C’est suffisamment rare pour être souligné : les acteurs de la cité se saisissent d’un problème et font des propositions. La municipalité doit présenter les siennes en janvier. Il s’agit de la façon dont les voitures circuleront à Montpellier dans les années à venir et les discussions devraient animer le premier semestre 2010. Évidemment, tout cela serait plus simple si le nombre d’automobiles diminuait grâce au développement des transports en commun. Et cela ne passe pas uniquement par le tramway urbain. Encore faudrait-il que les collectivités et leurs exécutifs (Frêche, Mandroux, Vezinhet) se parlent ou que le préfet les y oblige. Comme l’a demandé le ministre des transports…fin 2006.
« Cela fait 30 ans que les problèmes de circulation dans la ville de Montpellier et des rocades n’ont pas été traités. » Marc Dufour, adjoint (Modem) au maire n’y va pas avec le dos de la cuillère lors de la conférence de presse à la mairie le vendredi 18 décembre sur la circulation sur le Jeu de paume. L’élu poursuit : « Aujourd’hui, le développement urbain de cette ville fait que ce problème est extrêmement difficile et celui qui prend la responsabilité de le traiter, évidemment, se met en première ligne pour des tas d’attaques. C’est ce qu’a choisi Mme le maire et je tiens, en tant que membre de son équipe, à saluer la démarche et le courage dont elle fait preuve. »
« Moi, les plans de circulation, ça m’a toujours détendu »
On ne sait si ces propos ont été rapporté à Georges Frêche – qui a été maire de Montpellier pendant 27 ans – mais le président de l’agglo fait, le lundi 21 lors d’une conférence de presse sur le budget de l’agglo, une déclaration qui sonne comme une justification ou tout au moins comme une réponse : « J’ai lu que la ville voulait faire un nouveau plan de circulation. J’attends avec intérêt. Moi, les plans de circulation, ça m’a toujours détendu. C’est un truc qui me plaisait beaucoup. Demandez à Pouget [Louis, ancien adjoint en charge de la voirie, présent à la conférence et qui opine]. Je m’en mêlais. Une fois, je l’ai refait. Ben, je ne m’étais pas tellement gouré. »
Écouter le son :
Jacques Domergue ne semble pas partager cette autosatisfaction de Georges Frêche. Le point de vue du conseiller municipal UMP est très proche de celle de Marc Dufour : « Ils [Georges Frêche, le PS et ses alliés] sont là depuis 30 ans ! Il aurait fallu qu’on définisse les plans de circulation à échéance régulière, en fonction de l’évolution de la ville. »
« Traiter les longs trajets et non les trajets courts »
Éric Boisseau de la FNAUT (1) a son avis sur les débats de la fin 2009 sur les plans de circulation. Mais pour lui, ce n’est pas la question centrale : « Il est important de répondre au protocole de Kyoto à défaut de celui de Copenhague et de diviser par 4 la production de gaz à effet de serre et donc d’effectuer un report modal (2) qui est d’autant plus important que les trajets sont longs. La priorité c’est donc de traiter les longs trajets et non les trajets courts. Tant que le transport public ne présente pas d’offre de qualité avec une tarification et une fréquence appropriée, on n’aura pas de report modal. » Il demande aussi depuis plusieurs années que le tramway desserve les confins du bassin de vie de l’agglomération de Montpellier. L’agglo a fini par commencer à l’envisager mais ce n’est pas pour tout de suite d’autant qu’elle semble le lier à la grande agglo.
Éric Boisseau pointe aussi l’absence de collaboration entre les différentes autorités organisatrice de transports (AOT) que sont la région (TER), le département (autocars) et l’agglo (tram et bus) et que celle-ci sont, de plus, par nature « indifférentes à la congestion automobile dans Montpellier ». Il rappelle d’ailleurs que le ministre des transports avait demandé aux préfets d’inviter l’ensemble des AOT, les responsables de voiries et les associations d’usager à se réunir « afin d’échanger leurs visions stratégiques sur le devenir des transports ». C’était en décembre 2006 à l’issu du débat public sur les transports dans la vallée du Rhône et l’arc languedocien (3). Sans succès : « À la FNAUT, nous nous inquiétons de l’absence de réponse du secrétaire général [Patrice Latron] et du préfet [Claude Baland] qui a été sollicité par courrier à plusieurs reprises et relancé par téléphone. Alors même que c’est une décision du ministre. C’est en mettant tout le monde autour de la table qu’on résoudra à la fois les problèmes de circulation, de stationnement, le report modal pour atteindre l’objectif de facteur 4. [...] Au delà des divergences entre personnes, qu’on mette l’intérêt public en avant. C’est bien le rôle de l’Etat (4). »
« Autorités organisatrices de transports
à l’échelle des grandes aires métropolitaines »
Détail amusant : une ligne plus loin, le ministre demande que soit engagée une réflexion « sur l’opportunité de créer des autorités organisatrices de transports à l’échelle des grandes aires métropolitaines ». Ce qui permettrait d’avoir des tramways et des bus qui sortiraient de l’agglomération. Ce qui ne serait pas pour déplaire, par exemple, aux habitants de Saint-Gély-du-Fesc, de Saint-Clément-la-rivière, Montbazin, Gigean, Teyran, Mauguio, de Palavas ou aux amateurs montpelliérains de baignade sur la côte.
En attendant, Eric Boisseau a des solutions à plus court terme notamment « valoriser le réseau de bus avant de construire une infra lourde comme une voie ferrée qui nécessite 4-6 ans, jouer sur la fréquence, la tarification attractive ». Ou encore ne pas systématiquement reporter les autocars départementaux sur des stations de tram ce qui allonge les trajets et les rend plus compliqués. Conséquence : les usagers préfèrent leur voiture et viennent embouteiller la ville. Le militant en appelle donc à « la créativité, l’innovation, l’intelligence et l’utilisation des différents modes de transports ». Problème : « On peut mais il y a un manque de volonté politique. »
La concertation aurait déjà commencé
En revanche, du côté du plan de circulation, on l’a vu, la mairie semble décider au changement. Les travaux de la ligne 3 qui vont fortement perturber la circulation sur le Jeu de paume cet été, semblent l’y avoir incitée. Annoncé dès le 9 octobre, le projet de nouveau plan de circulation devrait être présenté à la presse en janvier. La concertation aurait déjà commencé puisque Serge Fleurence, le premier adjoint, a rencontré des associations et se disait disponible pour poursuivre ses rencontres dès le début janvier. Reste à savoir comment la mairie prendra en compte les remarques des citoyens sur un plan qui semble bien avancé pour ne pas dire quasiment ficelé.
Quelques éléments en ont été dévoilés lors de la conférence de presse du 18 décembre. Conçu par les services de la ville avec le bureau d’étude Egis, il prévoit notamment le changement de sens du cours Gambetta, la mise à double sens du quai du Verdanson et un travail sur trois ceintures résumé par Marc Dufour par « une roue, un moyeu et des rayons ». Il prévoirait aussi des zones 30 et le passage à une voie de la rue Saint-Louis. « Ce Plan locale de déplacement s’intégrera complètement avec le Plan de déplacement urbain de l’agglo, affirme Serge Fleurence. Les services de l’agglo et de la ville travaillent en étroite collaboration et dans une excellente entente. » On veut bien le croire mais cela reste à prouver. Du côté du planning, c’est Yannick Tondut, directeur général délégué en charge du développement à la mairie qui précise : « Ce sera progressif. Ça commencera au début de l’été pour pouvoir anticiper sur les travaux du tramway [ligne 3]. L’essentiel sera terminé mi-2011. Après il y aura des choses plus détaillées qui s’étaleront sur plusieurs années. »
« C’est un bricolage lamentable »
Il n’est pas encore présenté que les Verts de Montpellier le critiquent déjà : « On a eu quelques indiscrétions sur le contenu de ce plan. C’est un bricolage lamentable », lâche Christian Dupraz lors d’une conférence de presse le 14 décembre. « Il y a trois fois rien », poursuit l’écologiste qui présente ce jour-là un « plan marshall » pour le centre ville (5) dont l’axe principal est la réalisation d’un plan de circulation en marguerite. Celui-ci prévoit l’accès au centre ville par le même trajet via des itinéraires à double sens (av. Clémenceau, bd de Strasbourg, bd Renouvier etc.) « depuis toutes les directions de manière à ce que le coeur de ville soit proche pour tout le monde de quelque position qu’on soit ». Il vise aussi à faciliter l’accès aux parkings par « des itinéraires plus directs, plus lisibles ».
Et, pour y parvenir, de surtout « couper l’aspirateur à voitures que constitue l’itinéraire traversant le tunel de la Comédie » qui ne servirait plus qu’à accéder aux parkings Comédie et Antigone mais qu’il serait impossible de traverser sauf à passer par un des parkings. C’est la grosse différence avec le plan de la mairie. Celui des Verts vise à casser « la logique de circulation circulaire ». Ainsi « un incident n’a plus d’impact sur le reste ».
Les Verts « à contresens »
Le NPA a aussi son avis sur la question. Et il se veut plus écolo que les Verts. Dans un communiqué diffusé le 17 décembre, le parti anticapitaliste reproche aux Verts d’être « à contresens » et veut « dissuader un maximum de voitures d’entrer en ville ». Pour le NPA, « il faut créer des parkings, oui, mais dans la grande périphérie de Montpellier ». Il faut aussi « des pistes cyclables sécurisées, continues et sur tous les axes [...] et des parcs à vélos à côté des parkings. » Mais surtout, le NPA propose « d’élargir le réseau de transport public avec des mini bus, nombreux, fréquents et non polluants » et gratuits pour « des raisons sociales et écologiques ».
Jacques Domergue a une solution plus radicale : « Quand on arrive à une situation de blocage [de la circulation] à ce point, il n’y a pas 36 000 possibilités : il faut creuser. » Et le député UMP de citer l’exemple du tunel du vieux port à Marseille. Même solution proposée par Christophe Cour, commerçant du Jeu de paume qui souhaite « un boulevard circulaire souterrain permettant de relier les axes principaux du centre ville et les parkings par le dessous. Ce qui éviterait d’avoir les voitures en surface. » Solution que Yannick Tondut trouve datée et très coûteuse. Christian Dupraz, lui, voit une impossibilité technique liée au fait que Montpellier serait construite sur du sable. Du côté de CCI, Véronique Perez refuse de se prononcer avant de disposer des informations sur le plan de la mairie. Encore quelques jours à attendre.
► Lire aussi :
- Piétonnisation du Jeu de Paume : la mairie a-t-elle oublié la concertation ?
- Pourquoi le parking du Peyrou devrait être définitivement abandonné
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(1) Fédération nationale des associations d’usagers des transports.
(2) Report d’un mode de transport sur un autre. Par exemple prendre le train et plus sa voiture.
(3) Cf. article 3 de la « décision du 4 décembre 2006 consécutive au débat public de problématique
sur la politique des transports dans la vallée du Rhône et sur l’arc languedocien » (Journal officiel du 20/12/2006)
(4) Sollicitée sur la question, la préfecture n’a, pour l’instant, pas donné suite.
(5) Le document en lien n’est qu’un support succinct de présentation du projet des Verts.


3 commentaire(s)
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à 23 h 18 min
La rue Saint-Louis qui respire enfin ? J’attends de voir. Ça semble trop beau… Mais c’est tellement une évidence qu’il faut en passer par là… Le quartier et les habitants respireraient enfin…
Et puis, un retour des mini-navettes dans l’écusson et les autres quartiers, comme ça existait il n’y a pas si longtemps dans le centre, ça serait un bon début…
Sébastien Nègre
à 8 h 18 min
@Sébastien : oui ça reste à confirmer. Ce sont les Verts qui ont donné l’info. Ils se basaient sur ce que leur ont dit les commerçants qui eux-mêmes le tenaient de la mairie.
à 10 h 08 min
Eh bé, les Verts de Montpellier sont gratinés!
Seule solution, l’éducation: il faut arrêter de prendre sa voiture pour faire 3 km, et miracle, la circulation diminue de 50%… sinon, tout nouvel aménagement se transforme instantanément en aspirateur à voitures et se retrouve saturé en quelques semaines.