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Le Dimanche 17 mai 2009 à 23:51

Dell : oppositions sur les tactiques syndicales

La CGT et la CFTC divergent sur la conduite à suivre pour contraindre la direction de l’entreprise à limiter le nombre de suppression de postes et à consentir le meilleur accompagnement pour les salariés qui devraient être licenciés.

Banderolle devant le site de Dell à Montpellier lors de la manifestation du 24 avril 2009 (photo : Mj)« Comment le plan social de Dell a été accéléré grâce à son CE. » C’est le titre d’un communiqué de la CGT. Diffusé le 14 mai, il condamne l’attitude de la CFTC consistant à voter contre la première consultation sur « le plan de sauvegarde de l’emploi » (PSE, au titre du livre IV) lors de la réunion du comité d’entreprise le 13 mai. Cette condamnation de la CFTC peut paraître surprenante puisque celle-ci s’est officiellement opposée au plan social en votant contre. Sauf qu’il y a ici deux tactiques qui s’affrontent.

« Suivre la demande des salariés »
Celle de la CFTC qui a obtenu une très large majorité lors des dernières élections professionnelles chez Dell, a consisté à ne pas traîner sur la première phase de la consultation (livre IV) pour passer très vite à la deuxième (au titre du livre III) et entrer dans le vif du sujet : plan de reclassement, critères d’élaboration de l’ordre des licenciements, aides à la recherche d’emploi, à la formation, indemnités de licenciement. Pour Jean Ruiz, le secrétaire du CE, il s’agit de « suivre la demande des salariés qui souhaitent passer dans le livre III pour savoir ce que la direction est prête à accorder ». Notamment car certains des salariés dont la moyenne d’âge serait de 34 ans, veulent « profiter de ce PSE pour faire un tournant dans leur carrière » et d’autres qui ne devraient pas être impactés veulent en profiter pour quitter l’entreprise.

Pour la CGT, en revanche, « il aurait fallu, au contraire, comprendre la logique économique pour la contester et proposer des solutions alternatives ». Donc travailler sur la première phase, demander la nomination d’un expert technique, faire des propositions alternatives auxquelles la direction est tenue de répondre. Tout cela aurait permis d’obtenir des informations plus précises sur la justification du plan social mais aussi de gagner du temps. Donc, selon la CGT, la CFTC « a privé les salariés d’un précieux outil de négociation pour limiter la casse ». Le message envoyé à la direction étant : vous voulez boucler votre plan avant fin juillet ? Ok mais alors lâchez plus d’argent en mesures d’accompagnement et en particulier en indemnités de licenciement.

Jean Ruiz n’est pas inquiet car il dit encore disposer de « plein de cartouches qui peuvent faire plus mal que de ne pas fermer le livre IV ». Lesquelles ? Attaquer en « référé le contenu du livre III ». Même si le secrétaire ne veut « pas trop rentrer dans le détail ». Et ces « cartouches » laissent dubitatif le délégué syndical (DS) CGT qui ne croit pas en leur existence. Il attend d’ailleurs toujours que Jean Ruiz les lui explique en détail.

« Le téléphone sonne à Casablanca ! »
Même divergence sur les « 5 postes » que les représentants du personnel au CE auraient réussi à sauver.Le DS  n’en voit qu’un seul. Autre désaccord sur la pertinence de supprimer autant de postes (150 estimés). Jean Ruiz : « Même en ayant des très bons résultats, les ventes ont reculé notamment les six derniers mois suite à la crise et c’est aussi une des raisons qu’invoque la direction. Dans certains départements le téléphone ne sonne plus. » Cet argument fait sourire le DS CGT : « Il sonne à Casablanca (1) le téléphone ! On ne sait pas si ça ne sonne pas ou si ils ne routent plus d’appels ici. Quoique dans certains départements, ça peut être la réalité. Je ne dis pas non à tout le plan social mais peut-être une quinzaine de suppressions de postes suffirait mais pas 150. »

Quant à la mobilisation des salariés, elle paraît faible. Ce n’est pas l’avis de Jean Ruiz : « Si être mobilisé c’est mettre des grandes pancartes devant le bâtiment et brûler des pneus, non ils ne sont pas mobilisés. Si être mobilisé, ça veut dire être parfaitement informé et être acteur de ce qui se passe et, au travers des élus, faire passer des messages, ils sont complètement mobilisés et complètement mobilisables. » Le secrétaire du CE va même plus loin : « Le jour où on arrivera à un moment de rupture pendant les négociations, ils seront mobilisés – dans le sens médiatique. » Ça veut dire se mettre en grève ? « Oui. » Massivement ? « Oui. Il y a même des gens qui ne sont pas impactés qui m’ont dit : « Moi je suis prêt, s’il y a besoin, à manifester mon mécontentement en solidarité avec ceux qui sont impactés. »«  Le DS CGT, n’a pas la même vision. Il ne croit pas à une grève.

Reste à savoir qui représente le mieux l’état d’esprit de salariés diplômés (bac+2 et plus) qui travaillent dans le domaine commercial. Il y a bien sûr le résultat des élections avec la CFTC qui a raflé 30 postes sur 32. Le DS CGT émet des doutes sur l’indépendance réelle des salariés dans leur vote. Des messages de la direction auraient pu passer (2). Sans preuve, on s’en tient donc au résultat et aux réunions d’information des salariés organisées par la CFTC. Selon Jean Ruiz, il y aurait une centaine de personnes qui passeraient à ces réunions (sur environ 800 salariés sur le site). Le DS CGT affirme que ce serait plutôt de l’ordre de la vingtaine même s’il reconnaît ne pas avoir assisté à toutes. De son côté, la CGT prévoit d’en organiser une prochainement. Les salariés seront-ils sensibles au discours de la CGT ? Auront-ils le courage de s’y montrer alors que la direction de Dell a photographié les quelques salariés qui manifestaient le 29 avril ?

►Lire aussi :

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(1) Dell a délocalisé certaines de ses activités au Maroc.
(2) Sollicitée pour une demande d’entretien, Sandra de Pauliny, la directrice des ressources humaines n’a pas donné suite.

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