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Le Jeudi 12 mars 2009 à 11:56

La région lutte-t-elle vraiment contre le racisme ?

Créée en novembre 2006 suite à l’affaire des « Blacks », la « délégation contre les discriminations raciales » a été présentée comme une concession accordée aux élus communistes qui voulaient quitter la majorité. Deux ans plus tard, le bilan de cette délégation s’avère quasiment inexistant.

Certains ne s’en souviennent peut-être pas, mais au moment où éclata l’affaire des « Blacks » dans l’équipe de France de foot, en novembre 2006, Jean-Claude Gayssot, le chef de file des élus communistes à la région, et auteur en 1990 d’une loi contre le racisme, démissionna. Avant de revenir sur sa décision le lendemain matin. Version officielle (1) de ce revirement spectaculaire : Georges Frêche avait entre temps décidé la création d’une « délégation contre les discriminations raciales, antisémites et xénophobes », confiée à Jean-Paul Boré, conseiller régional communiste (2). Et depuis, qu’en est-il de cette délégation dont la création aurait permis (officiellement) de sauver la tête de Georges Frêche à la région ? À l’époque, l’enjeu était clair : si Gayssot ne revient pas sur sa décision, alors tous les autres communistes sont obligés de suivre son exemple, ainsi que les élus Verts. La conséquence immédiate aurait été l’implosion de la majorité (3).

Budget annuel de 200 000 euros
Deux ans après la création de cette délégation, le bilan de son action est pour le moins rachitique. Première constatation, la délégation n’apparaît sur le site du conseil régional que dans la fiche de Jean-Paul Boré (4). Nous téléphonons alors à celui-ci. Quelles actions a-t-il entreprises pendant ces deux années, avec à sa disposition un budget annuel de 200 000 euros ? « Nous avons fait imprimer et distribuer à tous les lycéens de la région 100 000 exemplaires du livre de Franck Pavloff, Matin Brun (5) (prix de vente en librairie : un euro, ndlr) », répond l’élu communiste. Et sinon ? « Nous avons un projet d’une journée de réflexion sur les discriminations. Et Didier Codorniou [ancien international de rugby et conseiller régional socialiste] doit nous proposer une grande campagne contre le racisme dans le sport. » Et sinon ? « Sinon, c’est plus du soutien, sous forme de subventions, à des projets que nous soumettent des associations. »

Aucun droit de regard
Et sinon ? Rien. Ah si ! Lors de la grande journée de lancement officiel de la délégation, le 21 mars 2007, dans l’hémicycle de l’hôtel de région (6), Jean-Paul Boré a décidé de s’entourer d’un comité de pilotage dans lequel siègent des représentants d’associations qui connaissent déjà le sujet : le Mrap, la Cimade, la Ldh et L’acsé (7). L’intention est bonne. À Montpellier Journal, M. Boré s’est d’ailleurs vanté de l’existence de ce comité, preuve de sa volonté de transparence. Sauf que si les membres de ce comité sont invités à apporter des idées, ils n’ont aucun droit de regard sur l’utilisation des 200 000 euros annuels, et encore moins sur la distribution des subventions aux associations qui en font la demande. « J’ai réclamé, il y a plusieurs mois, de connaître le détail de l’utilisation de cette ligne budgétaire, en vain ! », regrette Christophe Perrin, de la Cimade. Quant au bilan de la délégation, le constat est amer. « C’est vrai que nous avons beaucoup de mal à bâtir un mode d’action », reconnaît Roselyne Basco, représentante de la Ldh, et militante socialiste du Gard. « Depuis deux ans que nous nous réunissons, nous n’en sommes encore qu’au stade de la réflexion. »

Une idée a été proposée par le comité de pilotage : lancer un audit sur les pratiques discriminatoires à l’embauche et au travail au sein même du conseil régional, comme cela s’est fait en Picardie, ou au Conseil de Paris, ou encore au conseil général de l’Hérault. La proposition n’a pas été retenue. Dommage. Une chargée d’étude, par contre, a été recrutée pour gérer l’administration de la « délégation contre les discriminations raciales ». Selon quel processus ce recrutement a-t-il été organisé ? On ne sait pas. La personne choisie est Delphine Barbance-Pillement, la fille de François Barbance, directeur d’Enjoy (Corum, Parc des expositions, etc.), société dont la région et l’agglo sont actionnaires majoritaires.

Pierre Daum

► Voir aussi : Lilian Thuram refuse de déjeuner avec Georges Frêche

► Vous pouvez soutenir Montpellier journal.

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(1) Nous reviendrons prochainement sur une autre version.
(2) Le raisonnement sous-jacent de Jean-Claude Gayssot semble être le suivant : puisque le président crée une délégation contre le racisme, c’est donc qu’il ne peut pas être raciste, et donc je n’ai plus besoin de démissionner. Un raisonnement inverse aurait été de considérer qu’en créant une telle délégation au moment même où il est accusé de racisme, Georges Frêche cherche à se faire pardonner d’une faute qu’il reconnaît donc implicitement avoir commise.
(3) A l’époque, sur 67 sièges, le PS en détenait 26, le PCF 9 et les Verts 7.
(4) Pour s’en convaincre, taper « discriminations raciales site : http://www.laregion.fr » ou « racisme site:http://www.laregion.fr » ou « délégation contre les discriminations raciales » site:http://www.laregion.fr » dans Google. Préférable au moteur de recherche du site régional qui semble ne pas bien fonctionner.
(5) Cheyne, 2000, 10 pages
(6) Ce matin-là, seuls quelques élus communistes avaient fait l’effort de se déplacer. Mais aucun socialiste, ni encore moins Georges Frêche, n’avait honoré de leur présence la naissance de la « délégation contre les discriminations raciales, antisémites et xénophobes ».
(7) Mrap : Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples
Cimade : service œcuménique d’entraide
Ldh : Ligue des droits de l’homme
L’acsé : L’agence n’ationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances

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7 commentaire(s)

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  1. Clapas said
    on 12 mars 2009

    à 15 h 47 min

    Encore une bonne info qu’on ne lit pas dans la presse subventionnée par les pubs payées par les impôts locaux et donc aux ordres. Une illustration du système clanique qui détient tous les pouvoirs à Montpellier. Après la femme de Frêche qui tient le logement social (instrument majeur du clientélisme local); la fille de Frêche « travaillant » dans les médiathèques de l’Agglo mais faisant surtout la pluie et le beau temps -sans mandat- au sein du pseudo-PS héraultais, la fille d’un membre du cabinet chargée de mission à Bruxelles, la femme du DGS de la Région employée par la… Région-CARIF, voilà encore la fille de ce directeur embauchée dans un emploi fictif. Et tous les autres…
    Le népotisme fait rage en RDC (République démocratique des Cons).

  2. Cornélius said
    on 12 mars 2009

    à 21 h 03 min

    Clapas, vous oubliez le fils d’une ( haute ) favorite , employé de l’agglo sabs concours d’entrée, pris la main dans le sac à voler des caisses de champagne dans les réserves ( c’était too much, ils n’ont quand même pas pu le garder ) , mais la favorite, elle est toujours, là à rouler carrosse aux frais des cons avec emploi bidon ( après ça, allez dire aux jeunes de travailler à l’école )

  3. asselin said
    on 12 mars 2009

    à 22 h 38 min

    Ce à quoi ne répond pas l’article mais dont il suscite indéniablement l’interrogation: si tel est le cas, à quoi servent les 200 000 euros annuels?
    C’est intéressant de rapprocher le montant relativement important (tout dépends ce qu’il couvre bien sùre…) du budjet, l’absence d’action et la « curiosité » du choix du recrutement de la chargée d’étude. Mais est ce que les trois ont un lien? et dans ce cas lequel?

  4. Anonyme said
    on 13 mars 2009

    à 8 h 02 min

    A cette époque le directeur de cabinet de Mme Mandroux était M.Félix Beppo « sa perle noire disait-elle » depuis il est allé se faire élire à Paris, pourquoi ? il est vrai qu’ à cette époque également selon l’Express GF trouvait que le cabinet de Mme Mandroux était à 90% composé de nuls, en faisait-il partie ?

  5. Paul said
    on 14 mars 2009

    à 0 h 01 min

    Article super intéressant. Merci. La distribution de Matin brun date de quand ? Pourquoi n’en ais je pas vu la couleur dans le plus grand lycée de Perpignan ?

  6. Anonyme said
    on 16 mars 2009

    à 9 h 12 min

    Hier, en regardant Revu et Corrigé sur France 5, un sujet sur les Francs-Maçons, cela a fait « tilt »,ils devaient rembourser une subvention de 500 000€ à la ville et région suite à une décision de justice.On n’en parle plus ni à droite ni à gauche!!!! l’ont-ils fait ?

  7. Agathe said
    on 19 mars 2009

    à 15 h 22 min

    La république des cons est élue par des cons qui croient encore qu’une étiquette (PS etc) signifie encore quelque chose !