déplaire. Pensez-vous que vous aurez une totale indépendance ?
Que veux-tu que je réponde à ça ?

Peut-être peux-tu me répondre par rapport à ce que vous avez vécu à Nîmes puis, ensuite, par rapport à la personnalité particulière de Georges Frêche…
Je ne peux que répondre par rapport à mon expérience à Nîmes où on a une collectivité présidée par le maire de la ville la plus importante et qui est aussi sénateur. Il faut poser la question à l’opposition municipale à Nîmes : est-ce qu’elle a le sentiment, à un moment ou à un autre, qu’on ne lui donnait pas la parole. Je n’ai pas ce sentiment-là.

Ça peut-être aussi que vous étiez un peu trop complaisants avec la majorité…
Je ne sais pas. La différence en télévision c’est que tu tends le micro. En presse écrite, souvent le journaliste rajoute son commentaire, son adjectif et sa titraille.

Dans les sujets télé, il y a des commentaires écrits et qui sont dits par les journalistes…
Oui mais c’est moins risqué qu’un édito. Quand il y a un fait, on le traite, interview de l’un, interview de l’autre (2). Frêche est venu sur mon plateau, regarde-le sur Internet tu me diras s’il y a des choses qui t’ont semblé… Au-delà de la difficulté même d’interviewer Georges Frêche qui est un client intéressant… Ai-je été complaisant ? Je ne sais pas. Ai-je été complaisant avec Jean-Paul Fournier ?

« On va aussi mettre en place une convention
entre la région et Télémiroir« 

Aujourd’hui, la région finance-t-elle Télémiroir ?
Oui, c’est aussi un client et on va aussi mettre en place une convention entre la région et Télémiroir.

Vous pensez obtenir le même montant ?
On va avoir moins parce que 7L TV a une couverture et une audience très supérieure. Le potentiel et la qualité de l’émetteur sont sans commune mesure.

En terme de pub, combien la région a-t-elle donné à Télémiroir en 2009 ?
Entre 50 et 100 000 €.

As-tu quelque chose à ajouter ?
On va essayer de faire une belle télé comme ils le faisaient jusqu’à présent. On va essayer de partager les programmes entre les deux chaînes : il y a deux zones de couverture qui se complètent très bien. On va essayer d’étendre la diffusion de Télémiroir, c’est en cours, sur le bassin d’Alès pour avoir une offre télé qui ne sera pas régionale encore mais enfin qui couvrira une bonne partie de la région. On va essayer de réduire les zones d’ombre, il y a en a aussi pour 7L TV, Frontignan par exemple. On a nécessité d’être présents sur les boxes : de plus en plus de gens reçoivent la télévision par l’ADSL. On est prêt d’aboutir pour Télémiroir, il faut qu’on relance ce dossier du côté de 7L TV.

Au niveau du personnel, j’ai lu que tu as déclaré que ce serait très difficile de garder tout le monde. Ça se confirme ?
Ça, ce sont un peu les gens qui interprètent. On va faire au mieux.

Il n’y a pas de synergies possibles entre les services administratifs ou commerciaux et donc des diminutions d’effectifs ?
Il y aura des embauches. Pour vendre, il faut avoir des gens qui vendent. Un des soucis de 7L TV, c’est qu’il n’y avait qu’un seul commercial. Après, par contre, il y aura des synergies parce que, ce qu’on va vendre sur la télé de Montpellier, on va s’efforcer de le vendre aussi sur la télé de Nîmes. Il y a beaucoup d’annonceurs qui sont à cheval sur les deux territoires ou qui sont, dans tous les cas, intéressés par la zone de chalandise voisine. Ce sera un argument important pour nous donc il faut qu’on soit présents sur ces terrains-là.

Et en terme de services administratifs, il doit bien y avoir des personnes qui font la même chose à Télémiroir et à 7L ?
Oui mais ce ne sont pas deux multinationales qui fusionnent.

► Sollicitée pour des précisions sur cette convention, la région n’a pas rappelé Montpellier journal.

►Voir aussi :


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Soutenir Montpellier journal

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(1) Montpellier journal a fait le choix de ne recevoir aucune somme des collectivités locales. Si la loi prévoyait une aide automatique, par exemple au prorata de l’audience, ce serait différent. Par exemple un système proche de celui du Fonds de soutien à l’expression radiophonique pour les radios associatives. On compte sur Xavier Bertrand (UMP) pour présenter une proposition de loi de soutien aux sites Internet.
(2) Voir par exemple le traitement de la récente condamnation de Jean-Paul Fournier, sénateur maire de Nîmes dans le journal du 1er juillet :

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