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Veolia : la majorité municipale se moque-t-elle des citoyens ?

Cet après-midi, devrait être annoncé le nom du cabinet choisi pour analyser la gestion de l’eau à Montpellier. La mairie a rédigé son propre cahier des charges d’étude qui fait douter d’une réelle volonté politique de demander des comptes à la multinationale. Les Verts avaient pourtant fourni, clé en main, un document très détaillé que la mission d’évaluation a refusé d’utiliser. Montpellier journal a demandé leur avis à deux experts. Et ils ne sont pas tendres.

Serge Fleurence en discussion avec Marc Dufour (Modem) avant le conseil municipal du 22 juin (photo : Xavier Malafosse)Mais pourquoi donc la majorité municipale lance-t-elle un audit de la gestion de l’eau de la ville par Veolia (ex CGE) ? À part la demande du groupe Verts-NPA-CUAL de mettre en place une mission d’information et d’évaluation, on ne voit pas trop. Car, pour Serge Fleurence, tout va pour le mieux. Dans un courrier non daté mais adressé fin mai aux élus du conseil municipal, le premier adjoint répond aux questions posées 5 mois plus tôt par Nathalie Medeiros (Verts). Il écrit notamment : « Le service public [de l'eau] et le délégataire qui en a la charge sont bien contrôlés par la municipalité. [...] Le service a en effet gagné en performance. [...] La politique de l’eau à Montpellier sur ces 30 dernières années a été professionnelle, transparente et visionnaire. [...] Aujourd’hui, les résultats de cette politique exemplaire sont là. [...] Ce service [de distribution et d'assainissement] a été parfaitement exécuté ces dernières années au plus grand bénéfice des Montpelliérains. »

« Refus de rendre transparente la gestion de l’eau »
Mais cette quasi-perfection n’empêche pas la majorité PS-Modem-PC d’être magnanime. Vous voulez une mission ? Vous l’aurez. Vous voulez que tous les groupes politiques soient représentés ? Ils le seront. Vous voulez un audit extérieur ? Vous l’aurez – après quelques hésitations, tout de même. Mais ça ne suffit pas à Nathalie Medeiros, conseillère municipale (Verts) qui dénonce, en conseil municipal du 22 juin, un « refus de rendre transparente, une bonne fois pour toute, la gestion de l’eau à Montpellier ». Réponse du maire, Hélène Mandroux : « La mission que nous avons créée ensemble donnera de la clarté à tout ça et arrêtez de faire des insinuations qui ne sont pas acceptables. M. Fleurence s’est engagé dans la transparence et je crois qu’on peut faire confiance aussi aux audits. »

Faire confiance aux audits ? Là est toute la question. Le choix du cabinet extérieur devrait être annoncé cet après-midi lors de la troisième réunion de la mission d’information. Mais le cahier des charges de l’audit, lui, est connu et Montpellier journal s’est procuré une copie du document de travail très proche de la version finale (1). Il comporte un peu plus de 4 pages et ne satisfait pas du tout Nathalie Medeiros. Car son groupe (Verts-NPA-CUAL) avait fourni un cahier des charges très détaillé au maire par un courrier de Jean-Louis Roumegas, président du groupe, daté du 4 mars, soit 3 mois avant le lancement de l’appel d’offre. Ce document faisait lui aussi 4 pages rédigées par un expert habitué à ce type d’audit. Problème, la partie correspondante à ces 4 pages dans le document rédigé par les services de la mairie, occupe à peine une demi page. Et encore la comparaison est limitée. D’ailleurs, Nathalie Medeiros s’interroge : « Où est l’expertise financière ? »

« On ne veut pas trop regarder le financier »
Pour y voir un peu plus clair, Montpellier journal contacte l’expert qui a aidé les Verts. Celui-ci dit avoir repris un cahier des charges rédigé pour le compte de la ville de Toulouse où Veolia est aussi le délégataire. Et son jugement sur le document de la mairie est sans appel : « Je trouve ça tellement vague que ça peut être tout ou rien et je pense que c’est plutôt rien. [...] Quand je compare les deux, j’ai un sentiment un petit peu diffus que dans celui fait par la mairie, on ne veut pas trop regarder le financier. On ne pose pas les questions qui pourraient embarrasser. Si vous demandez à un auditeur de regarder sur le trottoir de droite, il ne regarde pas sur le trottoir de gauche. Sa mission est définie par le cahier des charges. [...] S’il y a un audit financier sérieux c’est-à-dire avec un contrôle sur place et sur pièce de la comptabilité du délégataire, on va vite identifier des marges de manœuvre. On ne ressent pas cette volonté dans le document de la mairie. »

On se dit que cet expert n’est peut-être pas complètement objectif car il peut être jugé comme trop proche des Verts. Montpellier journal contacte donc une autre personne habituée de ce genre d’étude et étrangère au bras de fer engagé au conseil municipal. Et, là aussi, le jugement est sévère : « Ce n’est pas ce qu’on a l’habitude de voir. [...] Pour une étude de cette envergure, c’est un peu léger. [...] C’est peut-être quelqu’un de la ville qui a rédigé ça mais il n’est pas au fait de la délégation. [...] On ne peut pas faire d’audit du délégataire avec ça. [...] S’ils veulent le faire, pourquoi ne pas le rédiger clairement ? [...] Moi, si je reçois ce cahier des charges, je propose le déroulé classique. » Alors incompétence des services de la mairie ? Dans ce cas, pourquoi ne pas avoir pris le cahier des charges proposé par les Verts ? Montpellier journal le soumet à notre deuxième expert. La réaction est rapide : « Là je retrouve mes mots clés. Et puis c’est fouillé. »

« Mais tout le monde a envie de savoir ! »
Toutes ces objections et en particulier celles de Nathalie Medeiros ne semblent pas perturber plus que ça Frédéric Tsitsonis. Interrogé par Montpellier journal sur les doutes de l’élue écologiste, l’adjoint (Modem) au maire et membre de la mission déclare : « Elle a l’impression que la majorité pense que ce n’est pas bien de faire cette mission mais tout le monde a envie de savoir ! [...] C’est à nous [les membres de la mission] d’encadrer et de guider selon les informations que l’on veut. [...] Les cabinets d’étude savent très bien ce qu’on leur demande. »

Autre questionnement sur le cahier des charges de la mairie : la moitié est consacrée à des demandes qui ne correspondent pas aux objectifs habituels d’une telle mission. On y trouve en effet une demande de comparatif du prix de l’eau avec des villes de taille comparable, une analyse des modes de gestion (régie ou affermage) et en particulier dans… le cadre de l’agglo. Pour notre premier expert, il s’agit de « noyer le poisson, on ne se centre pas sur l’analyse rétrospective ».

Pendant les vacances
Sans compter que l’étude va être réalisée pendant l’été. En temps normal, selon notre deuxième expert, il faut parfois « 3 à 4 semaines » pour obtenir les réponses aux questions posées à Veolia. Alors pendant les vacances… Mais des questions vont-elles être posées à Veolia ? On peut en douter si on lit le début du chapitre concernant « l’analyse rétrospective ». En effet pour répondre aux demandes de la mission, l’auditeur devra se baser sur des « réunions de travail avec les services de la ville et des documents fournis par la ville de Montpellier ». Et Veolia ? Disparu !

Toutes ces interrogations en amènent naturellement une autre exprimée par Nathalie Medeiros : « Je doute de la réelle volonté d’aller voir ce qui se passe. » Notre premier expert précise : « La méthodologie de Veolia est la même à Montpellier, à Toulouse, à Saint-Étienne, à Montbéliard. C’est une martingale donc à tous les coups ils gagnent. Donc croyez bien qu’ils n’essayent qu’une chose c’est de reproduire – bien sûr en s’adaptant parce que ce sont des gens un peu caméléons. En réalité, l’obstacle le plus dur à franchir, ce n’est pas le délégataire, c’est le personnel politique. La loi oblige le délégataire à la transparence. Si même le délégataire refusait de fournir certaines informations, ce serait une faute de nature à rompre le contrat. » Rendez-vous à la rentrée pour une analyse détaillée de l’étude. Reste un mince espoir : la possibilité pour la mission d’auditionner d’autres experts. Par exemple pour donner leur avis sur le résultat de l’étude.

► Lire aussi :

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Montpellier journal
?

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(1) Demandé à la mairie, il y a juste un mois, le cahier des charges ne nous est toujours pas parvenu. « Clarté » et « transparence », disait Hélène Mandroux, lundi.

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Publié dans Politique. Mots clés : , , , , , , .

4 commentaire(s)

Suivre les commentaires de cet article

  1. Grégory Dupont said
    on 26 juin 2009

    à 15 h 31 min

    Par exemple et non part exemple à la dernière ligne ;)

  2. Jacques-Olivier Teyssier said
    on 26 juin 2009

    à 15 h 36 min

    Merci, c’est corrigé. Pour éviter d’encombrer les commentaires avec les corrections – qui me sont fort utiles – et surtout de me faire honte, je vous propose plutôt de me les faire parvenir par mail : mj@montpellierjournal.fr.

  3. Anonyme said
    on 5 juillet 2009

    à 1 h 00 min

    Le directeur de Véolia a donné une petite fête à Montpellier cette semaine, avec de nombreux invités.
    Mais qui? Y a-t-il eu un écho dans la presse?

  4. @Anonyme : pas que je sache mais si vous avez des infos, vous pouvez me les faire parvenir par mail, même anonymement : mj@montpellierjournal.fr