Le collectif d’universitaires et d’habitants veut élaborer un « véritable contre-projet populaire » en associant « le plus grand nombre de paroles habitantes ». Après la mise en ligne du site en avril, l’équipe annonce des ateliers citoyens et de « petits ouvrages grands publics » afin de « contribuer aux débats sur la ville ».

Montpellier 4020, c’est d’abord un site satirique qui se moque des projets urbains et de leurs acteurs (élus, architectes, urbanistes, etc.). Le « glossaire vulgaire » constitué de « Mots valises » et de « Cartes magiques » tout en étant distrayant fait réfléchir le lecteur sur un vocabulaire et des pratiques rarement remis en cause. Ainsi, à l’entrée « Geste architectural » (cher à Michael Delafosse, adjoint PS à l’urbanisme), on peut lire : « Le client (collectivités ou autres) offre à l’architecte la possibilité de faire un geste, et ce geste est admirable. L’admiration qui en découle rejaillit alors sur la collectivité et, surtout, son chef. » Ou encore « le Grand projet est perçu par nos dirigeants comme l’outil principal de maintien de l’ordre établi, sans lequel leur survie à la tête de nos municipalités serait profondément raccourcie. » La « Nature en ville » ? Une « expression régulièrement employée pour caractériser des projets urbains, destinée à masquer leurs conséquences délétères sur nos conditions de vies (voir « béton »). » Toute ressemblance avec le quartier Oz, « nature urbaine » (cher à Jean-Pierre Moure, président PS de l’agglo) serait bien sûr fortuite.
« Accessoires d’enfumage »
Construites sur le modèle de celles qu’on trouve dans les jeux de rôle, les « Cartes magiques » visent, quant à elles, à « mieux connaître les personnages qui animent le (non)débat public sur la ville aujourd’hui : starchitectes, économistes, facilitateurs… Mais aussi leurs accessoires d’enfumage : réunions publiques, arguments environnementaux, stratégies d’évitement… » On y trouvera par exemple « Le Starchitecte », « artiste de la globalisation et d’une « esthétique mondiale » il parvient à faire croire que ses réalisations respectent les identités locales ». Il y a aussi une « Carte piège » : « Les idées de gauche ». Son détenteur « parlera de « capitalisme financier » plutôt que d’ « économie d’échange et d’attractivité ». Il parlera aussi de « privatisation de la ville par des grands groupes » plutôt que d’ « ouverture à la compétitivité ». » Etc.
Quand on parcourt le site, sous-titré « la ville n’est pas une marchandise – vers une ville alternative », on comprend très vite qu’on n’a pas affaire à un laboratoire d’idées de l’UMP ou du PS. Il est animé par un collectif d’une quinzaine d’habitants et d’universitaires de Montpellier et d’ailleurs. Montpellier journal a notamment rencontré Guillaume Faburel, professeur en urbanisme à Lyon 2, Thibault Lecourt, en Master 2 d’urbanisme à l’Institut d’urbanisme de Paris, Samuel Poisson et Daphné Vialan, doctorants dans le bureau de recherche privé Aménités (dont fait également partie Guillaume Faburel). Mais il y a aussi des enseignants de l’école d’architecture de Montpellier, un géographe de Montpellier III, etc.
« Pratiques autogestionnaires »
Avec quel positionnement politique ? Leur « projet ne cherche pas à se positionner sur un échiquier politique en terme de parti », répond Daphné Vialan. Les participants revendiquent des « pratiques autogestionnaires » et s’opposent au « modèle de développement libéral de la ville ». Dans un mail diffusé le 17 juin, l’équipe de Montpellier 4020 annonce la tenue d’ « ateliers citoyens » ouverts à tous et se dévoile un peu plus en annonçant comme objectif de ces réunions : « Fédérer les organisations et individus se réclamant de la gauche alternative, radicale et écologiste, et d’échanger avec des habitants. » Le premier aura lieu le jeudi 27 juin, à partir de 20h, à la brasserie Le Dôme (2, av. Clemenceau) et les élus sont conviés « à mettre en débat leurs visions ». Eux qui prônent sans cesse le débat avec les citoyens, relèveront-ils le défi ?
Il s’agira d’élaborer « un véritable contre-projet populaire » car le collectif s’oppose clairement aux « projets urbains de la municipalité, de l’agglomération… ainsi que leurs « experts » architectes/urbanistes et leurs pouvoirs économiques. Ces projets sont grossiers, chers, inutiles, sans pertinence historique, ignorant les défis sociaux et écologiques. Ils font de Montpellier un monstre qui dévore les territoires, les espaces naturels et les modes de vie des habitants, pour servir la sacro-sainte « métropole » de l’accumulation économique. » Pour préparer les ateliers, des « enquêtes de terrain » ont été menées en mai-juin dans différents quartier (sont cités : La Paillade, Figuerolles, Boutonnet).
Secchi-Viganò « toujours dans des cadres institués »
Montpellier 4020 fait évidemment référence à Montpellier 2040, un projet lancé par la municipalité visant à « dessiner une vision de la ville pour les prochaines décennies » et conduit par les architectes urbanistes Bernardo Secchi et Paola Viganò. Guillaume Faburel reconnaît que Secchi-Viganò « ont une force de propositions mais c’est toujours dans le respect du cadre idéologique commun qui est : la métropole, l’extension, l’attractivité, la compétition, etc. » Daphné Vialan, quant à elle, insiste sur le dispositif de participation des habitants menée dans le cadre de Montpellier 2040 qui est, selon elle, « une vaste mascarade » (lire le compte rendu des « assises du projet urbain » où le lecteur retrouve les fameuses cartes magiques).
Après l’atelier du 27 juin, un autre est annoncé par Montpellier 4020 pour fin août et un troisième mi-septembre pour « restituer un projet ». « Des petits ouvrages grand public d’éducation populaire en seront tirés, qui viendront, après le site web et les ateliers citoyens, contribuer aux débats sur la ville. » Avant de partir vers d’autres villes ? Car Montpellier n’est vu par le collectif que comme un « premier cas d’école » car c’est bien tout le domaine de l’urbanisme et de l’architecture qui est considéré aujourd’hui comme « une réalité politique totalement caricaturale », martèle Guillaume Faburel.
Contact : montpellier4020@gmail.com
► Voir aussi :
- Le site de Montpellier 4020
- En accès libre : Le rapport qui dérange sur la « ségrégation » des habitants de La Paillade
- Nouvelle gare TGV de Montpellier : un cadeau aux promoteurs ?
- Revol : « Montpellier est devenu un terrain de jeu pour les grands promoteurs immobiliers »



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