Alors que la compétence « eau » est sur le point d’être transférée à l’agglo de Montpellier, la mairie vient d’accepter la demande du groupe Verts-LCR d’une mission d’évaluation de la délégation de service public. En 1989, sa gestion avait été confiée à la multinationale, par la municipalité dirigée, à l’époque, par l’actuel président de l’agglo. Nathalie Medeiros, conseillère municipale (Verts), a fait de ce dossier, « son cheval de bataille ».
Quelle est votre réaction à la décision d’Hélène Mandroux d’accepter cette mission d’évaluation ?
On ne peut que s’en réjouir. Pour nous c’est une victoire parce que c’est une première démarche vers plus de transparence par rapport à la délégation de service public (DSP) de l’eau. Les comptes sont très obscurs et très difficiles à analyser.
Les rapports présentés au conseil municipal ne suffisent pas ?
Il y a trois rapports à produire, chaque année, par rapport à la DSP : celui du délégataire, le rapport du maire qui est une analyse circonstanciée et celui de la commission du contrôle des finances. Et comme il n’y a pas de commission, il n’y aura pas de rapport. Du côté de l’exécutif, le rapport non plus n’a pas été fait puisque ça a été du copier/coller de ce que fait le délégataire. Il n’y a même pas un effort d’analyse, de questionnement. Je pense qu’il y a aussi une absence de volonté politique de s’y intéresser de plus près et d’éplucher tout ça.
À Anglet, il y a eu une mission d’évaluation qui a été réalisé et ils ont soulevé un lièvre à la mesure de millions d’euros. À Montpellier, depuis 20 ans qu’a été signé ce contrat d’affermage, je n’ai pas retrouvé de rapport circonstancié quelque peu critique. Aujourd’hui, on est sur le point de transférer la compétence « eau » à l’agglo et je pense qu’il est urgent et essentiel qu’il y ait cette évaluation de la DSP.
Cette décision, vous l’interprétez comme une évolution positive de la volonté politique ?
Au dernier conseil municipal [du 22 décembre], j’ai posé des questions qui étaient très embarrassantes et je n’ai toujours pas de réponse. Je pense qu’il y a eu un malaise qui a surgit. Il y a Serge Fleurence (1) qui nous a appelé, la semaine avant le conseil municipal [du 9 février] pour nous dire qu’il ne serait pas présent au conseil et donc qu’il ne pourrait pas répondre à mes questions. Il nous a demandé si on acceptait de repousser notre demande de mission d’évaluation. Pour nous, il n’y avait aucune raison, parce qu’il n’était pas là, qu’on ne pose pas la question puisque c’était à Hélène Mandroux d’y répondre. Même les réponses à mes questions, il suffit de les lui donner et elle n’a plus qu’à les lire en conseil municipal. C’était assez étonnant que tout dépende de lui, que tout soit autour de lui pour répondre à ces questions.
La décision a finalement était prise…
Pour moi c’était une question de bon sens politique. Il y a une absence de démocratie : les minorités politiques ne sont pas représentées à l’agglo et dans aucune commission municipale. On sera féroce. Certes, on pense que le principe de transfert de compétence est positif parce qu’une intercommunalité est plus puissante pour faire face aux opérateurs privés qui peuvent être assez redoutables dans leur façon de faire. Mais on retombe toujours sur le même problème : c’est un Georges Frêche qui dirige, qui décide et ses rapports sont plus qu’ambigus avec Veolia.
Qu’entendez-vous par des « rapports ambigus avec Veolia » ?
Quand il y a eu le forum mondial de l’eau, par exemple, il a eu ouvertement un déjeuner très amical avec Proglio (2), le PDG de Veolia. Ce forum à Montpellier n’était pas pour parler de l’eau comme bien commun de l’Humanité mais c’était plus une vitrine des opérateurs privés de l’eau. Nous l’avons dénoncé en septembre. Ce rapprochement – enfin ils étaient déjà assez proche – avec Veolia nous fait largement douter sur ses déclarations récentes quant au fait qu’il ne serait pas défavorable à un retour en régie. Ça nous laisse très dubitatifs.
« Pointer cette absence de transparence
dans les comptes »
Qu’attendez-vous de cette mission ?
À Anglet, Paris, etc. où il y a eu réellement une volonté politique de faire le bilan d’une délégation de service public avec des opérateurs privés, il a été montré qu’il y avait de sérieux problèmes : des augmentations inexpliquées de l’eau, une comptabilité très obscure, incompréhensible même pour des experts du fait simplement qu’ils n’expliquent pas, ils facturent des choses sans qu’on sache ce que c’est. Cette mission peut vraiment servir à pointer cette absence de transparence et de clarté dans les comptes. Dans un premier temps, l’objectif de cette mission ce n’est pas de discuter d’un éventuel retour en régie. Parce que de toute façon c’est trop tôt même si nous, bien évidemment, nous y sommes favorables. La mission a pour objectif de faire le bilan de la gestion d’un opérateur privé. Et c’est ce bilan qui va justement permettre de réfléchir sur la poursuite de l’affermage ou le retour en régie.
Le coût de cette mission va être pris sur le budget municipal. Comment garantir l’indépendance de cette mission par exemple – et sans vouloir faire de procès d’intention – dans le cas où la majorité serait favorable à la reconduction du contrat avec Veolia pour des raisons pas forcément objectives ?
En y intégrant les minorités politiques. Ça exige de nous, le groupe Verts-LCR, une extrême vigilance et un rapport de force pour exiger de savoir qui fera l’audit.
Vous voulez dire que l’indépendance vient aussi du choix de l’auditeur ?
Bien sûr.
Qu’avez-vous comme outils pour établir ce rapport de force ?
Hélène Mandroux va réunir les présidents de groupes pour établir les questions qui seront soulevées lors de cette mission, qui va la composer et de quelle façon. Le rapport de forces s’établira à ce moment-là, j’imagine.
C’est pour se préparer que les Verts ont suivi une formation récemment ?
Oui. On a fait une formation d’élus le 31 janvier avec Jean-Luc Touly qui nous a aidé à mettre en place les moyens, les compétences pour essayer de comprendre et de lire de façon analytique les rapports des délégataires, les outils et les moyens qui existent aussi pour mettre en place un rapport de force politique avec les opérateurs privés. Je suis par ailleurs en relation avec des associations qui m’aident à comprendre. Il y a un important travail en amont de la mission.
Comment voyez-vous les rôles respectifs des Verts et du collectif Eau secours ?
Le collectif c’est un regroupement de personnes qui viennent de différents horizons politiques : il y a des gens des Verts, de la LCR, du Parti de gauche, d’Attac. Cette diversité fait que le collectif est riche avec un combat commun. Pour qu’un collectif ait du sens, il faut qu’il y ait des relais politique.
Quel va être le rôle du collectif qui va se constituer en association ?
Six associations sont présentes dans la Commission consultative des services locaux mais aucune n’a de compétences par rapport à l’eau. Le collectif souhaiterait en faire partie pour y produire de la connaissance.
Et pour agir en justice si nécessaire ?
Tout à fait. Pour se protéger et pour éventuellement ester en justice, si ça doit arriver. Pour l’instant, ce n’est pas prévu. On est dans des démarches d’analyse, de discussion, quel genre d’actions on peut mener. On essaye de récolter les documents qui sont nécessaires pour pouvoir rendre compte de ce qui se passe et ça, ça met du temps. Là, on a réussi à obtenir tous les documents concernant la distribution de l’eau et on est toujours en attente de recevoir ceux concernant l’assainissement. Le collectif a demandé, début janvier, à être reçu par Serge Fleurence et pour l’instant il n’a pas de réponse. Entre temps, je l’ai vu et il m’a dit qu’il avait bien reçu le courrier mais qu’il était débordé donc qu’il ne recevrait pas tout de suite le collectif. J’ai insisté auprès de lui en espérant que le collectif soit quand même reçu avant que la compétence eau passe aux mains de l’agglo. Cette mission est extrêmement importante pour le collectif aussi. Si ce n’était pas la mission qui faisait le travail, le collectif le ferait mais avec beaucoup moins de moyens et de compétences. Pour l’instant, le collectif n’a pas les moyens financiers de recourir à un expert à moins d’avoir un sponsor extraordinaire…
Veolia ?
(rire) Ça pourrait être d’un cynisme extraordinaire que de demander à Veolia de sponsoriser l’expertise du collectif…
J’imagine que les gens du collectif sont bénévoles ?
Oui. On ne passe pas la journée à étudier les dossiers parce qu’on a tous des activités professionnelles par ailleurs et ça met du temps.
En tant qu’élue, ce dossier est votre priorité ?
Ah oui, c’est mon cheval de bataille. J’en ai d’autres mais celui-là, j’y suis particulièrement attachée.
► Écouter la décision d’Hélène Mandroux, annoncée le 9 février en conseil municipal, de mettre en place la mission d’information et d’évaluation sur la délégation du service public de l’eau :
► Consulter sur le site des Verts le compte rendu du vote du conseil municipal, en 1989, sur le contrat d’affermage conclu avec Veolia
►Voir aussi Batailles pour l’eau publique (Le Monde diplomatique, lien ajouté le 16 février 2009)
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(1) Serge Fleurence, premier adjoint d’Hélène Mandroux, est retraité de la SNCF et ancien secrétaire régional de la CGT.
(2) Henri Proglio est passé par HEC (1971). Tout comme Georges Frêche (1961).


6 commentaire(s)
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à 17 h 52 min
ce sont les relations des multinationales de l’eau avec les services publics à tous niveaux, du local au national, qui sont plus qu’ambigues. Celles de G.F. ont été très claires. En 89 il a vendu le service de distribution de l’eau au plus offrant pour renflouer les caisses municipales mises à mal par l’explosion du coût de construction du Corum. Les transferts ont été étendus au service d’assainissement (gratuitement ? Ce serait à voir de plus près.) Maintenant nous sommes dans une nouvelle phase, celle du regroupement de la distribution d’eau et de sans doute ensuite de l’assainissement au niveau de l’Agglo. Nous attendons d’avoir une analyse économique contradictoire pour faire apparaitre les enjeux financiers escomptés de ces transferts, au niveau de la Région et de l’Agglo. Ce sont ces enjeux financiers qui doivent être mis à jour avant tout le reste.
Pour la remunicipalisation de l’eau à Montpellier, je regrette l’absence de plusieurs arguments qui me semblent prioritaires. Je ne fais que les lister ci-après:
- une vision de développement soutenable doit raisonner l’ensemble du cycle de l’eau ce qui signifie en bref, l’approvisionnement en eau potable et son assainissement, c’est un tout comme l’illustre bien la facturation commune des deux aux habitants.
Second point : la sécurisation de l’approvisonnement en eau potable de la Ville en quantité et en qualité. A montpellier il faut s’attendre à une fragilisation de la situation sur ces deux points avec des risques de rupture d’approvisionnement, notamment pour des causes sanitaires. Pour le moment les garanties relatives à ces deux points sont maintenues dans le flou le plus anésthésiant : on nous dit que la ressource du Lez est encore abondante et que de surcroit on a le recours en cas d’accident à l’eau du Rhône. Les contrôles de qualité sur ces deux ressources sont aussi
peu rassurants et obscurs, à mon sens, que ceux concernant la gestion de la distribution par VEOLIA. Il est dommage que celà n’ait pas été dit dans cette interview. Or l’avenir est chargé de menaces de polutions de toutes sortes( PCB et autres pesticides, particules radioactives, résidus des médicaments, microbes, etc.
Bien cordialement
à 17 h 57 min
Je comprends votre frustration mais on ne peut pas traiter tous les aspects du problème en une seule interview. D’abord pour des questions de temps et aussi de longueur de l’article.
à 12 h 51 min
une petite faute la: « La décision a finalement était prise… »
à 14 h 32 min
Je souscris à l’analyse d’Abel avec une petite nuance : en 1989, Frêche n’a pas vendu l’eau au plus offrant, mais à l’entreprise qui, autant que je me souvienne, était fortement liée à celle qui construisait le Corum (à vérifier, mais je ne crois pas me tromper), dont les coût réels dépassaient évidemment les devis. C’est ce qui s’appelle gagner sur tout les tableaux, et ce sur le dos des finances publiques et de l’intérêt des citoyens. Un exemple de plus de l’action d’un renard libre dans un poulailler libre plein de poules libres…
… et je reste convaincu que la remise aux 39h des employés municipaux, tout à fait concomitante, et le conflit qui en a découlé, a opportunément servi de rideau de fumée à cette opération.
à 14 h 52 min
Il a vendu àla CGE( Compagnie Générale des Eaux) qui est devenu Vivendi et maintenant Veolia
à 0 h 24 min
1989-2009, La SOGEA, filiale de la Cie Générale des Eaux, a construit le Corum or SOGEA a été rachetée par VINCI qui va construire Aqua Domitia.pour le même donneur d’ordres, GF.