Deuxième partie de la conférence de Pierre Rabhi au Corum de Montpellier : l’agriculture industrielle, sa ferme du sud de l’Ardèche, les expérimentations, l’autosuffisance alimentaire, les OGM, les utopies, La première partie, “Nous sommes au bord du précipice et nous allons faire un pas en avant”, était consacrée à l’état de la planète : surconsommation, prédation humaine, épuisement des ressources, relations Nord/Sud, transports, « divinisation du travail », etc.
« La terre mère, celle qui nous nourrit – ce n’est pas un euphémisme c’est une réalité – a subi aussi les assauts de la modernité. L’esprit industriel a été transposé vers la terre. C’est-à-dire qu’on a supprimé les paysans. Paysan dans le sens de celui qui tient le pays et qui est tenu par lui. »
Écouter le son (1’55) :
« On va chercher des pesticides
sans se poser la question de ce qui est à l’origine de la pathologie »
« Le phosphore et les nitrates n’étaient pas du tout destinés, au départ – ça a une grande symbolique – à l’agriculture mais aux armements. [...] Quand une plante pousse dans des conditions naturelles [...] spontanément fait son propre menu en prélevant les substances qui lui sont nécessaires. Même en faisant l’effort de les solubiliser. Quand vous amenez de l’engrais chimique, la plante se gorge de ces substances et est appauvrie en micro éléments qui sont indispensables à son équilibre. Et elle est malade. Et à ce niveau là, on va chercher des pesticides sans se poser la question de ce qui est à l’origine de la pathologie. »
Écouter le son (4’30) :
L’humus, un élément fondamental
« La terre nourricière représente à peu près 20 à 25 cm répartis sur 10 % des continents émergés – je veux parler de la terre cultivable – donc il n’y en a pas beaucoup. Et on est en train de l’éliminer à grande vitesse. Dans ces 20 cm, il y a un élément clé, celui qui amène l’équilibre général et qui est issu d’une transformation alchimique des matières mortes. C’est ce qui se passe dans la forêt naturellement. [...] Rudolph Steiner, qu’on le décrie ou qu’on l’admire, personne ne pourra jamais nier qu’il a eu une compréhension fondamentale de ce qu’est la vie d’un sol, la vie des plantes. »
Écouter le son (2’45) :
« Ce ne sont pas des théories générales
Nous l’avons appliqué sur notre petite ferme »
« Avec la matière organique, vous allez faire un concentré bactérique, de substances. Ces substances, quand je les ai expérimentées dans les sols sahéliens qui étaient ravagés par la sécheresse, ils ont produit des effets miraculeux. A tels points que les gens courraient de partout en disant : « Mais comment ? » Il y en avait qui disaient : « C’est pas vrai, ce n’est pas les mêmes semences que vous avez utilisées. » « Mais si, c’est exactement comme vous, seulement nous, on ne se contente pas de mettre des substances chimiques dans le sol – quitte à le tuer – on lui donne sa vitalité. On amène une matière noble hyperactive et qui va ensemencer le sol de ferments bactériens dont il a besoin ». Les sols sahéliens ont reçu des rayonnements solaires tellement violents qu’ils sont stérilisés sur 30-40-50 cm par la chaleur. Ils sont comme pasteurisés. Les bactéries ont disparu.
Que doit faire le bon agriculteur ? Il va amener ces bactéries comme le médecin vous dit de manger des yaourts, des levures, etc. quand vous avez été traité aux antibiotiques, c’est exactement la même chose. C’est-à-dire que l’humus apporte la vie. Et quand vous avez mis cet humus, on obtient des miracles. La vitalité des sols étant remise en route, nous devenons des guérisseurs, des médecins de la terre. Et ce que je vous dis là, ce ne sont pas des théories générales puisque nous l’avons appliqué sur notre petite ferme du sud de l’Ardèche. Nous vivons depuis 45 ans maintenant sur une petite ferme dont personne ne voulait parce qu’elle était rocailleuse. »
Écouter le son (2′) :
« Trouver un espace et un temps différent »
Comment, il y a 45 ans, le Crédit agricole n’a pas voulu prêter pour une ferme rocailleuse, sans électricité, avec de l’eau collectée.
« Quand nous avons voulu quitter la ville de Paris et que nous voulions reconquérir notre liberté à travers un retour à la terre, etc. les choix n’étaient pas simplement sur des critères agronomiques parce que je me fichais littéralement de faire de l’agronomie. Ce qui m’intéressait c’était de trouver un espace et un temps différent dans lequel je retrouve une liberté et dans lequel je suis proche de la nature et d’en faire profiter mes enfants. Michèle aussi, bien sûr. On était deux dans la même démarche. [...] Si on a le bonheur d’être là, on aura le courage d’affronter les questions matérielles. Et c’est ce qui s’est passé. [...] Maintenant c’est un oasis. Mais ça a demandé du temps. Ces choix-là nous ont amenés à transposer les choses en Afrique ou ailleurs. »
Écouter le son (4′) :
« L’Afrique est immensément riche »
« La graine est une puce dans laquelle il y a un programme. Dans un grain de blé, il y a la possibilité de nourrir l’Humanité toute entière. Il y a une puissance dans la démultiplication qui est extraordinaire. Alors on se demande pourquoi si, avec un seul grain de blé, on pourrait nourrir l’Humanité, pourquoi ne le fait-on pas ? Parce que ce n’est pas la nature qui est fautive… Quand on dit l’Afrique c’est pauvre. Non c’est riche, immensément riche. Ça représente 10 fois la superficie de l’Inde avec seulement 900 millions d’habitants. Et donc elle est sous-peuplée, quelque part. La puissance de la nature est là mais la façon dont l’homme la gère et en tire partie est erronée, égoïste, etc. Donc malgré les ressources considérables de la planète, on n’arrive pas à répondre à ce problème majeur et absolument urgent qui est de permettre à chaque être humain d’accéder à la nourriture, à l’eau potable, aux soins, à un toit. Il y a une énorme défaillance de l’ensemble de notre système. Et la terre est prête à produire »
Écouter le son (2′) :
Comment la graine se transforme en plante
« Je suis étonné de l’ignorance de beaucoup de gens, même des scientifiques en quantité, par rapport à la terre mère qui les nourrit. Ils ignorent en fait l’élément qui leur permet de survivre. C’est quand même grave. On est allé dans ce système de productivité et vers la perception industrielle de la terre. Ce qui fait que la nourriture aujourd’hui, c’est quelque chose qu’on peut produire en abondance avec les substances mais au détriment de la vitalité des sols, des nappes phréatiques, etc. Donc on est dans une agriculture qui ne peut produire sans détruire. »
Écouter le son (4′) :
« La nourriture aujourd’hui est dénaturée et, par ce fait, elle véhicule des nuisances. Lesquelles portent atteinte à la vitalité. On est dans le paradoxe suivant : la nourriture qui doit entretenir la santé est en train de la détruire. La nourriture véhicule tellement de nuisances que quand on s’invitera, il faudra désormais plutôt que de se souhaiter « bon appétit », se souhaiter « bonne chance ». »
Écouter le son (1’45) :
« Il y a une amplification du déficit alimentaire mondial »
« Il y a une famine universelle qui est en train de se préparer dont peu de gens sont conscients à côté de laquelle la crise financière va paraître une anecdote. [...] Il y a une amplification du déficit alimentaire mondial par le fait même que les sols sont de plus en plus détruits, soumis à des érosions de plus en plus violentes donc il sont dénudés. [...] Il ne faut pas se réjouir d’avoir de grosses pluies parce qu’elles emportent la terre. [...] En Beauce, ils ne peuvent plus laisser le chaume parce qu’il n’est plus dégradé et transformé par les micro-organismes qui devraient être présents mais il n’y en a plus. Ils sont obligés de récupérer les chaumes pour pouvoir recultiver. La terre est morte. Vous avez des phénomènes d’eutrophisation dans les rivières, au bord de mer par des nitrates qui contribuent à la prolifération d’algues. »
Écouter le son (2′) :
« On a beau être dans la ville, on a besoin de manger quand même »
« Ça a été prodigieux la quantité de semences que les êtres humains ont produites, qu’ils ont échangées. [...] Il y avait une forme de mutualisation de toutes ces potentialités alimentaires et qui se répartissaient sur la planète même si c’était en se faisant beaucoup de mal – c’était souvent à l’occasion d’expédition guerrière que les êtres humains ramenaient des semences, des boutures, etc. 60 % de ce potentiel a déjà disparu. [...] Il n’y a plus de paysans. Il y a de plus en plus d’exploitants agricoles, d’industriel de la terre mais où est le paysan ? Il y a une urbanisation énorme c’est-à-dire la concentration des gens dans les villes mais on a beau être dans la ville, on a besoin de manger quand même. Le déséquilibre est en train d’arriver entre des concentrations considérables de gens dans les villes et très peu de producteurs agricoles. Et les gens dans les villes il faut les nourrir mais ils ne participent pas à la production de leur nourriture d’où un énorme déficit qui est en train d’arriver. »
Écouter le son (2′) :
« Il faut dire OGMB, organisme génétiquement modifié ET breveté »
« Les OGM, grande imposture qui va accélérer le processus d’élimination des semences vivantes. On a déjà beaucoup fait pas hybridation. Il faut dire OGMB, organisme génétiquement modifié ET breveté. On avait oublié le brevetage. C’est lui qui donne le droit à la mainmise sur le vivant. Et c’est avec ça qu’on prétend sauver le Tiers-monde. On propose au Tiers-monde des semences non productives, qu’il est obligé d’acheter tous les ans. Or les gens du Tiers-monde n’ont pas d’argent. Récemment, il y a eu une initiative internationale pour venir au secours des urbains qui n’avaient pas accès à la nourriture en proposant de l’alimentation à très très très bas prix. Même à très bas prix, il y a des gens qui n’ont pas les moyens d’accéder à la nourriture. [...] Le stock mondial de l’alimentation, aujourd’hui, n’est plus constitué comme un stock de secours auquel on a recours quand il y a pénurie quelque part ou déficit de production, on est dans le flux tendu c’est-à-dire qu’on ne veut plus stocker parce que le stockage coûte cher. Après on fait des représentations pour savoir quels sont les pays solvables. Et ceux qui ne pourront pas acheter, tant pis pour eux. »
Écouter le son (2’10) :
« Mon pays d’origine, l’Algérie a une politique complètement stupide : ils importent plus de 80 % de leur nourriture en ayant des sols parfois magnifiques. Ils comptent sur quoi ? Sur les pétrodollars. Ils ont du gaz, du pétrole donc ils se disent : « Ben nous on a la sécurité, on achète sur le marché. » Seulement vous avez beau avoir des dollars, s’il n’y a rien à vendre sur le marché, eh bien vous n’avez plus qu’à manger vos pétrodollars. Il y a une politique ahurissante, stupide et complètement irresponsable de certains pays qui comptent sur l’argent pour s’alimenter au détriment de la mise en route de leurs potentialités alimentaires. »
Écouter le son (1′) :
« Ne doit voyager que ce qui est échangeable en terme de rareté »
« Vous avez un facteur aujourd’hui absolument imprévisible et personne ne peut dire ce qu’il va se passer même si on a déjà vu les effets négatifs, ce sont les changements climatiques. Au Maroc, l’excès d’eau a détruit les récoltes. D’un autre côté, c’est la sécheresse. Et rien n’est plus nuisible. On peut parfaitement imaginer la France avec, au sud, une sécheresse absolument sans précédent. [...] On ne sait absolument pas ce qui va se produire demain. Le parasitisme, personne ne peut savoir s’il va y avoir un parasitisme absolument inattendu. [...]
On gaspille de plus en plus d’énergie pour transporter la nourriture. [...] La nourriture ne doit pas voyager. Ne doit voyager que ce qui est échangeable en terme de rareté et non pas ce que l’on peut produire là où on est. Et chaque communauté humaine devrait relocaliser son économie et produire là où elle est. Sinon elle est dépendante du transport. Vous avez entendu parler de cette anecdote du camion de tomates qui quitte l’Espagne pour aller livrer la Hollande et de celui qui quitte l’Hollande pour aller livrer l’Espagne ? Ils se sont percutés dans la vallée du Rhône. [...] Ça met bien en évidence l’absurdité du système dans lequel nous sommes. Et nous allons vers des pénuries alimentaires graves si nous n’y prenons pas garde. Parce que tous ces producteurs de lait qui sont en difficulté, qui abandonnent la production, c’est autant de paysans qui abandonnent la production. [...] On réduit le nombre de producteurs parce que la loi du marché est toujours là. »
Écouter le son (2’40) :
« Tous les paramètres concernant une démarche globale écologique »
« C’est pour ça que nous ne nous contentons pas simplement d’une analyse générale. Nous créons une structure qui s’appelle Terre et humanisme qui est là pour former des paysans, des futurs agriculteurs, jardiniers, etc. En bio, avec le principe de l’agroécologie. Vous avez le monastère de Solan qui est un monastère de femmes orthodoxes qui ont repris un domaine de 60 ha qui est transformé magnifiquement en lieu de production et en écosite extraordinaire qui est maintenant devenu vraiment exemplaire. Vous avez Les Amanins dans la Drôme, un écosite où il y a de la production végétale, animale et une école primaire. Vous avez toutes les structures d’accueil architecturales s’inspirant de ce qui est écologique. Tout le lieu réunit toutes les alternatives possibles en matière d’énergie, d’éducation, d’agriculture. C’est un endroit destiné à accueillir jusqu’à 300 personnes pour créer un lieu d’induction. C’est-à-dire quand vous séjournez là, vous avez tous les paramètres concernant une démarche globale écologique. Vous avez ma propre fille qui a créé l’école Montessori, il y a déjà 12 ans et qui a créé maintenant le Hameau des buis. [...] Une vingtaine d’habitats tous écologiques et la performance poussée à l’extrême : ces habitats pratiquement n’auront pas besoin de chauffage. [...] Vous avez évidemment notre propre ferme et, dans les pays du Sud, nous multiplions aussi les lieux d’expérimentation partant sur l’idée qu’il faut anticiper sur ce qu’il sera nécessaire demain. »
Écouter le son (2’50) :
« Quel est celui qui peut dire à ses enfants :
Si tu travailles bien, tu as un diplôme et tu as un boulot ? »
« Nous insistons beaucoup sur l’éducation des enfants parce que ce seront les adultes de demain et il faut maintenant expérimenter quelle éducation qui soit vraiment conforme d’abord à l’épanouissement de l’enfant lui-même et dans le contexte réel d’une société en grande mutation. Aujourd’hui mes enfants sont grands mais je ne me vois pas leur dire – je ne l’ai d’ailleurs jamais fait : « Si tu travailles bien, tu as un diplôme et tu as un boulot. » Quel est celui qui peut dire ça à ses enfants ? Il n’y a aucune garantie sur rien. Donc on est dans un trouble absolument incroyable concernant l’avenir. »
Écouter le son (1′) :
« Du coup, ça interpelle notre intelligence réelle c’est-à-dire ne pas rester dans ces schémas dans lesquels nous sommes prisonniers. Ces schémas qui se poursuivent et qu’on est toujours en train d’appliquer parce que les politiques sont incapables de fonctionner autrement que dans un schéma conventionnel. Ils ont appris – ils sortent des grandes écoles, etc. – à gérer la prospérité. Quant à gérer la précarité, c’est difficile. Aujourd’hui et demain, il faudra bien se préparer à dire que demain ne sera pas le chacun pour soit Pendant les 30 glorieuses, on percevait son salaire, ma voiture, ma résidence mais aujourd’hui la France, comme beaucoup de pays dans le monde, les Etats-unis,… rentrent en précarité. Imaginez en France, par exemple : pas de RMI, pas d’emplois aidés, pas de stages qui mènent à rien, etc. Imaginez aussi tout le secourisme social : ATD quart-monde, restos du coeur, Emmaüs, secours catholique, secours protestant, etc. La liste est longue du secourisme social qui en fait masque la réalité d’une société qui est en précarité. »
Écouter le son (2’10) :
« Que voulez-vous qu’un énarque puisse imaginer ? »
« Peut-on imaginer que demain il y va y avoir une prospérité permettant de répondre à tous ces besoins ? Non. Donc imaginer le futur. Beaucoup de gens me demandent si je suis optimiste ou pessimiste. Je leur réponds que l’optimiste est un imbécile heureux et le pessimiste est un imbécile triste. Je suis ni optimiste ni pessimiste. Il y a une réalité qu’il faut analyser froidement : sur la planète l’état des lieux n’est quand même pas brillant. L’humanité continue à transgresser, le politique continue à s’acharner à faire vivre ce modèle. L’acharnement thérapeutique, le prétexte c’est de prolonger la vie. En fait, on est en train de prolonger l’agonie pas la vie. Pourquoi ? Parce qu’on ne réfléchit pas à un avenir basé sur des schémas différents.
Et le politique ne peut pas imaginer d’autres schémas. Que voulez-vous qu’un énarque – je suis très respectueux des individus – puisse imaginer ? Il ne peut rien imaginer. Il imagine dans un système qui est prédéterminé dans lequel il a une fonction précise. Mais sortir du schéma pour imaginer c’est-à-dire pour se projeter à travers ce qu’on appelle les utopies. Les utopies on croit que c’est la chimère. Ça n’a rien à voir avec la chimère. Heureusement qu’il y a des utopistes parce que c’est eux qui font avancer l’Histoire et le Monde. Et certainement pas les gens qui restent bien sage dans les schémas. [...] Les utopistes aujourd’hui ont l’intuition de quelle direction il faut prendre et après on vérifie. Très souvent, les utopies d’aujourd’hui sont les solutions de demain. [...] La société civile est une espèce de vaste laboratoire dans lequel s’élaborent des solutions. Encore faut-il que le politique soutienne et aide mais son rôle n’est pas d’aller dans le sens des aspirations de la société civile. Mais lui, son rôle est de maintenir un modèle, envers et contre tout quelles que soient les conséquences. [...] Alors on me dit : « Il va arriver ceci, il va arriver cela. » Déjà, de fait, l’apocalypse, pour certains, n’est pas pour demain elle est déjà là aujourd’hui. Quand je vais dans le Tiers monde et que je vois des parents incapables de poser un peu de nourriture devant leurs enfants, ils sont déjà dans la détresse. »
Écouter le son (4’20) :
« J’ai le droit d’être heureux sur cette planète«
« Les utopies et le laboratoire social ne suffiront pas à changer la société. Je dis souvent : « Vous pouvez manger bio, recycler votre eau, vous chauffer au solaire et exploiter votre prochain, ce n’est pas incompatible. » [...] La société ne pourra changer qu’à partir du moment où il y a un changement de paradigme dont j’ai parlé pendant ma campagne électorale, qui met l’humain et la nature au cœur de notre préoccupation mais un humain qui va revoir son mode d’existence. Non pas sur le patron de la création parce qu’il y a un déséquilibre dans notre existence : c’est la subordination universelle du féminin. [...] Il faut envisager le futur sur la sobriété heureuse c’est-à-dire la sobriété en tant que fonction sociale qui va permettre d’épargner cette boulimie qui détruit le monde pour instaurer de l’équité et de la joie.
Le problème c’est que nous sommes dans la surabondance et pas si joyeux que ça. Il y a comme un malaise dans les pays dit « prospères ». C’est là qu’on trouve le plus de gens qui sont obligés de prendre des drogues pour dormir, des tranquillisants voire le suicide, etc. Ça fait mal au cœur de voir que l’humain est atteint malgré la surabondance qui devient contraire au bonheur. Pourquoi ? Parce que le bonheur, ça ne s’achète pas. On peut tout acheter sauf la joie d’exister. Et la joie d’exister, vous la trouvez où ? Chez les gens qui sont dans la précarité mais pas dans les sociétés prospères. Tout ça nous pousse à nous poser la question de ce que nous voulons faire de la vie de façon à ne pas nous demander s’il existe une vie avant la mort. [...] Aujourd’hui, beaucoup de gens, même ceux qui ont réussi socialement, se disent qu’ils ont échoué humainement. Je rencontre de plus en plus de jeunes de grandes écoles qui disent : « Moi je n’ai pas seulement envie de réussir une carrière, j’ai envie de réussir ma vie. Et même si je gagne moins d’argent, je m’en fous. Je veux que ma vie ait du sens. » Et là, ça donne de l’espoir, cette jeunesse qui remet en question le modèle simplement économique pour dire : « Il faut du sens à la vie, il faut un bonheur et j’ai le droit d’être heureux sur cette planète. » Tout ça présage de quelque chose qui va se modifier. »
Écouter le son (3’45) :
« A quoi sert l’être humain ? Si nous prenons objectivement notre avènement, nous sommes une catastrophe écologique majeure. Sommes-nous nés pour consommer et détruire ou sommes-nous nés pour autre chose ? Je rapproche ça d’une anecdote réelle [En allant couper du bois avec un voisin] [...] Le rôle de l’être humain c’est d’aimer, de prendre soin de la vie, de la terre. C’est ça son rôle et là, il est religieux au sens profond du terme. »
Écouter le son (4′) :
Écouter le son intégral (52’30) :
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- “Nous sommes au bord du précipice et nous allons faire un pas en avant” (première partie de la conférence)
- Le site de l’association Terre et humanisme
- Une interview vidéo de Pierre Rabhi présentant les utopies du Hameau des buis et de la Ferme des enfants où il explique pourquoi, selon lui, il faut une autre éducation pour les enfants
Vous pouvez soutenir Montpellier journal et…


5 commentaire(s)
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à 7 h 56 min
Merci beaucoup… Je préfère nettement ce genre d’article (même s’il s’agit d’une transcription) à ceux sur les guerres intestines entre mandroux et F… et surtout à leur commentaires souvent agressifs et finalement toujours en boucle !
Bonne reprise et encore un grand merci pour ce travail d’INFORMATION.
à 8 h 27 min
La lutte pour le pouvoir dans la région n’est pas sans importance compte tenu des budgets, totalisant plusieurs milliards d’euros, que gèrent les collectivités (mairie, agglo, département, région). Et localement, ce sont elles, notamment, qui peuvent s’attaquer aux problèmes évoqués par Pierre Rabhi.
à 16 h 34 min
Merci pour cette transcription. Super initiative!
à 5 h 40 min
Très intéressante cette retranscription. Merci JOT.
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