Comment gérer quelqu’un qui veut « foutre le bordel » dans une réunion publique ?
C’était hier à Plan Cabane le « Printemps de la démocratie ». Une opération lancée par la mairie, qui s’étale sur 3 mois et qui vise à « mettre à l’honneur la démocratie participative ». Vu les moyens engagés et le nombre d’élus présents hier – une quinzaine – c’est une manifestation qui semble compter pour la mairie. Une réunion publique est prévue à 18h30 sous une tente montée au milieu de la place. Juste avant, l’association « Lâche les mots » propose un podium de Slam. Une cinquantaine de personnes est rassemblée devant. Des jeunes, dont la pensée est plutôt de tendance anarchiste, saisissent l’opportunité pour dire tout le mal qu’ils pensent de la politique menée à Montpellier. L’animatrice de « Lâche les mots » tente de faire comprendre au premier qu’il est question de poésie et pas de politique. Il a fini. Un deuxième réussit à prendre le relai. Ses propos sont plus radicaux et son ton plus agressif que ceux du premier. Il hurle au micro. Il n’est pas exclu qu’il soit sous l’emprise d’alcool ou de drogue même s’il ne titube pas et si ses propos ne sont pas incohérents. Malaise dans l’assistance. Tout à coup, les policiers municipaux et les vigiles font leur apparition. Des coups de fil ont été passés. Pour tenter de désamorcer l’incident, Patrick Vignal, adjoint au maire et organisateur du « Printemps », invite les badauds à rentrer à l’intérieur du chapiteau. Le jeune au ton agressif rentre aussi et s’assoit.
Épineuses questions
Comment les organisateurs vont-ils gérer les perturbateurs potentiels de cette belle opération de communication ? Vont-ils les laisser s’exprimer quitte à limiter leur temps de parole ? Et s’ils refusent de s’arrêter de parler voire de hurler ? Quelles conséquences sur l’aspect communication de la réunion et donc sur l’image des élus ? Epineuses questions. Et problème assez classique. Par exemple dans les assemblées générales d’universités où les étudiants parviennent à réguler les prises de parole dans des amphis de plus de 1000 personnes. Certes parfois au prix d’AG interminables. Mais sans recours aux forces de police.
Visiblement, à la mairie, on n’a pas cette maturité ni cette patience. « Il faut l’évacuer. » L’ordre tombe de la bouche de Christian Assaf, membre du cabinet d’Hélène Mandroux. Et alors que le jeune est assis sans parler, la police municipale l’interpelle en lui tordant le bras et le fait sortir du chapiteau. Interrogé aujourd’hui par Montpellier journal, Christian Assaf justifie sa décision d’avoir eu recours au service d’ordre (1) : « Il était en état d’ébriété (2), il fumait et je l’ai clairement entendu dire qu’il attendait que la réunion démarre pour foutre le bordel. En tant qu’organisateur de la manif, j’ai demandé à ce qu’on le sorte de la tente. Il n’était manifestement pas là pour que la manifestation se passe normalement c’est-à-dire pour prendre la parole tout simplement. » Cette volonté exprimée, avant de rentrer, de « foutre le bordel » a été confirmée par un autre témoin. La démocratie participative aurait sans doute voulu qu’on laisse les participants à la réunion gérer cette question. On ne saura pas quel aurait été le résultat puisqu’elle a finalement été gérée par le pouvoir politique. Au cas où nous aurions oublié que nous étions encore en démocratie représentative. Fin de l’épisode politique.
Lire l’épisode policier : Comment j’ai frôlé garde à vue
► Et si vous souteniez, même modestement,
Montpellier journal ?
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(1) En fait, c’est la police municipale qui est intervenue. Lire : Comment j’ai frôlé garde à vue
(2) Résultat du test d’alcoolémie réalisé par la police : 1,02 g/l. A notre connaissance, pas de test de toxicomanie réalisé.


5 commentaire(s)
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à 17 h 20 min
Bravo le chargé de mission qui est censé faire du lien entre les élus et la population ça commence bien
à 19 h 07 min
Belle illustration de la différence entre démocratie participative et démocratie représentative !
Questions : le type en question était-il à ce point dangereux qu’on ne pouvait lui demander poliment de sortir ? a preemptive action, c’est comme ça que disait Bush, non ? et la clé de bras pour maîtriser un bonhomme assis et silencieux, c’est la démocratie policière ?
à 7 h 24 min
De quoi on parle ? Réduire lune réunion de concertation à l’éviction d’un poivrot, c’est plus que de la mauvaise foi… Pour savoir si la mairie veut faire de la démocratie participative, il serait plus judicieux de savoir ce qui s’est dit au cours de la réunion et quel intérêt on a accordé au public… C’est d’autant plus intéressant que l’on ne peut pas dire que l’ancien maire avait cette culture de la démocratie participative chevillée au corps…
à 8 h 50 min
@Olivier34 : patience. Je n’ai pas pour habitude de faire des articles sur des sujets aussi complexes que la démocratie participative après seulement une réunion. Je n’avais d’ailleurs pas prévu d’en faire. Il s’agissait, avec cet article, de contextualiser l’autre article sur les dérives de la police municipale. C’est pourquoi celui-ci n’apparaît qu’en brève.
Et puis, si j’avais fait un article sur ce qui s’est passé sous la tente – même si j’en ai manqué une partie et que j’ai quand même mis un peu de temps à reprendre mes esprits du fait de mon interpellation – il n’aurait pas été très positif.
Donc rendez-vous sans doute dans quelques semaines.
à 12 h 27 min
Pour avoir assisté en partie aux débats, j’ai eu l’étrange impression de me retrouver dans un spectacle de Franck Lepage quand il résume le déroulement d’un colloque.
Le spectacle en question étant copyleft, je ne me refuse donc pas de déposer le lien aux éventuels amateurs.
http://www.les-renseignements-genereux.org/videos/8285