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Le Dimanche 31 janvier 2010 à 19:00

Mandroux – Frêche : la mairie de Montpellier, nouveau champ de bataille des régionales ?

Après la déferlante politiquo-médiatique qui a suivi la publication des propos du président de l’agglo sur Laurent Fabius et l’annonce de la candidature aux régionales du maire de Montpellier, les événements se sont précipités. Sorte de blitzkrieg qui semble vouloir se déplacer au sein du conseil municipal où Georges Frêche compte de nombreux soutiens. Les dégâts pourraient être importants parmi les fantassins du camp vaincu.

« Je crois qu’elle prend des risques inconsidérés, mais c’est son problème. » C’est ainsi que Georges Frêche a commenté la candidature d’Hélène Mandroux pour les régionales (France 3, 12/13, 29/01). À court terme, c’est sur le fonctionnement de la majorité au conseil municipal de Montpellier qu’on peut s’interroger. Il est en effet composé d’un grand nombre de fidèles de Georges Frêche dont certains ont été plus ou moins imposés par celui-ci à Hélène Mandroux lors de la constitution de sa liste pour les municipales de 2008.

« Respect du vote des militants »
D’ailleurs le président de région n’a pas manqué de souligner, toujours sur France 3 : « Madame Mandroux n’a même pas le soutien des socialistes du conseil municipal. Sur 28 socialistes au conseil municipal, il y en a déjà 24 qui m’ont apporté leur soutien. » Interrogé par Montpellier journal, Max Lévita confirme le chiffre. Le président du groupe socialiste à la mairie détaille aussi le contenu du texte de soutien signé par les 24. Ceux-ci en appellent au « respect du vote des militants qui a investi les listes soutenues par Georges Frêche » et au « rassemblement pour battre la droite et l’extrême droite ». Bref, jusque-là, on en restait à la bataille des régionales.

Montpellier journal voulait en avoir le coeur net en interrogeant Hélène Mandroux, dès vendredi lors de sa conférence de presse en mairie au lendemain de sa brève déclaration de candidature. Ne risque-t-elle pas d’être mise en minorité sur le vote du budget municipal ? « Le budget sera voté le 8 février sans aucun problème, répond le maire. Il ne faut pas mélanger ce qui n’a pas à être mélangé. [...] Ce sont mes adjoints qui ont construit leur budget et il sera voté par la majorité. À mon avis, jusqu’au 14 mars, il ne se passera rien », concluait le maire avec un clin d’oeil.
Regarder la vidéo (1) :

« Sanctuariser la ville »
Ce que voulait confirmer l’entourage d’Hélène Mandroux en rappelant qu’il y avait des procès verbaux des réunions d’élaboration du budget auxquelles les adjoints au maire avait participé. Et de mettre en avant la volonté de « sanctuariser la ville de Montpellier », de rappeler « le contrat qui nous lie aux Montpelliérains ». Bref aucune volonté de mener un « combat » au sein du conseil municipal. Tout en faisant preuve de fermeté : « Mais si certains veulent le mener, on le mènera. » Et au pire : « Le budget sera reporté et s’il n’est pas voté, le préfet fera appliquer le budget 2009 qui est d’ailleurs un bon budget. »

En arrivera-t-on là ? Par exemple, Max Lévita votera-t-il le budget ? « Ben, c’est moi qui l’ai fait », répond celui qui est aussi adjoint aux finances. Si certains proches de Georges Frêche pourraient vouloir mettre la pression sur Hélène Mandroux via le conseil municipal, ce n’est pas la position de Max Lévita : « Je crois que les choses sont maintenant irrémédiables. Frêche et Mandroux se présentent. Je plaide pour que la mairie reste en dehors de cet affrontement. J’ai conduit le budget sur les conseils, bien sûr, de Mme le maire qui a fixé les grands équilibres. Tous les adjoints ont été consultés et tous m’ont donné leur accord sur la constitution du budget. Je demande qu’on vote le budget. La mairie fonctionne normalement jusqu’au 22 mars. Et le 22 mars, on verra bien ce qui se sera passé. »

Mesures de rétorsion
Problème, dans les faits, les choses ne sont pas aussi simples. Hier, avait lieu une réunion de la majorité municipale sur le budget. Et une trentaine d’élus municipaux n’y ont pas participé (pour une vingtaine de présents – dont Max Lévita – et huit excusés, selon un proche d’Hélène Mandroux). Certains des absents font savoir aux médias (France Bleu, France 3 et Midi Libre) qu’il y aurait eu des mesures de rétorsion. À l’image de Philippe Saurel (2) qui déclare (Midi Libre, 31/01) : « Une personne du cabinet du maire m’a laissé un message d’un ton sec en me demandant des explications concernant mon absence ; et en me précisant qu’en guise de mesure de rétorsion, la loge de la mairie m’était interdite pour le match de football d’hier soir opposant Montpellier à l’OM. »

Christian Assaf, directeur de cabinet d’Hélène Mandroux (3), a une autre version : « J’ai simplement fait une remarque assez forte pour qu’elle soit répétée en disant que j’attendais avec beaucoup d’impatience de voir s’ils se précipiteraient avec autant d’enthousiasme dans la loge – et sur son buffet – que ce qu’ils ont fait à la réunion de préparation du budget. Après ça a dû être déformé, amplifié, ils ont voulu se poser en victime. C’est la nouvelle stratégie, maintenant, à la région : se poser en victime. Mais il n’y avait pas de garde du corps devant la loge pour interdire à qui que ce soit de venir. Ils avaient leur billet et pouvaient tout à fait venir. » Notons au passage les deux versions publiées par Midi Libre ce matin : celle ci-dessous dans les pages Montpellier et celle de ses pages régions où il est dit que ce serait Hélène Mandroux qui se serait « fâchée tout rouge ».

« Montpellier intimement liée avec la région »
Autre attaque menée par Philippe Saurel
ce matin sur France bleu : « Cette candidature me paraît très dangereuse pour la ville non seulement parce qu’elle a la capacité de nuire à la gauche pour l’élection régionale mais aussi parce qu’elle prend les Montpelliérains en otages puisque, dans les grands dossiers, la ville de Montpellier est liée intimement avec la région. Ce serait une catastrophe que ce mariage tombe en désuétude. Que ferait-on sur le dossier Campus ? Sur le contournement ferroviaire ? Sur le financement de la gare Saint-Roch ? Donc je soutiens, avec le groupe socialiste, avec Max Lévita, avec Serge Fleurence [premier adjoint] et je le réitère la candidature du président sortant. »

Réponse de l’entourage d’Hélène Mandroux : « C’est lui qui prend en otages les Montpelliérains. Nous, on n’a jamais mis cette question-là au coeur du débat. Saurel, ex-président du CCASS, devra fournir des explications aux associations qui attendent leurs subventions pour accomplir leur mission dans le domaine social et de la solidarité. À savoir pourquoi il fait tout pour reculer l’adoption du budget. Ce n’est pas digne d’un candidat permanent à la succession d’Hélène Mandroux. »

Suppression d’une subvention régionale à la CCI
Autre mesure de rétorsion ou d’intimidation, en provenance directe, cette fois, de la région : la suppression d’une subvention régionale à la chambre de commerce (4). Suppression qui serait liée (Direct Montpellier plus, 29/01 et Midi Libre, 31/01) à la présence au cabinet du président de la CCI de Sylvain Jambon, proche de Christian Assaf, ancien directeur de la communication de la région et remercié en même temps que celui-ci.

Il n’est pas inutile également de citer la parution d’un portrait au vitriol paru dans Midi Libre vendredi, signé Philippe Palat et titré : « Christian Assaf, l’homme qui veut « tuer » le père ». Le directeur de la rédaction du quotidien avance la thèse d’un putsch qu’aurait fomenté le directeur de cabinet de Georges Frêche alors que celui-ci était malade. Évidemment Philippe Palat ne donne aucun élément concret ou témoignage pour étayer sa théorie. Sollicité par Montpellier journal, Christian Assaf déclare : « Je défie n’importe qui de prouver ma participation à un quelconque complot…d’ailleurs les dates évoquées ne sont pas raccords avec les périodes d’absences de Frêche en raison de sa maladie. C’est la théorie de la Frêchie qui est ici reprise. Le divorce par consentement mutuel avec Georges Frêche trouve sa source dans les nombreux dérapages auxquels se livrait le président de Région. D’ailleurs comment expliquer mon embauche à BRL [entreprise dont la région est actionnaire à plus de 30%] ?  » [Mise à jour le 1/02 à 13h40 : c'est aussi la thèse soutenue par Georges Frêche lui même dans une interview donnée au magazine Objectif Languedoc-Roussillon (vers 0'25").]

« Dénonciation calomnieuse »
Le camp Mandroux, pour sa part, n’est pas resté inactif. Christian Assaf a déposé « plainte contre pouvant être Georges Frêche » suite à la parution d’une brève dans L’Agglorieuse. Le président de région aurait immédiatement réagi avec une plainte pour « dénonciation calomnieuse » contre Christian Assaf (Midi Libre, 30/01) et l’hebdomadaire (Midi Libre, 31/01). Midi Libre doit-il s’attendre au même traitement après avoir repris, dans son édition de Béziers, l’information de L’Agglorieuse et, qui plus est, sans mise au conditionnel ? De nouveaux éléments dans cette affaire sont attendus demain.

Au delà de ces gesticulations, c’est bien la question de savoir qui va imposer la direction du vent dominant, qui se joue en ce moment. Avec une première étape, mardi en bureau national du Parti socialiste. L’instance va être amenée à se prononcer sur l’investiture par le PS d’Hélène Mandroux. Et si le maire est investi, combien seront ceux qui vont continuer à s’opposer à la direction nationale de leur parti ? Les paris sont ouverts mais Montpellier journal a l’impression que de légères fissures apparaissent dans le bloc des sympathisants de Georges Frêche. D’autant que les statuts du PS sont clairs (article 11.9) : « Lorsqu’un(e) adhérent(e) du Parti est candidat(e) à un poste électif pour lequel les instances régulières du Parti ont investi un(e) autre candidat(e), le Conseil national – saisi par l’une des parties en cause – constate que l’indiscipliné s’est lui(elle)-même mis(e) en dehors du Parti et le(la) répute exclu(e). » La semaine prochaine promet d’être agitée. Problème : pendant ce temps, les équipes ne doivent pas trop consacrer de temps aux programmes. Ainsi va la politique.

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(1) Montpellier journal commet deux erreurs dans sa question : sur la date du vote du budget (8 février et non le 9) et le nombre des soutiens de Georges Frêche (24 et non 26). On notera aussi, au passage, l’ambiance de franche camaraderie qui régnait entre journalistes à cette conférence de presse.
(2) Sollicité hier et aujourd’hui par Montpellier journal, Philippe Saurel n’a pas donné suite. Il a pourtant répondu aux questions de France Bleu Hérault et de Midi Libre. Aurait-il eu peur de répondre à nos questions ? Espérons que non car Montpellier journal aimerait bien écouter le message de la personne du cabinet que Phillippe Saurel a mentionné à Midi Libre. Montpellier journal a également sollicité Patrick Vignal. Celui-ci nous a rappelé « par courtoisie » mais ne s’exprime « pas du tout dans la presse » en ce moment. Pour que Patrick Vignal refuse de parler aux médias, c’est que ça doit vraiment chauffer…
(3) Et ancien collaborateur de Georges Frêche à la région, remercié suite à l’affaire des « Blacks » dans l’équipe de France de foot.
(4) Sollicitée vendredi matin sur le sujet par Montpellier journal, la région, n’a, pour l’instant, par donné suite.

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Un commentaire

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  1. neutre said
    on 3 février 2010

    à 10 h 35 min

    Que va-t-il se passer pour les petits partis de gauche(radicaux et chevenementistes) qui avaient accroché leurs wagonnets à la locomotive Fréche?Leurs états majors ont passé un accord avec le PS au plan national?Fréche pouvait avant le clash inscrire leurs noms sur ses affiches.Et maintenant?Risque -t-on de voir une liste importante ne pas pouvoir se réclamer d’un seul parti national?