À une semaine de l’élection du « premier des socialistes », le parti anticapitaliste a détaillé, cet après-midi sa stratégie pour les élections régionales. Et pour celui-ci, comme pour les Verts, le président sortant représente, une exception à la stratégie nationale. Une conférence de presse qui a été aussi l’occasion d’évoquer le positionnement du PS, celui du PC ou l’écologie.
Au premier tour des régionales, le parti anticapitaliste appelle à un rassemblement des forces « de la gauche de la gauche » c’est-à-dire PC, PG, LO et Fédération. Et refuse toute idée d’alliance avec la « gauche institutionnelle » à savoir le PS et les Verts. Si le rassemblement n’est pas possible, le NPA présentera une liste autonome au premier tour.
« Frêche aime brosser dans le sens du poil
l’électorat du Front national »
Au deuxième tour, comme souvent, l’exception Frêche intervient. David Hermet rappelle les déclarations du président de région sur les propos de Brice Hortefeux et explique : « Savoir si Frêche est raciste ou pas m’intéresse peu mais ce qui est clair c’est qu’il joue avec ce sentiment-là, qu’il s’en amuse, qu’il aime brosser, dans le sens du poil, l’électorat qui votait Front national dans cette région (1), relativement important à une certaine époque. Il est tout à fait indigne que la gauche au sens large soit représentée dans cette région par quelqu’un qui joue à cela. [...] La candidature d’Éric Andrieu ne nous laisse pas indifférents. Pour nous, il y a quand même quelque chose qui se passe. [...] Si ça devait être Frêche qui représente le parti socialiste et ses alliés au second tour des élections, on ne pense pas que ça puisse être un rempart contre la droite c’est à dire qu’on ne donnerait pas de consigne de vote. Si c’est quelqu’un qui représente un parti socialiste un petit peu plus classique comme Éric Andrieu qui ne s’est pas démarqué par des déclarations de ce type [...] ce sera plus facile pour nous d’appeler à voter pour eux face à Couderc. » Autre possibilité, si la liste du NPA dépasse 5 %, une fusion technique avec une liste de gauche comme ça s’est fait pour les municipales à Montpellier avec les Verts. L’objectif étant, pour le NPA, d’avoir des représentants élus au sein des exécutifs, à défaut de système proportionnel pour lequel il milite.
Écouter l’intégralité de la déclaration :
Sur le fond, David Hermet n’est pas pour autant tendre avec le PS : « Aucun de ceux qui soutiennent la candidature Andrieu au sein du Parti socialiste, ne s’est démarqué par la politique concrète qu’il a mené. Que ce soit Vezinhet au conseil général ou Hélène Mandroux à la mairie de Montpellier, nous restons opposés à une politique qui, pour nous, est une politique d’accompagnement du libéralisme. C’est-à-dire qu’ils ne font rien pour faire en sorte que le poids institutionnel serve de digue contre l’offensive de la droite. [...] Donc, pour nous, le cas Frêche n’invalide en rien l’idée qu’il doit y avoir une liste de la gauche de la gauche, celle qui est antilibérale et anticapitaliste. »
« Les Verts adhèrent à l’économie de marché »
Pas de tendresse non plus avec les écologistes. David Hermet : « Avec les Verts, on n’a pas le même fond. Surtout depuis Europe écologie, les Verts sont un parti qui adhère à l’économie de marché et qui, sur plein de sujets, ne se distingue pas du PS. » Robert Martin complète : « Pour nous, l’écologie ce n’est pas peindre en vert des mesures de type taxe carbone et être d’accord avec Sarkozy et participer à des accords de Grenelle bidons. Être écologiste, c’est d’abord être anticapitaliste. [...] C’est de système économique et politique dont il faut changer. Ce ne sont pas des mesurettes, de l’aménagement, de la moralisation. C’est d’avoir une rupture nette et claire avec des types de comportement économiques productivistes, des types de consommation, la pensée unique, la surconsommation. On est rouges, on n’est pas verts mais on est peut-être plus écologistes que les autres. »
Sur la stratégie d’accords, jusqu’à aujourd’hui, du PC avec le PS, même si les intervenants souhaitent que les journalistes demandent aux communistes, Sophie Biétrix analyse : « Ils espèrent tirer le PS vers la gauche mais vu leur bilan on pense qu’ils ont raté. C’est plutôt eux qui sont tirés vers la droite puisque le PS est en train de se diriger vers le Modem. » Alors le PC sacrifierait-il ses idéaux à la préservation des mandats qu’il détient ? « Sauver des élus est important pour le PCF, répond David Hermet. Et ça, on peut le comprendre. On comprend très bien que 185 conseillers régionaux, ça pèse dans les choix. Ce n’est pas choquant du tout. Après, il y a un débat sur avoir des élus, pour quoi faire, à quel prix, etc. » Avant de préciser que lors des luttes et des manifestations, que le NPA se retrouve avec les partis de « la gauche de la gauche » dont le PC. Robert Martin cite un éditorial de Denis Sieffert de Politis (17/09) : « Le choix cornélien qui s’offre au Parti communiste : un calcul électoral à la petite semaine ou l’Histoire. » Et le militant NPA de compléter : « On a vraiment l’impression qu’il y a plusieurs Partis communistes : un Parti communiste d’élus et un Parti communiste des militants. »
« Une urbanisation sans contrôle »
Toujours sur le fond, David Hermet donne quelques exemples de mesures à mettre en oeuvre en Languedoc-Roussillon. D’abord dans le domaine de l’environnement, très présent lors de cette conférence de presse : mettre un frein à « une urbanisation sans contrôle où on a l’impression qu’on vend aux promoteurs immobiliers le patrimoine naturel de notre région », lutter contre le doublement de l’A9 et « à l’heure du réchauffement climatique » mener une « bataille pour le ferroutage », les transports en commun gratuits. Et dans le domaine économique et social : « On ne peut pas s’indigner de certains licenciements sans rien faire avec les leviers institutionnels qu’on peut avoir. Par exemple lorsqu’il y a eu le cas Dell [...] nous avons été choqués que rien ne soit fait de la part des partis de gauche pour tenter d’interpeller Dell qui avait touché beaucoup de subventions au moment de son installation et qui décide ensuite de licencier. [...] Rien n’empêche de voter des motions, de faire des déclarations, de faire payer à Dell le fait qu’elle licencie. Ce sont des entreprises qui sont attachées à la publicité et à leur image de marque, des institutions comme la région, la mairie, le conseil général – il l’a fait un peu mais pas trop – pourraient intervenir sur ces sujets et exiger le remboursement des subventions. » Il y a aussi bien sûr, la bataille contre l’implantation d’Agrexco sur le port de Sète.
Sujet plus national : la lutte contre le changement de statut de la Poste. Le NPA se félicite de la mobilisation de certains élus socialistes, notamment audois souligne David Hermet, pour l’organisation de la « votation citoyenne » du 3 octobre. Mais le militant rappelle, quand on l’interroge sur une éventuelle responsabilité du PS sur la privatisation de La Poste, que c’est un long processus qui a commencé par la scission des PTT alors que Paul Quilès était ministre (socialiste, donc). Et aussi qu’ »on n’a jamais autant privatisé sous la gauche plurielle ». Mais « ils peuvent changer d’avis ».
►Lire aussi : Présidence de l’agglo : le NPA soutiendra Mandroux
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(1) Ce point de vue était aussi exprimé, hier (23/09), dans L’Humanité. Lire Frêche joue sur la corde colonialiste.


10 commentaire(s)
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à 19 h 38 min
Je me dois de rappeler qu’à l’heure des municipales (notamment au second tour), F. Viguié (NPA) n’a pas soulevé d’objection à faire alliance avec les verts!
La politique est décidément très compliquée à ce qu’il semble
à 19 h 41 min
J’ai l’impression que certaines personnes confondent anticapitalisme et économie de marché. (EE est, du moins il me semble, anticapitaliste)
Je ne parle même pas de l’antiproductivisme cher aux verts (et à EE)
à 21 h 35 min
@Seb : voir la fin du 2e paragraphe. Le NPA envisage la même chose que pour les municipales. Rien de plus, si j’ai bien compris.
à 12 h 20 min
hem, les Verts anticapitalistes ?
Le capitalisme, c’est la possibilité pour les détenteur-rices de moyens de production (ou de services) de faire travailler du personnel pour leur enrichissement personnel. Être anticapitaliste, c’est, entre autres, refuser le salariat dans son existence même, cad la relation de domination économique et décisionnelle exercée par le/la patron-e sur le/la salarié-e.
Hihi, c’est la position des Verts, ça
à 12 h 22 min
Je cite du David Hermet : « Et ça, on peut le comprendre. On comprend très bien que 185 conseillers régionaux, ça pèse dans les choix »
) pour avoir des postes de conseillers. Ça pèse dans les choix.
Ils comprennent tellement bine au NPA, qu’ils font des accords « techniques » (ça change tput
à 13 h 24 min
À BG, lorsque l’on cite, on va jusqu’au bout de la phrase. Comprendre que le PC veuille sauver des élus, oui, mais la vraie question que l’on pose est « des élus pour quoi faire et à quel prix ! « . Le NPA ne veut pas d’élus si le pris à payer est « renoncer à notre indépendance et à notre liberté de vote », en clair, on ne veut pas être obligé de voter contre nos convictions.
Une fusion « technique » garantit cette liberté de vote. L’accord avec les Verts aux municipales à Mtp est « technique » F. Viguié a gardé sa liberté de vote, les Verts aussi, et ils ne votent pas les mêmes choses.
La « fusion technique » entre les deux tours, que l’on envisage avec une autre liste de gauche, est un moyen de contourner l’absence de réelle proportionnelle. C’est tout.
à 13 h 37 min
@Seb : Non Europe écologie ne se dit pas anticapitaliste. Tout au plus antiproductiviste. Ou alors, j’ai loupé quelque chose.
à 13 h 42 min
Ok, j’ai sauté sur l’occasion et ai manqué de rigueur dans la citation. Ça n’empêche pas que le NPA n’a toujours pas montré à quoi servait son poste de conseiller municipal. Je lis les CR de Francis V., qui donne VOTRE avis lors des conseils municipaux, mais on ne voit pas l’intérêt de l’énergie dépensée par votre parti, au détriment de certaines luttes, celle des sans-papiers en particulier. Ca change quoi pour la ville ?
Ma réflexion n’est pas une attaque personnelle envers des militant-es que je considère et respecte mais résulte de mon refus de la délégation (pendant 5 ans vous ne demandez nullement aux x% qui ont voté pour vous leur avis).
Enfin, « technique » ou pas, une alliance avec Roumégas est pour le moins étrange, vous en conviendrez, au vu de son passif à la mairie. Lui aussi avait besoin de vous, vous l’avez aidé donc (principe de réciprocité). C’est un choix, mais ne dites pas que ça n’est pas une alliance politique, car vous ne l’auriez pas fait avec le FN par ex.
à 14 h 15 min
La liberté de vote!!!Andrieu s’exprimant sur Fr3 sud « la voix est libre » a déclaré concernant Agrexco qu’il avait pour avec le groupe mais que personnellement il ni était pas favorable.
à 17 h 33 min
@Benoit G. Il semble souvent que seul objectif politique réel du NPA soit de reduire l’influence du PCF… mais c’est juste une impression !
L’avenir de la region passe par une réelle unité de la gauche de la cauche, l’electrice que je suis attends ça, et commence à être fatiguée par des phrases toutes aussi assassines que steriles dont a le secret le NPA.