Les déclarations de Paul Alliès selon lesquelles le PS « allait s’employer à construire une liste du Parti socialiste sans Georges Frêche » pour les régionales de 2010, ont suscité de nombreuses réactions. Quant aux conséquences, il pourrait aussi y en avoir à la gauche du PS.
Première question, Paul Alliès s’exprime-t-il au nom de la direction nationale ? Lui affirme que François Lamy, le conseiller politique auprès de Martine Aubry, première secrétaire, l’a « autorisé » à s’exprimer sur le sujet. Le même François Lamy ne le contredit pas mais précise : « Paul Alliès ne s’est pas exprimé au nom de la direction nationale. » Et ajoute : « Par rapport au vote du conseil fédéral, je rappellerai que la stratégie des alliances avec des personnalités qui ne sont pas au PS relève de la direction nationale. » (Direct Montpellier plus, 27/11). Or Georges Frêche n’est plus au PS.
L’instance qui doit trancher varie
Paul Alliès a par ailleurs indiqué qu’il y aurait un vote de la commission des élections présidée par Christophe Borgel. Celui-ci a déclaré à l’AFP (26/11) que : « Paul Alliès ne pouvait se revendiquer d’un mandat national. » Puis d’expliquer : « On espère arriver à un rassemblement de la gauche. Nous sommes convaincus que c’est la bonne voie. Encore faut-il que les acteurs en aient envie », a-t-il ajouté. Bref, on l’a compris Paul Alliès n’a pas donné une décision du Parti socialiste puisque aucune instance de celui-ci n’a voté sur la question mais exprime bien la volonté de l’équipe de Martine Aubry. Il reste que les statuts ne doivent pas être clairs car l’instance qui doit trancher le cas Frêche varie selon les moments et les interlocuteurs : bureau national, secrétariat national et maintenant commission des élections. En revanche, une qui recueille l’unanimité c’est la convention nationale du 12 décembre qui doit valider les listes. Reste à savoir sur quelles options elle aura à se prononcer.
Midi Libre quant à lui démine, ce matin, la sortie d’Alliès. Celle-ci n’apparaît en Une qu’en niveau 4 et positionnée en page 4 (gauche) du deuxième cahier. L’interview de Paul Alliès est entourée de pas moins de trois papiers et de quatre réactions. Si celles-ci sont équilibrées puisqu’il y en a deux plutôt favorables à Frêche et deux contre. Pour les trois autres articles, c’est autre chose. Il y a celui titré « Fabrice Verdier : « Il est aveuglé par sa haine »« (alors que, au passage, les propos du 1er fédéral du Gard concernant Alliès sont interrogatifs). Deuxième article : « Pour les amis du président, Alliès n’a aucune légitimité. » Et enfin, un délicieux édito de François Martin sur Georges Frêche titré : « Incontournable ». Pas moins. Le journaliste affirme : « Sa stratégie régionale, concoctée depuis des mois, est une vraie martingale. » Donc selon la définition du Larousse 2004, cette stratégie est censée lui assurer « un bénéfice certain ». Il parle d’un « Quitus populaire. Le vote des militants l’atteste. Frêche est majoritairement l’homme de la situation. » Avant de faire mine de s’interroger en conclusion : « La question du leadership de Frêche est-elle vraiment à l’ordre du jour ? » En revanche, François Martin ne dit pas un mot sur le fait que ni le PC, ni le PG, ni les Verts, ni le NPA ne veulent d’alliance au premier tour avec Georges Frêche. Or c’est bien la question qui est au cœur des débats depuis plusieurs mois et qui est rappelée par Christophe Borgel. S’il y en avait encore pour s’interroger sur les penchants économico-frêchistes du quotidien régional, les voilà éclairés.
« C’est quand même dingue cette histoire »
Du côté du camps Frêche, on est évidemment furieux des déclarations d’Alliès. À l’image de Fabrice Verdier, premier fédéral socialiste gardois : « Même si Aubry a missionné notre camarade héraultais, cette mission, pour être vraiment opérationnelle, doit être entérinée. C’est quand même dingue cette histoire. Si chacun interprète des propos ou des situations et part faire son cirque de son côté, où va-t-on ? » (Midi Libre, 27/11) Ou de Didier Codorniou, « stupéfait » par les déclarations de Paul Alliès qui « entend vouloir passer outre le vote des militants socialistes » (AFP, 26/11) (1). Le 1er octobre, le maire de Gruissan a été élu à plus de 65 %, « premier des socialistes » pour les régionales de 2010. Pour Jacques Bascou, le député-maire de Narbonne, membre du bureau national du PS et frêchiste : « Une prétendue liste alternative aurait dû être présentée aux conseils fédéraux, ce qui n’a pas été le cas. On ne change pas la donne comme ça du jour au lendemain, sauf à vouloir semer la confusion chez nos militants et le trouble dans l’électorat. » (Midi Libre, 27/11) Quant à Georges Frêche, il n’a pas dit un mot sur le sujet, hier soir en conseil d’agglo qu’il a expédié en 1h20.
La déclaration de Paul Alliès pourrait aussi avoir des conséquences sur les discussions en cours entre le Front de gauche (PC, PG), le NPA, la Fédération, les Alternatifs, le M’PEP et les objecteurs de croissance. Ces acteurs semblaient proche d’un accord à l’issue de la réunion de mercredi pour une liste d’union au premier tour. Dans un article publié sur le site du NPA Languedoc-Roussillon, David Hermet évoquait un « désaccord national » entre le NPA, le PC et le PG mais aussi une « spécificité languedocienne » du fait de la présence de Georges Frêche avec qui le PC et le PG excluaient une alliance au premier tour. Sauf qu’avec une liste PS sans le président sortant, la « spécificité languedocienne » pourrait disparaître, par exemple, si le PC partait avec le PS au premier tour. Et un autre article, signé « Antoine », montre bien que les militants du NPA veulent rester « très attentifs » à l’objectif de Paul Alliès d’une alliance avec les Verts et les communistes (France 3, 26/11) confirmé par André Vezinhet : « Il est indispensable qu’une union se dessine dès le premier tour. » (Midi Libre, 27/11)
« Vote des communistes »
Du côté du PC, Jean-Louis Bousquet, secrétaire de l’Hérault, rappelle, à Montpellier journal, la stratégie de son parti : « Une volonté à partir du socle constitué politiquement aux européennes, d’élargir le Front de gauche sur la base de contenus. [...] Il n’y a pas de limite à gauche si ce n’est des limites de contenu. Par contre, il y a eu un vote des communistes qui à 93 %, non seulement ont approuvé la démarche du Front de gauche mais en creux – puisque l’autre bulletin c’était l’alliance avec le PS au premier tour – ont dit qu’ils ne voulaient pas d’alliance avec le Parti socialiste dès le premier tour. Je suis respectueux du vote des militants. » Donc par rapport à ce vote, le PC ne peut pas élargir le Front de gauche jusqu’au PS au premier tour. « Non, confirme Jean-Louis Bousquet. Ou alors il faudrait un autre vote. » Est-ce envisageable ? « Ce n’est pas à l’ordre du jour. On se réunira dans la semaine qui va suivre. On va discuter de tout cela. »
Quant à Europe écologie, il semble vouloir rester sur une liste autonome au 1er tour avec rassemblement au second tour comme l’a expliqué Jean-Louis Roumégas (France 3, 26/11) : « A priori aujourd’hui nous avons la même stratégie partout dans les régions : une liste Europe écologie au premier tour et un rassemblement de la gauche et des écologistes au second tour. C’est ça la stratégie nationale. Si le Parti socialiste rétablit les choses dans la région, on se retrouvera dans cette situation normale. » Effectivement, dans la situation actuelle, on voit mal quel pourrait être l’intérêt d’Europe écologie de faire une liste avec le PS au premier tour. Sauf celle d’obtenir la tête de liste qu’ils auraient de toute façon de fortes chances d’obtenir au second tour dans le cadre d’une triangulaire (Frêche, Roumégas, Couderc) ou quadrangulaire (Frêche, Roumégas, Couderc, Jamet). Sauf, bien sûr, si une alliance Front de gauche/NPA arrivait devant Europe écologie le soir du premier tour. Il reste 11 semaines aux forces en présence pour caler tout ça puisque la date limite de dépôt des listes est fixée au 15 février.
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