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Le Jeudi 11 mars 2010 à 16:56

Frêche n’est pas « Merlin l’enchanteur » mais aimerait bien nous le faire croire

Le président de région explique qu’il ne peut pas tout en matière d’emploi et de développement économique. Problème, il avait beaucoup promis en 2004. Et continue aujourd’hui : il annonce « 150 000 emplois de plus sur cinq ans dans le tourisme ». Point positif : la gestion de l’institution régionale qui est passé de la 20e à la 4e place, selon L’Expansion. Problème, le candidat sortant semble vouloir faire croire que ce classement concerne aussi sa politique économique. Et ça marche ! Du moins auprès de certains journalistes.

« La démocratie sera notre fil conducteur et toute notre action tendra vers cet objectif majeur : la création d’emplois. » C’est ce qu’écrivait Georges Frêche dans l’introduction du programme de la liste Union toute en 2004 (1) Plus loin : « On ne peut plus tolérer que, malgré d’immenses richesses naturelles et humaines, nous n’en finissions plus de nous enliser dans les mauvais classements. [...] Si la région n’est pas toute puissante dans le domaine de l’emploi, elle dispose néanmoins de leviers essentiels. [...] En conjuguant intelligemment solidarité et développement, des milliers d’emplois peuvent être créés. »

Georges Frêche le 9 mars 2010 à Montpellier (photo : MJ)

Chômage : dégradation
Aujourd’hui, les résultats de l’équipe régionale sortante ne sont pas au rendez-vous alors que l’emploi – avec l’environnement – semble au coeur des préoccupations des citoyens. En effet, selon l’Insee le taux de chômage du Languedoc-Roussillon au troisième trimestre 2004 s’élevait à 12,4 % soit 3,5 points de plus que le taux national (France métropolitaine). Au troisième trimestre 2009, il était de 12,7 (3,6 de plus) 12,9 % (3,8 de plus). Donc une légère dégradation de l’écart par rapport aux autres régions.

Difficile de définir avec précisions les raisons de cet échec. Georges Frêche dit aujourd’hui : « Je ne suis pas Merlin l’enchanteur. » (Objectif LR, 02/2010) Alors pourquoi ces promesses ? Car soit elles étaient irréalistes, soit les résultats n’ont pas été au rendez-vous. Ou les deux. Dans tous les cas, cela disqualifie la majorité sortante et son président. Pourtant, quand le même magazine demande au président sortant de citer son « échec », il ne répond pas l’emploi mais « le changement de nom de la région, la Septimanie ».

Hier, Robert Navarro, conseiller régional (PS) sortant, représentait Georges Frêche à un débat sur 7L TV. Il a déclaré, plus prudemment (vers 9’30″) : « Oui la région n’a aucune compétence en matière d’emploi donc faire le procès à la région en disant qu’elle est dernière au niveau développement économique, il faut arrêter. L’emploi c’est d’abord de dépendance nationale et surtout les entreprises qui, suivant le contexte, peuvent créer ou pas des emplois. Après, il y a des politiques qui accompagnent la création d’emploi plus ou moins de façon intéressante. »

Oubliées les promesses de 2004, vive les promesses de 2010 !
Georges Frêche en bon candidat qu’il est, lui, n’y va pas avec le dos de la cuillère. Oubliées les promesses de 2004, vive les promesses de 2010 ! Alors que ses opposants (Couderc et Jeanjean surtout) lui reprochent de ne pas avoir fait assez pour le tourisme, il annonce, dans ses propositions (p 3), « 150 000 emplois de plus sur cinq ans dans le tourisme ». Comment ? Il veut « doubler le budget régional du tourisme ». Soulignons au passage, que quelques semaines plus tôt, il déclarait à Objectif LR : « On va multiplier notre effort budgétaire par cinq. Ce sera la première des priorités. Actuellement le tourisme crée 30 000 emplois. Il faudra que cela soit 120 000 d’ici à 15 ans. » On a donc gagné 30 000 emplois en quelques semaines. Quant au budget, qu’il soit multiplié par 2 ou 5, cela représente des sommes assez faibles surtout s’il s’agit du budget investissement. En effet l’enveloppe globale représente 1,6 % du total (Vivre en Languedoc-Roussillon, janvier 2010, p22). Pourtant avec 48 000 emplois, le tourisme représente environ 5,4 % du nombre total d’emplois de la région (2) et 14,9 % du PIB régional soit 7 milliards d’euros.

Quant au chiffre de 150 000 emplois promis sur 5 ans, il paraît faramineux. Avec ses 40 000 emplois promis, tous secteurs confondus, Raymond Couderc fait figure de petit joueur. Et dire que certains membres de la liste Frêche, à l’image de Karine Chevalier (ex PS), raillaient cette promesse – et elle n’avait sans doute pas tort – en disant qu’il fallait que la tête de liste UMP soit nommée « ministre du travail et des affaires sociales » s’il avait la solution pour y parvenir. Car « 40 000 emplois sur une seule région, ramenés à l’échelle nationale, cela fait près d’un million d’emplois créés en France », écrit la candidate. Donc, si on suit ce raisonnement avec les 150 000 de Georges Frêche, on arrive quasiment au plein emploi. Merci « Merlin » !

« Les friches de Frêche »
Autre action qui fait débat : les Parcs régionaux d’activité économique. Raymond Couderc les appelle « les friches de Frêche ». Une chose est sure, aucune entreprise n’est aujourd’hui installée dans les 17 parcs annoncés. Seuls quatre parcs sont ouverts à la commercialisation si on en croit le journal de la région (10/2009). 55 candidatures auraient été validées mais l’histoire ne dit pas si ce sont des nouvelles entreprises ou des déménagements (Montpellier journal a sollicité un entretien avec Anne-Yvonne Le Dain, vice présidente en charge du développement économique, sans succès). En tout cas, la région annonce qu’elles « devraient être opérationnelles début 2011″ alors que la « date de livraison » du parc Via Domitia était annoncée pour le trimestre 2010. L’UMP raille aussi le Parc de La Grand-Combe (Gard) où le projet a été retoqué par le préfet, fin novembre 2009, en raison des « insuffisances de l’étude d’impact » qui ne permettait pas « d’apprécier correctement » les impacts potentiels sur l’environnement.

Georges Frêche se défend en disant que tout ceci prend du temps, qu’il faut acheter le foncier, etc. L’UMP dit que la région aurait mieux fait de laisser faire les intercommunalités en les aidant financièrement. Évidemment, dans ce cas là, ce sont les présidents des dites collectivités qui inaugurent et pas le président de région qui est seulement invité.

Un très bon résultat
Pas facile de masquer ces promesses non tenues ou ces retards. Heureusement, le président sortant, a son contre feu : « Le classement des régions les mieux et les moins bien gérées » (L’Expansion, 03/2010). Le mensuel confirme l’étude mentionnée par Challenges et évoquée par Montpellier journal (10/02) avec celle du Point. En effet, le Languedoc-Roussillon obtient un très bon résultat puisque, alors que L’Expansion la classait 20e en 2004, elle est aujourd’hui en 4e position : 7e pour sa capacité de désendettement, 11e pour les impôts par habitants, 8e pour les charges de la décentralisation, 13e pour le poids des frais de personnel et 5e pour l’effort d’investissement. Notons que la troisième est Pays de la Loire alors qu’elle est la région qui a les impôts les plus bas par habitant. Commentaire du mensuel : « Georges Frêche profite du dynamisme démographique de sa région pour augmenter doucement [sic] les impôts et investir. » Autre point qui peut ravir le président sortant, c’est que l’adjoint aux finances de la majorité précédente était un certain Raymond Couderc.

Mais cela ne suffit pas à Georges Frêche. Et il entretient le flou entre gestion de l’institution et résultats socio-économiques de sa politique régionale. Tellement bien qu’il semble avoir réussi à introduire le doute dans la tête de certains journalistes. À l’image de l’inénarrable Philippe Palat, directeur de la rédaction de Midi Libre qui interrogeait Jean-Louis Roumégas sur 7L TV (25/02). La tête de liste Europe écologie évoque les mauvais classements de la région en matière de chômage, pauvreté, etc. Puis Philippe Palat lui demande (vers 19’30″) : « Expliquez-nous comment enregistrer de si mauvais résultats et classements – ce qui est tout à fait vrai – et voir Georges Frêche, votre principal rival, le candidat sortant être sacré quasiment meilleur gestionnaire des régions de France aussi bien par L’Expansion que par Challenges… Où est le hiatus ? » Jean-Louis Roumégas explique : « Je ne vous parle pas de ça, je vous parle de l’économie régionale réelle c’est-à-dire l’effet de cette politique, non pas de l’institution elle-même. »

Stephan Rossignol se laisse piéger
Visiblement Thierry Valero de France 3 n’avait pas vu l’émission de 7L. Dans La voix est libre (27/02, vers 18′), il demande à Stephan Rossignol : « Comment vous expliquez que le magazine L’Expansion, qui est très sérieux, économique, classe la région quatrième la mieux gérée de France ? » Le porte-parole de Raymond Couderc, plutôt que de répondre comme Jean-Louis Roumégas, se laisse piéger et s’étonne de « la qualité des papiers d’un magazine soit disant sérieux ». Il ouvre ainsi un boulevard à Éric Andrieu, représentant de Georges Fêche au débat, qui ironise : « Certainement les journalistes étaient partisans. » Et Thierry Valero d’enfoncer le clou en ajoutant  que L’Expansion est « plutôt classé à droite ».

Ce que les partisans de Georges Frêche et certains journalistes ont oublié de mentionner dans leurs sujets consacrés à ce classement, c’est que L’Expansion a aussi publié un article sur les résultats de la politique régionale. Tout n’est pas négatif dans ce bilan dressé par le magazine qui  souligne notamment la modernisation des TER, la carte de transports unique, la gratuité des manuels scolaires, la rénovation et la construction de lycées. Mais côté économie, le magazine cite Pierre Brunel, président du Medef régional : « Il a relancé la recherche mais elle n’a pas débouché sur des applications industrielles locales. Les entreprises sont écartées de toute stratégie de développement économique. » L’Expansion évoque aussi « le matraquage fiscal », et la longue « liste des caprices coûteux » (Septimanie, maisons du Languedoc-Roussillon, le Lez navigable).Et aussi, bien sûr, le chômage : 17,2 % pour les moins de 25 ans. Le magazine annonçait néanmoins la couleur, dès l’introduction de son article : « Mais finalement qu’importe : le vieux lion ne se bat pas sur son bilan mais sur sa personnalité. »

[Mise à jour le 12/03 à 10h30 : suite au remarque d'une lectrice, correction des chiffres du chômage 2009 et ajout de "France métropolitaine"]
[Mis à jour le 12/03 à 20h : ajout du lien vers le fichier des chiffres du chômage de l'Insee. Merci à J.-P. Masclau.]

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___________
(1) Projet régional de la liste Union toute, conférence de presse, 25 février 2004, Nîmes.
(2) En 2006, l’Insee comptait 48 000 emplois dans le tourisme en moyenne sur l’année et 886 000 emplois au total dans la région.
Il représenterait même plus de 6% si on croit les « Chiffres clés du tourisme 2008″ (ministère de l’équipement)

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8 commentaire(s)

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  1. BernadetteK said
    on 12 mars 2010

    à 10 h 17 min

    Pour qu’un article soit crédible il faudrait que les chiffres avancés soient justes or les chiffres du chômage (source INSEE) en LR étaient de 14% en septembre 2003, de 13,6% en sept 2004 (9,9% au niveau national) soit 3,7% par rapport au niveau national. En septembre 2009 les chiffres du chômage sont de 12,7% en LR contre 9,6 au niveau national (toujours source INSEE). Alors j’ai renoncé à lire la suite de l’article.
    Signé : un prof d’économie-gestion ne résidant pas en LR et n’étant donc pas électeur en LR

  2. Jacques-Olivier Teyssier said
    on 12 mars 2010

    à 12 h 21 min

    J’ai corrigé le chiffre de 2009. J’avais fait une erreur de recopie. Merci de votre vigilance.

    En revanche, je maintiens le chiffre de 2004 (sous réserve que l’Insee m’ait transmis les bons chiffres). À noter qu’ils m’ont été donnés par mois (et non par trimestre comme les vôtres) et qu’ils concernent la France métropolitaine.

    De toute façon, depuis 2004, l’écart a toujours été compris entre 3,2 (1er trimestre 2008) et 3,6 points. De plus, le chiffre pour le seul Languedoc-Roussillon montre que la situation n’a pas évoluée (12,7 contre 12,4). Ces chiffres sont à mettre en relation avec les promesses passées et futures (150 000 emplois en 5 ans).

    Puis-je vous demander pourquoi vous vous intéressez d’aussi prêt aux chiffres du chômage en Languedoc-Roussillon voire à la campagne des régionales ?

  3. Jean-Pierre MASCLAU said
    on 12 mars 2010

    à 17 h 44 min

    @JOT, voici les chiffres 2004 : http://www.languedoc-roussillon.pref.gouv.fr/actions/SDEC/chomage.pdf

    (Chiffres INSEE cités par la préfecture….On en vient donc à une analyse qui était l’inverse de la votre hier, malgré la cris, le différentiel France/Languedoc, s’est réduit, passant de + 3,7 à + 3,1 (au 3è T 2004 le Languedoc était + 37,3% au dessus de la moyenne, il était à l’automne dernier + 32,3%)….c’est ce que j’appelle une amélioration (faible certainement, mais pas une détérioration en tout cas…)

  4. Jacques-Olivier Teyssier said
    on 12 mars 2010

    à 18 h 07 min

    @JP Masclau : je reste sur mon tableau fourni directement par le service de presse de l’Insee. De plus, je n’ai pas voulu en rajouter en terme de chiffres mais les mauvais chiffres sur la pauvreté et la précarité dans la région sont toujours là.

  5. Jean-Pierre MASCLAU said
    on 12 mars 2010

    à 18 h 55 min

    @JOT : Au temps pour moi, le PDF que je vous ai donné, étant un document d’époque, il comprend les chiffres INSEE selon les « anciens » critères du B.I.T. Le tableau qui vous a été fourni, a été entièrement remis à jour, avec le mode actuel de calcul du B.I.T. et il est là… http://www.insee.fr/fr/ffc/figure/CMRSOS03311.xls

  6. Bernadette K said
    on 12 mars 2010

    à 21 h 16 min

    Etant professeur d’économie gestion en classes économiques (bac + bts) je traie avec mes élèves de nombreux sujets dont le chômage (d’une manière générale taux, évolutions ……) par ailleurs j’ai fait une partie de mes études à Toulouse (je suis lyonnaise d’origine et habitant la région parisienne) et j’ai eu l’occasion de passer plusieurs semaines à Montpellier dans les années 70 (et je vais régulièrement passer mes vacances d’été dans la région de Montpellier ou de Toulouse) ce qui fait que j’ai souvent tendance à utiliser comme exemples avec mes élèves les régions Rhone Alpes, Midi Pyrénées et Languedoc Roussillon. Je précise aussi que je consulte régulièrement sur Internet les publications locales dont la votre. J’espère avoir répondu à vos interrogations. Je vous confirme que je ne suis pas électrice en LR et que je suis la campagne des régionales en LR comme celle en Rhone Alpes ou en Ile de France (mais il est vrai qu’on parle davantage du LR car la campagne est plus drôle chez vous et on n’a même jamais autant parlé du LR sur les chaines télé ou radio que ces temps ci au moins maintenant tout le monde sait que vous existez, peut être le tourisme en profitera t’il)

  7. Observateur said
    on 13 mars 2010

    à 2 h 03 min

    @Bernadette K
    J’apprécie moyennement votre sens de l’humour sur la tournure « drôle » prise par la campagne en LR.
    Vu de l’extérieur, on peut comprendre que cela fasse rire, mais essayez de vous mettre à notre place. GF nous traite comme des débiles profonds et, cerise sur le gâteau avec ces élections, on devient la risée de la France entière.

    NB: si vous vous intéressez aux chiffres, disposez vous de ceux sur les budgets communications des régions en France ?

  8. Observateur said
    on 13 mars 2010

    à 2 h 10 min

    @JPM
    L’important est effectivement de voir que les écarts sur le chômage entre le LR et la moyenne des autres régions est resté à peu près constant sur la durée.
    Cela montre peut-être que les marges de manœuvre des régions sur l’emploi restent minimes, contrairement aux effets d’annonces pendant chaque campagne : cf. par exemple la nouvelle promesse de GF de créer 150 000 emplois.
    S’il y a une chose à réintroduire d’urgence dans nos écoles et chez les électeurs, c’est bien le sens des proportions, histoire de se prémunir contre l’enfumage.